Le style, dans cette anecdote familière et dans cette réflexion
philosophique, n'est pas à la hauteur de l'événement; mais la réflexion
est si sensée qu'on oublie l'insuffisance du style. La Révolution, en
effet, rebroussant sa route de Paris à Berlin, semblait venir remonter à
Berlin à une de ses sources; mais ce prétendu reflux de la Révolution
sur Berlin n'était qu'une illusion; un esprit aussi net que celui de M.
Thiers, quand il est désintéressé, devait le comprendre. Ce n'était pas
la Révolution qui entrait avec les armées françaises à Potsdam, c'était
la contre-révolution. Napoléon n'était pas le soldat de la Révolution,
il en était la réaction personnifiée dans un grand soldat; entre la
Révolution et lui il y avait la différence du sabre à l'idée, mais c'est
la faiblesse de situation ou de jugement de M. Thiers de confondre
toujours le missionnaire armé du despotisme avec le missionnaire de la
liberté. Cela peut être un ingénieux paradoxe au service de ceux qui
veulent glorifier à la fois la France sous deux formes: la force et
l'idée; mais cela ne sera jamais une vérité historique. Il ne faut pas
laisser ce sophisme à nos neveux.