VIII

En un mois la monarchie prussienne avait cessé d'exister avec son armée;

prodigieuse faiblesse des États purement militaires! M. Thiers en résume

parfaitement la raison.

«Quant aux Prussiens, si on veut avoir le secret de cette déroute

inouïe, après laquelle les armées et les places se rendaient à la

sommation de quelques hussards ou de quelques compagnies d'infanterie

légère, on le trouvera dans la démoralisation qui suit ordinairement une

présomption folle. Après avoir nié, non pas les victoires des Français,

qui n'étaient pas niables, mais leur supériorité militaire, les

Prussiens en furent tellement saisis, à la première rencontre, qu'ils ne

crurent plus la résistance possible et s'enfuirent en jetant leurs

armes. Ils furent atterrés, et l'Europe le fut avec eux. Elle frémit

tout entière après Iéna, plus encore qu'après Austerlitz, car après

Austerlitz la confiance dans l'armée prussienne restait du moins aux

ennemis de la France. Après Iéna, le continent entier semblait

appartenir à l'armée française. Les soldats du grand Frédéric avaient

été la dernière ressource de l'envie: ces soldats vaincus, il ne restait

à l'envie que cette autre ressource, la seule, hélas! qui ne lui manque

jamais, de prédire les fautes d'un génie désormais irrésistible, de

prétendre qu'à de tels succès aucune raison humaine ne pourrait tenir;

et il est malheureusement vrai que le génie, après avoir désespéré

l'envie par ses succès, se charge lui-même de la consoler par ses

fautes.»

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 84 / 163 题