Quelques semaines après, la bataille de Wagram, répétition identique,
mais plus heureuse, de la bataille d'Essling sur le même champ de
bataille, répara ce revers par un triomphe chèrement conquis.
Napoléon se hâte alors, comme à son ordinaire, de saisir dans un traité
les fruits de la campagne au moment où il était impuissant à la
poursuivre plus avant. L'Autriche, qui cède toujours pour revenir
toujours sur ce qu'elle a cédé, ne marchande ni les concessions ni
l'honneur. Napoléon songeait déjà à lui demander la plus personnelle de
ses concessions: une épouse impériale du sang des Césars d'Allemagne
pour s'apparenter au passé, ce prestige des monarchies. Il préméditait
la répudiation de Joséphine; elle ne pouvait lui donner rien de ce qui
lui manquait désormais pour l'empire d'Occident: ni une filiation royale
pour ses descendants, ni une perpétuité de son nom sur le trône. Le
trente-septième livre, où M. Thiers raconte ce divorce, jette l'intérêt
d'un drame de famille au milieu du drame militaire qui embrase l'Europe.
Le coeur humain ne perd jamais ses droits dans l'histoire: quand
l'intérêt descend de la tête dans le coeur, l'historien mêle
heureusement quelques larmes de femmes à tout ce sang qui n'excite
qu'une pitié abstraite dans l'âme des lecteurs. M. Thiers a montré dans
ces pages qu'il pouvait attendrir au besoin; son style, très-souvent
technique, s'élève jusqu'au diapason de la fibre du coeur humain, qui se
déchire sous la pourpre avec les mêmes gémissements que sous la bure.
Les scènes de Fontainebleau, entre Napoléon, Joséphine et ses enfants,
ont des accents domestiques qui se mêlent, avec un pathétique contraste,
à la solennité des négociations et des victoires. L'écrivain monte et
descend avec le sujet, jamais au-dessus, il est vrai, mais toujours au
niveau de l'événement public ou familier qu'il retrace.