La séparation d'Ellénore et du comte de P** produisit dans le
public un effet qu'il n'était pas difficile de prévoir. Ellénore
perdit en un instant le fruit de dix années de dévouement et de
constance: on la confondit avec toutes les femmes de sa classe qui
se livrent sans scrupule à mille inclinations successives.
L'abandon de ses enfants la fit regarder comme une mère dénaturée,
et les femmes d'une réputation irréprochable répétèrent avec
satisfaction que l'oubli de la vertu la plus essentielle à leur
sexe s'étendait bientôt sur toutes les autres. En même temps on la
plaignit, pour ne pas perdre le plaisir de me blâmer. On vit dans
ma conduite celle d'un séducteur, d'un ingrat qui avait violé
l'hospitalité, et sacrifié, pour contenter une fantaisie
momentanée, le repos de deux personnes, dont il aurait dû
respecter l'une et ménager l'autre. Quelques amis de mon père
m'adressèrent des représentations sérieuses; d'autres, moins
libres avec moi, me firent sentir leur désapprobation par des
insinuations détournées. Les jeunes gens, au contraire, se
montrèrent enchantés de l'adresse avec laquelle j'avais supplanté
le comte; et, par mille plaisanteries que je voulais en vain
réprimer, ils me félicitèrent de ma conquête et me promirent de
m'imiter. Je ne saurais peindre ce que j'eus à souffrir et de
cette censure sévère et de ces honteux éloges. Je suis convaincu
que, si j'avais eu de l'amour pour Ellénore, j'aurais ramené
l'opinion sur elle et sur moi. Telle est la force d'un sentiment
vrai, que, lorsqu'il parle, les interprétations fausses et les
convenances factices se taisent. Mais je n'étais qu'un homme
faible, reconnaissant et dominé; je n'étais soutenu par aucune
impulsion qui partît du coeur. Je m'exprimais donc avec embarras;
je tâchais de finir la conversation; et si elle se prolongeait, je
la terminais par quelques mots âpres, qui annonçaient aux autres
que j'étais prêt à leur chercher querelle. En effet, j'aurais
beaucoup mieux aimé me battre avec eux que de leur répondre.
Ellénore ne tarda pas à s'apercevoir que l'opinion s'élevait
contre elle. Deux parentes de M. de P**, qu'il avait forcées par
son ascendant à se lier avec elle, mirent le plus grand éclat dans
leur rupture; heureuses de se livrer à leur malveillance,
longtemps contenue à l'abri des principes austères de la morale.
Les hommes continuèrent à voir Ellénore; mais il s'introduisit
dans leur ton quelque chose d'une familiarité qui annonçait
qu'elle n'était plus appuyée par un protecteur puissant, ni
justifiée par une union presque consacrée. Les uns venaient chez
elle parce que, disaient-ils, ils l'avaient connue de tout temps;
les autres, parce qu'elle était belle encore, et que sa légèreté
récente leur avait rendu des prétentions qu'ils ne cherchaient pas
à lui déguiser. Chacun motivait sa liaison avec elle; c'est-à-dire
que chacun pensait que cette liaison avait besoin d'excuse. Ainsi
la malheureuse Ellénore se voyait tombée pour jamais dans l'état
dont, toute sa vie, elle avait voulu sortir. Tout contribuait à
froisser son âme et à blesser sa fierté. Elle envisageait
l'abandon des uns comme une preuve de mépris, l'assiduité des
autres comme l'indice de quelque espérance insultante. Elle
souffrait de la solitude, elle rougissait de la société. Ah! sans
doute, j'aurais dû la consoler; j'aurais dû la serrer contre mon
coeur, lui dire: «Vivons l'un pour l'autre, oublions les hommes
qui nous méconnaissent, soyons heureux de notre seule estime et de
notre seul amour»; je l'essayais aussi; mais que peut, pour
ranimer un sentiment qui s'éteint, une résolution prise par
devoir?
Ellénore et moi nous dissimulions l'un avec l'autre. Elle n'osait
me confier ces peines, résultat d'un sacrifice qu'elle savait bien
que je ne lui avais pas demandé. J'avais accepté ce sacrifice: je
n'osais me plaindre d'un malheur que j'avais prévu, et que je
n'avais pas eu la force de prévenir. Nous nous taisions donc sur
la pensée unique qui nous occupait constamment. Nous nous
prodiguions des caresses, nous parlions d'amour; mais nous
parlions d'amour de peur de nous parler d'autre chose.
Dès qu'il existe un secret entre deux coeurs qui s'aiment, dès que
l'un d'eux a pu se résoudre à cacher à l'autre une seule idée, le
charme est rompu, le bonheur est détruit. L'emportement,
l'injustice, la distraction même, se réparent; mais la
dissimulation jette dans l'amour un élément étranger qui le
dénature et le flétrit à ses propres yeux. Par une inconséquence
bizarre, tandis que je repoussais avec l'indignation la plus
violente la moindre insinuation contre Ellénore, je contribuais
moi-même à lui faire tort dans mes conversations générales. Je
m'étais soumis à ses volontés, mais j'avais pris en horreur
l'empire des femmes. Je ne cessais de déclamer contre leur
faiblesse, leur exigence, le despotisme de leur douleur.
