Une fois ceci discuté, cette partie de l'histoire dans laquelle M.
Thiers peint les évolutions des différents corps constitués pour se
prêter aux desseins secrets du maître, pour le devancer ou pour revenir
sur leurs pas au signe souvent énigmatique de sa physionomie, n'est que
l'histoire des bassesses des peuples, égales, hélas! aux bassesses des
cours. Tous ces tyrannicides de la Convention luttaient d'empressement
et de complaisance à offrir à un soldat absolu la couronne teinte du
sang de Louis XVI. M. Thiers ici ne peint pas d'un mot, comme Tacite,
mais il produit par un autre procédé le même effet que l'historien
romain: il décompose si bien les différents mobiles de toutes ces
abjections de caractère et de toutes ces apostasies de principes, dans
les républicains assouplis de la Convention, qu'il rassasie son lecteur
d'indignation, de dégoût et de mépris, ce supplice de l'histoire.
Qu'importe le procédé, pourvu que l'effet soit produit? Tacite n'a qu'un
mot, M. Thiers a cent pages; mais de ces cent pages résulte dans l'âme
le mot de Tacite: le mépris délayé à grande eau se retrouve au fond du
vase et la moralité n'a rien perdu.