Des menus propos que tint un curé au feu roi de France Henri,
deuxième de ce nom[863].
Un certain curé, faisant sermon à ses paroissiens, ouït plusieurs
petits enfants crier qui lui empêchoient à dire et expliquer ce qu’il
avoit en l’entendement, dont il fut courroucé; et se souvenant que
quelques autres enfants alloient par la ville, chantant vilaines
chansons: «Un tas de petits fils de putains, disoit-il, s’en vont
chantant une telle chanson: _Vous aurez sur l’oreille_, etc. Je
voudrois être leur père: Dieu sait comment je les accoutrerois[864]!»
Aussi bien rencontra-t-il une autre fois en parlant au roi Henri,
deuxième de ce nom, qui l’avoit fait appeler pour en tirer du plaisir;
car le roi lui ayant demandé des nouvelles de ses paroissiens, il lui
dit qu’il ne tenoit pas à les bien prêcher, qu’ils ne fussent gens
de bien. Et le roi l’ayant interrogé s’ils se gouvernoient pas bien:
«En ma présence, dit-il, ils font bonne mine et mauvais jeu, et sont
prêts de faire tout ce que je leur commande; mais sitôt que j’ai le
cul tourné, soufflez, sire!» Ce qui fut pris en bonne part de lui,
comme n’y allant point à la malice, non plus qu’ès rencontres qui lui
étoient coutumières en ses prêches; car, si on eût aperçu qu’il eût
équivoqué de propos délibéré sur ce mot de _soufflez_, qui, outre sa
première signification, se prend en langage du commun peuple, pour
cela aussi qui dit autrement: _de belles_, c’est-à-dire: _il n’en est
rien_; on lui eût appris à souffler d’une autre sorte. Et puis, sonnez,
tabourin[865]!