De la pie et de ses piaux.
C’est trop parlé de ces hommes et de ces femmes; je vous veux faire
un conte d’oiseaux. C’étoit une pie, qui conduisoit ses petits piaux
par les champs, pour leur apprendre à vivre; mais ils faisoient
les besiats[754], et vouloient toujours retourner au nid, pensant
que la mère les dût toujours nourrir à la béchée: toutefois, elle,
les voyant tous drus pour aller par toutes terres, commença à les
laisser manger tout seuls petit à petit, en les instruisant ainsi:
«Mes enfans, dit-elle, allez-vous-en par les champs; vous êtes
grands pour chercher votre vie: ma mère me laissa, que je n’étois pas
si grande de beaucoup que vous êtes.—Voire-mais, disoient-ils, que
ferons-nous? Les arbalestriers nous tueront.—Non feront, non, disoit
la mère. Il faut du temps pour prendre la visée: quand vous verrez
qu’ils lèveront l’arbalète et qu’ils la mettront contre la joue pour
tirer, fuyez-vous-en.—Et bien, nous ferons bien cela, disoient-ils;
mais si quelqu’un prend une pierre pour nous frapper, il ne faudra
point qu’il prenne de visée. Que ferons-nous alors?—Et vous verrez
bien toujours, disoit la mère, quand il se baissera pour amasser la
pierre.—Voire-mais, disoient les piaux, s’il portoit d’aventure la
pierre toujours prête en la main pour ruer[755]?—Ah! dit la mère,
en savez-vous bien tant! Or, pourvoyez-vous, si vous voulez.» Et
ce disant, elle les laisse et s’en va. Si vous n’en riez, si n’en
plourerai-je pas.