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De même que Napoléon avait voulu jeter sur la première année du

Consulat le prestige de la victoire de Marengo, de même il voulait

jeter le prestige de la descente en Angleterre sur les premiers mois

de l'Empire. Les tentatives toutes avortées pour réunir les escadres

françaises, espagnoles, hollandaises, dans la Manche, afin de protéger

le passage de ses bateaux plats d'un bord à l'autre; des revues

impériales de l'armée de terre et des flottilles passées sur les

hauteurs et dans les eaux de Boulogne; des distributions solennelles

de décorations à l'armée, des négociations avec le pape pour amener ce

pontife à Paris et pour obtenir de sa faiblesse le couronnement du

nouveau Charlemagne; le spectacle de la réaction religieuse qui

précipite les vieillards, les femmes, les enfants, les populations des

campagnes au pied du vicaire vénéré du Christ; la cérémonie du sacre

renouvelée des antiques monarchies et des antiques sacerdoces; toute

cette audacieuse amende honorable du pouvoir, des soldats, et du

peuple de la Révolution au passé, tout ce changement de décoration à

vue sur le théâtre du monde enfin, sont admirablement reproduits par

l'historien; la réflexion seule manque au peintre, ici comme partout.

M. Thiers, qui tout à l'heure blâmait l'ambition de l'empire

héréditaire dans son héros, l'approuve quand le succès a couronné son

audace. Il se borne à faire honneur à la Révolution de la journée la

plus contre-révolutionnaire de nos fastes.

«Telle fut, dit-il, cette auguste cérémonie, par laquelle se consommait

le retour de la France aux principes monarchiques. Ce n'était pas un des

moindres triomphes de notre Révolution, que de voir ce soldat sorti de

son propre sein, sacré par le pape, qui avait quitté tout exprès la

capitale du monde chrétien. C'est à ce titre surtout que de pareilles

pompes sont dignes d'attirer l'attention de l'histoire. Si la modération

des désirs, venant s'asseoir sur ce trône avec le génie, avait ménagé à

la France une liberté suffisante, et borné à propos le cours

d'entreprises héroïques, cette cérémonie eût consacré pour jamais,

c'est-à-dire pour quelques siècles, la nouvelle dynastie.»

On voit que l'empire est déjà pardonné à l'empereur par l'historien qui

le condamnait tout à l'heure; on voit qu'un peu de modération dans les

désirs, conseillée à un génie sans bornes et sans repos, est la seule

condition que M. Thiers impose à ce conquérant d'un trône. Il en sera de

même dans toute cette histoire: quelle que soit l'ambition accomplie,

M. Thiers ne demande à son héros que de s'arrêter dans son nouveau

triomphe, sans paraître s'apercevoir que son héros n'a obtenu ce nouveau

triomphe que par l'insatiabilité de grandeur que M. Thiers encourage

dans l'avenir par l'approbation qu'il donne trop complaisamment au

passé. Une telle complaisance de l'historien pour l'ambition satisfaite

est une complicité du moraliste avec le caractère de son héros. Nous ne

saurions trop le répéter: le récit est admirable, mais un récit doit

faire penser. Pour qu'un tel livre fût parfait, il faudrait que le récit

fût écrit par M. Thiers et que la moralité du récit fût écrite par

Bossuet.

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 71 / 163 题