Après avoir ainsi divinisé la guerre, il divinise la force matérielle,
et il l'autorise à martyriser toutes les forces intellectuelles qui
osent penser autrement que l'État ne veut qu'on pense. Lisez! et
étonnez-vous qu'il y ait eu des martyrs dans un ordre de choses qui
sacre ainsi les persécuteurs de toute pensée autre que la pensée
officielle de l'État. Il faut lire ici le texte pour y croire.
«Ce n'est point à la science qu'il appartient de conduire les hommes; il
appartient aux prélats, AUX GRANDS OFFICIERS DE L'ÉTAT, d'être les
dépositaires et les gardiens des vérités, d'apprendre aux nations ce qui
est bien et ce qui est mal, dans l'ordre moral et spirituel. Les autres
n'ont pas le droit de raisonner sur ces sortes de matières: ils ont les
sciences physiques pour s'amuser. De quoi pourraient-ils se plaindre?
Quant à celui qui parle ou qui écrit pour ôter un _dogme national_ au
peuple, il doit être pendu... Pourquoi a-t-on commis l'imprudence
d'accorder la parole à tout le monde? C'est ce qui nous a perdus!....
Ah! si lorsqu'enfin la terre sera raffermie....» etc., etc.
Ici il s'arrête, comme s'il n'osait achever et révéler au monde la
nature des freins et des supplices dont, lui, ministre de l'État, il
baillonnerait et musellerait ceux qui oseraient penser et parler
autrement que lui, philosophe!
Et il oubliait qu'il écrivait ces appels à la persécution dans le sein
d'un empire et d'un culte _grecs_, où le prélat et le souverain auraient
eu, d'après ses propres invocations à la tyrannie des esprits et des
consciences, le devoir de le supplicier lui-même _comme voleur
domestique_, car il ne cessait pas de prêcher à haute voix l'orthodoxie
romaine au milieu de l'hérésie grecque! Si c'est là de la philosophie,
c'est la philosophie de la hache, qui tranche les têtes pour trancher
les difficultés. Cela convenait moins qu'à personne à un homme qui avait
fui son pays pour fuir la persécution d'une autre race de persécuteurs
d'opinions!