XXV

Toute la philosophie morale et politique de M. Thiers, résumée à la fin

de ses livres les plus sanglants et les plus cadavéreux, sur des plaines

changées en sépulcres pour la gloire d'un homme; toute cette philosophie

et toute cette morale se bornent à un léger avertissement, timidement

adressé à son héros, de se modérer un peu dans l'excès de son ambition

et de craindre les retours de fortune, ces vengeances voilées de la

destinée. Toutes ses plus grandes accusations sont des accusations de

témérité, jamais ou presque jamais des accusations de sévices contre

l'humanité ou contre la Divinité. Le héros n'écoute pas; son historien

rétrospectif chante son nouveau triomphe dans un bulletin et marche en

avant, tantôt au meurtre du duc d'Enghien, surpris dans l'inviolable

asile de la terre étrangère; tantôt à l'enlèvement du pape, chez qui les

gendarmes entrent nuitamment par les fenêtres; tantôt à la trahison de

Bayonne, où l'Espagne, prise au piége dans la personne de ses rois, se

venge par l'extermination de quatre cent mille Français; tantôt à

l'incendie de Moscou; tantôt au cirque de Leipsick; tantôt au dernier

soupir de l'armée à Mayence, tantôt, enfin, à la double invasion de la

France par le reflux des peuples, et à l'expiation de Sainte-Hélène.

Mais de chaque scène de ce grand drame il ne sort de la bouche de

l'historien qu'un léger blâme pour ce héros emporté trop loin par son

génie, et toujours ce mot de génie appliqué aux plus ruineuses folies du

monde, et toujours ce mot de gloire jeté comme une amnistie de la

justice sur les plus lugubres catastrophes de l'humanité!

Voilà notre seul grief contre cette histoire: elle raconte

admirablement, elle juge insuffisamment; elle n'est pas rétributrice,

elle est adulatrice.

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 100 / 163 题