Ce refus tout outre me passe,
Et peu s’en faut que n’en trépasse;
Las! il faut endurer beaucoup
Pour aimer un seul petit coup.
Ah! vous avez grand tort, voisine;
Je tous pensois douce et bénigne:
Mais j’ai bien connu, en effet,
Que vous vous moquez de mon fait.
Je tous ai déclaré ma peine,
Et que c’est qui vers vous m’amène;
J’en souffre trop de la moitié,
Et n’en avez point de pitié.
Or, faut-il bien faire autre chose:
Car l’amour qui est dans moi close
Ne me lairroit point en repos,
Si vous n’avez autre propos.
Toutes les fois que vous vois rire,
Je vous voudrois voulentiers dire:
«Dites-moi, belles, si m’aimez?»
Je vous aime, ne m’en blâmez.
Visage avez de bonne grâce;
Comme moi, êtes grosse et grasse.
Aimez-moi donc, dame, aimez-moi;
Et mon cœur jetez hors d’émoi.
Si mon malaise vous peut plaire,
Mon heur vous pourra-t-il déplaire?
Qui dit mal d’autrui s’éjouit,
Le sien fait qu’on s’en réjouit.
Tous les jours, en la patenôtre,
Pardonnons à l’ennemi nôtre:
Point ne suis-je votre ennemi,
Mais votre langoureux ami.
Si de m’aimer n’avez envie,
Pardonnez au moins à ma vie,
Et en ayez quelque remord,
Ou serez cause de ma mort.
Je ne saurois me plaire au vivre,
Languissant toujours à poursuivre:
Il me vaut trop mieux n’aimer point
Qu’attendre, sans venir au point.
Aimez donc, puisque êtes aimée;
Vous en serez mieux estimée;
Votre grâce, votre maintien,
Me gluent en votre entretien.
Mon las cœur commença dimanche:
N’est-il pas temps que vous emmanche?
J’ai déjà trois jours attendu,
C’est trop pour un homme entendu.
Je ne puis bonnement comprendre
Quel plaisir c’est de tant attendre:
Du temps perdu je suis marri,
N’en déplaise à votre mari.