Du larron qui fut aperçu fouillant en la gibecière de feu le cardinal
de Lorraine[872]; et comment il échappa[873].
Il advint, au temps du roi François, premier du nom, qu’un larron
habillé en gentilhomme, fouillant en la gibecière de feu le cardinal
de Lorraine, fut aperçu par le roi, étant à la messe, vis-à-vis du
cardinal. Le larron, se voyant aperçu, commença à faire signe du
doigt au roi, qu’il ne sonnât mot, et qu’il verroit bien rire. Le
roi, bien aise de ce qu’on lui apprêtoit à rire, le laissa faire; et,
peu de temps après, vint tenir quelque propos audit cardinal, par
lequel il lui donna occasion de fouiller en sa gibecière. Lui, n’y
trouvant plus ce qu’il y avoit mis, commença à s’étonner et à donner
du passe-temps au roi, qui avoit vu jouer cette farce. Toutefois,
ledit seigneur, après avoir bien ri, voulut qu’on lui rendît ce qu’on
lui avoit prins; comme aussi il pensoit que l’intention du preneur
avoit été telle. Mais, au lieu que le roi pensoit que ce fût quelque
honnête gentilhomme, et d’apparence, à le voir si résolu, et tenir
si bonne morgue[874], l’expérience montra que c’étoit un très-expert
larron déguisé en gentilhomme, qui ne s’étoit point voulu jouer, mais,
en faisant semblant de se jouer, fit à bon escient. Et alors ledit
cardinal tourna toute la risée contre le roi, lequel, usant de son
serment accoutumé, jura, foi de gentilhomme! que c’étoit la première
fois qu’un larron l’avoit voulu faire son compagnon[875].