Du moyen dont usa un gentilhomme italien afin de n’entrer au combat
qui lui avoit été assigné; et de la comparaison que fit un Picard des
François aux Italiens[876].
Un gentilhomme italien, voyant qu’il ne pouvoit éviter honnêtement
un combat qu’il avoit entreprins contre un de sa qualité sans qu’il
alléguât quelque raison péremptoire, l’avoit accepté. Mais, s’étant
depuis repenti, n’allégua autre raison, quand l’heure du combat fut
venue, sinon qu’il dit à son ennemi qu’il étoit prêt à combattre, et
l’attendoit à grande dévotion, disant: «Tu es désespéré, toi? Moi, je
ne le suis pas; et pourtant je me garderai bien de combattre contre
toi.» Il est bien vrai quelqu’un pourra répondre que, pour un, il
ne faut pas faire jugement de tous, et que, si cela avoit lieu, on
pourroit tourner à blâme à tous les François ce qui fut dit par un
Picard rendant témoignage de sa prouesse; car, se vantant d’avoir été
quelques années à la guerre sans dégaîner son épée, et étant interrogé
pourquoi: «Pource, dit-il, que je n’entrois mie en colère. Mais toutes
et quantes fois, disoit-il (en continuant son propos), on voudra
confesser vérité, on dira haut et clair que les Italiens ont plus
souvent porté les marques des François colères que les François n’ont
porté les marques des Italiens désespérés; et que quand il n’y auroit
un seul Picard qui sût entrer en colère, pour le moins les Gascons
y entrent assez (voire y sont quelquefois assez entrés) pour faire
trembler les Italiens dix pieds dedans le ventre, s’ils l’avoient si
large; combien que sept ou huit ineptes et sots termes de guerre, que
nous avons empruntés d’eux, mettent en danger et les Gascons et toutes
les autres contrées de France d’être réputés autres qu’ils n’étoient
auparavant.»