En un mois la monarchie prussienne avait cessé d'exister avec son armée;
prodigieuse faiblesse des États purement militaires! M. Thiers en résume
parfaitement la raison.
«Quant aux Prussiens, si on veut avoir le secret de cette déroute
inouïe, après laquelle les armées et les places se rendaient à la
sommation de quelques hussards ou de quelques compagnies d'infanterie
légère, on le trouvera dans la démoralisation qui suit ordinairement une
présomption folle. Après avoir nié, non pas les victoires des Français,
qui n'étaient pas niables, mais leur supériorité militaire, les
Prussiens en furent tellement saisis, à la première rencontre, qu'ils ne
crurent plus la résistance possible et s'enfuirent en jetant leurs
armes. Ils furent atterrés, et l'Europe le fut avec eux. Elle frémit
tout entière après Iéna, plus encore qu'après Austerlitz, car après
Austerlitz la confiance dans l'armée prussienne restait du moins aux
ennemis de la France. Après Iéna, le continent entier semblait
appartenir à l'armée française. Les soldats du grand Frédéric avaient
été la dernière ressource de l'envie: ces soldats vaincus, il ne restait
à l'envie que cette autre ressource, la seule, hélas! qui ne lui manque
jamais, de prédire les fautes d'un génie désormais irrésistible, de
prétendre qu'à de tels succès aucune raison humaine ne pourrait tenir;
et il est malheureusement vrai que le génie, après avoir désespéré
l'envie par ses succès, se charge lui-même de la consoler par ses
fautes.»