NOUVELLE XLII.

Du prêtre et du maçon qui se confessoit à lui.

Il y avoit un prêtre d’un village, qui étoit tout fier d’avoir vu un

petit plus que son Caton[400]; car il avoit lu _De Syntaxi_[401],

et son _Fauste precor gelida_[402]. Et, pour cela, il s’en faisoit

croire, et parloit, d’une braveté grande, usant des mots qui

remplissoient la bouche, afin de se faire estimer un grand docteur.

Et même, en confessant, il avoit des termes qui étonnoient les

pauvres gens. Un jour, il confessoit un pauvre homme manouvrier,

auquel il demandoit: «Or çà, mon ami, es-tu point ambitieux?» Le

pauvre homme disoit que non, pensant bien que ce mot-là appartenoit

aux grands seigneurs, et quasi se repentoit d’être venu à confesse à

ce prêtre; lequel il avoit ouï dire qu’il étoit si grand clerc, et

qu’il parloit si hautement, qu’on n’y entendoit rien, ce qu’il connut

à ce mot _ambitieux_; car, car encore qu’il l’eût possible ouï dire

autrefois, si est-ce qu’il ne savoit pas que c’étoit. Le prêtre, en

après, lui va demander: «Es-tu point fornicateur?—Nenni.—Es-tu point

glouton?—Nenni.—Es-tu point superbe?» Il lui disoit toujours nenni.

«Es-tu point iraconde[403]?—Encore moins.» Ce prêtre, voyant qu’il

lui répondoit toujours _nenni_, étoit tout admirabonde. «Es-tu point

concupiscent?—Nenni.—Et qu’es-tu donc? dit le prêtre.—Je suis, dit-il,

maçon; voici ma truelle.» Il y en eut un autre qui répondit de même à

son confesseur, mais il sembloit être un peu plus affaité[404]. C’étoit

un berger, auquel le prêtre demandoit: «Or çà, mon ami, avez-vous

bien gardé les commandements de Dieu?—Nenni, disoit le berger.—C’est

mal fait, disoit le prêtre. Et les commandements de l’Église?—Nenni.»

Lors dit le prêtre: «Qu’avez-vous donc gardé?—Je n’ai gardé que mes

brebis[405],» dit le berger.

Il y en a un autre qui est vieil comme un pot à plume[406]; mais il

ne peut être qu’il ne soit nouveau à quelqu’un. C’étoit un, lequel,

après qu’il eut bien conté tout son affaire, le prêtre lui demanda: «Eh

bien! mon ami, qu’avez-vous encore sur votre conscience?» Il répond

qu’il n’y avoit plus rien, fors qu’il lui souvenoit d’avoir dérobé un

licol. «Eh bien! mon ami, dit le prêtre, d’avoir dérobé un licol n’est

pas grand’chose, vous en pourrez aisément faire satisfaction.—Voire

mais, dit l’autre, il y avoit une jument au bout.—Ha, ha, dit le

prêtre, c’est autre chose. Il y a bien différence d’une jument à un

licol. Il vous faut rendre la jument, et puis la première fois que vous

reviendrez à confesse à moi, je vous absoudrai du licol.»

Les Contes; ou, Les nouvelles récréations et joyeux devis · 第 76 / 168 题