Du prêtre et du maçon qui se confessoit à lui.
Il y avoit un prêtre d’un village, qui étoit tout fier d’avoir vu un
petit plus que son Caton[400]; car il avoit lu _De Syntaxi_[401],
et son _Fauste precor gelida_[402]. Et, pour cela, il s’en faisoit
croire, et parloit, d’une braveté grande, usant des mots qui
remplissoient la bouche, afin de se faire estimer un grand docteur.
Et même, en confessant, il avoit des termes qui étonnoient les
pauvres gens. Un jour, il confessoit un pauvre homme manouvrier,
auquel il demandoit: «Or çà, mon ami, es-tu point ambitieux?» Le
pauvre homme disoit que non, pensant bien que ce mot-là appartenoit
aux grands seigneurs, et quasi se repentoit d’être venu à confesse à
ce prêtre; lequel il avoit ouï dire qu’il étoit si grand clerc, et
qu’il parloit si hautement, qu’on n’y entendoit rien, ce qu’il connut
à ce mot _ambitieux_; car, car encore qu’il l’eût possible ouï dire
autrefois, si est-ce qu’il ne savoit pas que c’étoit. Le prêtre, en
après, lui va demander: «Es-tu point fornicateur?—Nenni.—Es-tu point
glouton?—Nenni.—Es-tu point superbe?» Il lui disoit toujours nenni.
«Es-tu point iraconde[403]?—Encore moins.» Ce prêtre, voyant qu’il
lui répondoit toujours _nenni_, étoit tout admirabonde. «Es-tu point
concupiscent?—Nenni.—Et qu’es-tu donc? dit le prêtre.—Je suis, dit-il,
maçon; voici ma truelle.» Il y en eut un autre qui répondit de même à
son confesseur, mais il sembloit être un peu plus affaité[404]. C’étoit
un berger, auquel le prêtre demandoit: «Or çà, mon ami, avez-vous
bien gardé les commandements de Dieu?—Nenni, disoit le berger.—C’est
mal fait, disoit le prêtre. Et les commandements de l’Église?—Nenni.»
Lors dit le prêtre: «Qu’avez-vous donc gardé?—Je n’ai gardé que mes
brebis[405],» dit le berger.
Il y en a un autre qui est vieil comme un pot à plume[406]; mais il
ne peut être qu’il ne soit nouveau à quelqu’un. C’étoit un, lequel,
après qu’il eut bien conté tout son affaire, le prêtre lui demanda: «Eh
bien! mon ami, qu’avez-vous encore sur votre conscience?» Il répond
qu’il n’y avoit plus rien, fors qu’il lui souvenoit d’avoir dérobé un
licol. «Eh bien! mon ami, dit le prêtre, d’avoir dérobé un licol n’est
pas grand’chose, vous en pourrez aisément faire satisfaction.—Voire
mais, dit l’autre, il y avoit une jument au bout.—Ha, ha, dit le
prêtre, c’est autre chose. Il y a bien différence d’une jument à un
licol. Il vous faut rendre la jument, et puis la première fois que vous
reviendrez à confesse à moi, je vous absoudrai du licol.»