Le premier besoin d'un gouvernement pacificateur au dedans afin d'être
redoutable au dehors était une amnistie aux partis vaincus, une
négociation avec les partis encore en armes. On clôt la liste des
émigrés, on prodigue les radiations et les restitutions de domaines non
vendus à ceux qui rentrent dans leur patrie. On essaye de traiter avec
les chefs vendéens; on séduit les uns, on dompte les autres: la Vendée
s'éteint. M. Thiers, dans une rapide revue de l'Europe passée par un
esprit juste et fin, dévoile la scène diplomatique et militaire où son
héros va bientôt agir. Bonaparte, pour répondre au voeu du pays, affecte
un désir de paix qui ne pouvait pas être dans sa pensée, car il n'était
pas dans son intérêt. Il écrit avec ostentation des lettres conciliantes
au roi d'Angleterre et à l'empereur d'Allemagne; en attendant les
réponses, il organise le système administratif que nous voyons encore
aujourd'hui, système plus simple que parfait, né de lui-même, de la
destruction des provinces et de la division en départements, oeuvre de
l'Assemblée constituante. Enfin il s'établit aux Tuileries avec ses deux
collègues, comme pour faire pressentir la monarchie jusque par les
murailles. Lebrun y entra; Cambacérès, plus prévoyant, refusa de s'y
installer. «C'est une faute, dit-il à Lebrun, d'aller nous loger aux
Tuileries; cela ne nous convient pas, à nous. Bonaparte voudra bientôt
y loger seul. Mieux vaut n'y pas entrer que d'en sortir!»
Le lendemain de cet acte d'installation pompeuse, Bonaparte dit à son
secrétaire: «Eh bien! Bourrienne, nous voilà donc aux Tuileries!...
Maintenant il faut y rester.»