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Ce n'est donc pas dans cette prétendue absence de style chez M. Thiers

que nous ferions porter la véritable critique qui pèsera sur cette belle

histoire; c'est sur l'absence de philosophie politique qui marque et qui

attriste ce long récit. Il n'est pas permis à un magnifique récit en

seize volumes de remuer le monde de fond en comble, pendant vingt ans de

convulsions et de catastrophes, sans en faire jaillir autre chose que de

la fumée de canon, des cliquetis de baïonnettes, des éclairs livides de

gloire soldatesque. Non, cela n'est pas permis, cela n'est pas humain,

cela n'est pas même vrai. Le monde a un sens, car il est l'oeuvre de

Dieu, le suprême Penseur des choses mortelles et immortelles; celui qui

ne découvre pas ce sens divin dans le spectacle des choses humaines

n'est pas seulement un aveugle, il est un impie: _Coeli enarrant gloriam

Dei! les cieux racontent la gloire de Dieu_; mais la terre aussi et ses

grands événements racontent la gloire de Dieu dans les choses humaines.

Où est-elle cette gloire de Dieu? où est-il ce témoignage de sa

providence? où est-elle cette moralité des événements? où est-elle cette

leçon aux peuples, aux rois, aux soldats, aux conquérants, au génie qui

gouverne les nations, dans l'histoire de Napoléon pas M. Thiers? Nulle

part; un païen d'Athènes ou un fataliste de Stamboul aurait écrit ainsi

l'histoire de l'empereur et de l'empire français.

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 99 / 163 题