Voilà tout ce livre _du Pape_, oeuvre très-savante, quoique
très-décousue, inférieure aux _Soirées de Pétersbourg_, et qui cependant
produisit plus de gloire à l'écrivain, parce qu'elle fut adoptée à son
apparition par les Chateaubriand, les Bonald, les Lamennais, hommes
éclatants de la restauration théocratique en France à cette époque. Ils
adoptèrent M. de Maistre comme un auxiliaire envoyé d'en haut à leur
parti. Sans cet esprit de parti, qui donne non pas la vie, mais le
bruit, aux ouvrages des hommes, ce livre n'aurait été que le manifeste
de la théocratie; ils en firent dans leurs journaux le manifeste de
l'Esprit-Saint. Ce livre n'est plus guère lu aujourd'hui que par les
légistes sacrés ou par les érudits du sanctuaire. C'est un arsenal de
science ecclésiastique.
Il en fut de même de son livre de controverse sur l'Église anglicane, où
il a raison contre Bossuet et tort contre l'indépendance des nations.
Dans ses lettres sur l'inquisition espagnole il est plus qu'un étrange
sophiste: il fausse l'histoire pour justifier une barbarie. Ce n'est pas
là un livre, c'est un pamphlet. Le goût du paradoxe rendait
rétrospectivement cruel en théorie le plus doux et le plus gai des
hommes. Il ne faut pas badiner avec le sang.