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Quand on l'a bien lue, comme je l'ai fait cinq ou six fois avec un

intérêt toujours palpitant, on se demande quel autre fruit que cet

intérêt lui-même on a recueilli de cette lecture. Un nouveau sens

politique ou moral est-il né en vous? Sentez-vous cette édification

consciencieuse, cet équilibre intérieur, cette justice satisfaite du

bien et du mal qu'une aussi longue histoire doit laisser dans l'âme

comme la conclusion historique de tant d'événements et de tant de beaux

récits? Aimez-vous plus la justice? Plaignez-vous plus l'humanité?

Goûtez-vous plus la liberté compatible avec l'ordre des sociétés

humaines? Avez-vous plus de pitié pour les vaincus? plus de haine contre

les oppresseurs? plus de mépris pour les manoeuvres de la fausse

diplomatie qui prennent les peuples au filet des ambitieux sans foi?

Détestez-vous plus les trompeurs ou les tueurs d'hommes? Les peuples qui

auront lu cette histoire seront-ils plus disposés à défendre leurs

institutions légitimes contre les usurpations du génie armé ou contre

les séductions de la gloire coupable? En un mot, ce qu'on appelle vertu

publique se sera-t-il accru d'un atome dans votre âme et dans l'âme des

générations à venir?

Hélas! non. Il y aura bien un certain petit blâme de l'excès, un

certain petit refrain de prudence recommandé au génie qui s'emporte, à

la gloire qui s'enivre, mais c'est tout; la conscience de l'historien ne

va pas plus haut ni plus loin que ce mot: modération! Or qu'est-ce que

la modération dans l'injuste? La prudence des mauvais desseins, la

circonspection de l'ambitieux. Est-ce assez pour qu'un aussi grand

historien de l'ambition et de la gloire que M. Thiers mérite le nom de

juge? Encore une fois, non; son histoire est sans vertu, bien qu'elle ne

soit pas sans honnêteté, mais honnêteté bourgeoise et timide qui semble

craindre d'aborder corps à corps une si grande ombre!

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 101 / 163 题