NOUVELLE CXX.

Du larron qui fut aperçu fouillant en la gibecière de feu le cardinal

de Lorraine[872]; et comment il échappa[873].

Il advint, au temps du roi François, premier du nom, qu’un larron

habillé en gentilhomme, fouillant en la gibecière de feu le cardinal

de Lorraine, fut aperçu par le roi, étant à la messe, vis-à-vis du

cardinal. Le larron, se voyant aperçu, commença à faire signe du

doigt au roi, qu’il ne sonnât mot, et qu’il verroit bien rire. Le

roi, bien aise de ce qu’on lui apprêtoit à rire, le laissa faire; et,

peu de temps après, vint tenir quelque propos audit cardinal, par

lequel il lui donna occasion de fouiller en sa gibecière. Lui, n’y

trouvant plus ce qu’il y avoit mis, commença à s’étonner et à donner

du passe-temps au roi, qui avoit vu jouer cette farce. Toutefois,

ledit seigneur, après avoir bien ri, voulut qu’on lui rendît ce qu’on

lui avoit prins; comme aussi il pensoit que l’intention du preneur

avoit été telle. Mais, au lieu que le roi pensoit que ce fût quelque

honnête gentilhomme, et d’apparence, à le voir si résolu, et tenir

si bonne morgue[874], l’expérience montra que c’étoit un très-expert

larron déguisé en gentilhomme, qui ne s’étoit point voulu jouer, mais,

en faisant semblant de se jouer, fit à bon escient. Et alors ledit

cardinal tourna toute la risée contre le roi, lequel, usant de son

serment accoutumé, jura, foi de gentilhomme! que c’étoit la première

fois qu’un larron l’avoit voulu faire son compagnon[875].

Les Contes; ou, Les nouvelles récréations et joyeux devis · 第 155 / 168 题