De celui qui s’ingéra de servir de truchement aux ambassadeurs du
roi d’Angleterre, et comment s’en acquitta avec grande honte qu’il y
reçut[861].
Un personnage assez remarqué pour les grands honneurs, èsquels il étoit
entretenu en France, montra bien qu’il avoit du savoir en sa tête, mais
non pas plus qu’il lui en falloit pour sa pourvision[862]; car quand
il eut lu la lettre que le roi d’Angleterre, Henri huitième, écrivoit
au roi François, premier de ce nom, où il y avoit entre autres choses:
_Mitto tibi duodecim molossos_, c’est-à-dire: _Je vous envoie une
douzaine de dogues_; il interpréta: _Je vous envoie une douzaine de
mulets_; et, se fiant à cette interprétation, s’en alla avec un autre
seigneur trouver le roi, pour le prier de leur donner le présent que le
roi d’Angleterre lui envoyoit. Le roi, qui n’avoit encore ouï parler
de ceci, fut ébahi comment d’Angleterre on lui envoyoit des mulets,
disant que c’étoit grande nouveauté; et, pour ce, il les vouloit voir.
Or, ayant voulu voir pareillement la lettre, et la faire voir aussi aux
autres, on trouva _duodecim molossos_, c’est-à-dire _douze dogues_. De
quoi ledit seigneur, se voyant être moqué (et faut penser de quelle
sorte), trouva une échappatoire qui le fit être encore davantage; car
il dit qu’il avoit failli lire, et qu’il avoit pris _molossos_ pour
_muletos_. Toutefois, pour cela, ceux qui étoient autour du roi ne
laissèrent à bien rire, ne se voulant aucunement formaliser de son
latin.