Du curé qui se coléroit en sa chaire de ce que ses semblables ne
faisoient le devoir, comme lui, de prêcher leurs paroissiens[812].
Un curé[813], de par le monde assez remarqué par ses facéties et
insuffisance de la charge à lui commise, se mit, un jour qu’il prêchoit
à ses paroissiens, à jurer de par Dieu, en dépit[814] des luthériens
de son temps; et voulant prouver qu’ils étoient pires que les diables:
«Le diable, disoit-il, s’enfuiroit incontinent que je lui aurois fait
le signe de la croix; mais si je faisois le signe de la croix à un
luthérien, par Dieu! il me sauteroit au cou et m’étrangleroit. Parquoi
je vous conseille, mes paroissiens, que vous fuyiez, du tout, en tout,
leur compagnie.» Puis, se colérant en lui-même de ce que plusieurs
autres curés ne faisoient le devoir de prêcher comme lui, commença à
s’exclamer en sa chaire: «Et ils disent qu’ils ne sont assez savants!
Qu’ils étudient, de par Dieu ou de par tous les diables! et s’ils ne
le sont, ils le deviendront comme moi.» Et observant diligemment les
contenances de ses paroissiens, leur disoit: «Eh! vous savez bien,
messieurs et dames, qu’il n’y a qu’un an que je ne savois rien, et
maintenant vous voyez comment je prêche.» Mille et mille autres petits
contes faisoit ce copieux[815] curé à ses paroissiens, afin de les
engarder de dormir à ses sermons.