J'affichais les principes les plus durs; et ce même homme qui ne
résistait pas à une larme, qui cédait à la tristesse muette, qui
était poursuivi dans l'absence par l'image de la souffrance qu'il
avait causée, se montrait, dans tous ses discours, méprisant et
impitoyable. Tous mes éloges directs en faveur d'Ellénore ne
détruisaient pas l'impression que produisaient des propos
semblables. On me haïssait, on la plaignait, mais on ne l'estimait
pas. On s'en prenait à elle de n'avoir pas inspiré à son amant
plus de considération pour son sexe et plus de respect pour les
liens du coeur.
Un homme, qui venait habituellement chez Ellénore, et qui, depuis
sa rupture avec le comte de P**, lui avait témoigné la passion la
plus vive, l'ayant forcée, par ses persécutions indiscrètes, à ne
plus le recevoir, se permit contre elle des railleries
outrageantes qu'il me parut impossible de souffrir. Nous nous
battîmes; je le blessai dangereusement, je fus blessé moi-même. Je
ne puis décrire le mélange de trouble, de terreur, de
reconnaissance et d'amour qui se peignit sur les traits d'Ellénore
lorsqu'elle me revit après cet événement. Elle s'établit chez moi,
malgré mes prières; elle ne me quitta pas un seul instant jusqu'à
ma convalescence. Elle me lisait pendant le jour, elle me veillait
durant la plus grande partie des nuits; elle observait mes
moindres mouvements, elle prévenait chacun de mes désirs; son
ingénieuse bonté multipliait ses facultés et doublait ses forces.
Elle m'assurait sans cesse qu'elle ne m'aurait pas survécu;
j'étais pénétré d'affection, j'étais déchiré de remords. J'aurais
voulu trouver en moi de quoi récompenser un attachement si
constant et si tendre; j'appelais à mon aide les souvenirs,
l'imagination, la raison même, le sentiment du devoir: efforts
inutiles! La difficulté de la situation, la certitude d'un avenir
qui devait nous séparer, peut-être je ne sais quelle révolte
contre un lien qu'il m'était impossible de briser, me dévoraient
intérieurement. Je me reprochais l'ingratitude que je m'efforçais
de lui cacher. Je m'affligeais quand elle paraissait douter d'un
amour qui lui était si nécessaire; je ne m'affligeais pas moins
quand elle semblait y croire. Je la sentais meilleure que moi; je
me méprisais d'être indigne d'elle. C'est un affreux malheur de
n'être pas aimé quand on aime; mais c'en est un bien grand d'être
aimé avec passion quand on n'aime plus. Cette vie que je venais
d'exposer pour Ellénore, je l'aurais mille fois donnée pour
qu'elle fût heureuse sans moi.
Les six mois que m'avait accordés mon père étaient expirés; il
fallut songer à partir. Ellénore ne s'opposa point à mon départ,
elle n'essaya pas même de le retarder; mais elle me fit promettre
que, deux mois après, je reviendrais près d'elle, ou que je lui
permettrais de me rejoindre: je le lui jurai solennellement. Quel
engagement n'aurais-je pas pris dans un moment où je la voyais
lutter contre elle-même et contenir sa douleur! Elle aurait pu
exiger de moi de ne pas la quitter; je savais au fond de mon âme
que ses larmes n'auraient pas été désobéies. J'étais reconnaissant
de ce qu'elle n'exerçait pas sa puissance; il me semblait que je
l'en aimais mieux. Moi-même, d'ailleurs, je ne me séparais pas
sans un vif regret d'un être qui m'était si uniquement dévoué. Il
y a dans les liaisons qui se prolongent quelque chose de si
profond! Elles deviennent à notre insu une partie si intime de
notre existence! Nous formons de loin, avec calme, la résolution
de les rompre; nous croyons attendre avec impatience l'époque de
l'exécuter: mais quand ce moment arrive, il nous remplit de
terreur; et telle est la bizarrerie de notre coeur misérable que
nous quittons avec un déchirement horrible ceux près de qui nous
demeurions sans plaisir.
Pendant mon absence, j'écrivis régulièrement à Ellénore. J'étais
partagé entre la crainte que mes lettres ne lui fissent de la
peine, et le désir de ne lui peindre que le sentiment que
j'éprouvais. J'aurais voulu qu'elle me devinât, mais qu'elle me
devinât sans s'affliger; je me félicitais quand j'avais pu
substituer les mots d'affection, d'amitié, de dévouement, à celui
d'amour; mais soudain je me représentais la pauvre Ellénore triste
et isolée; n'ayant que mes lettres pour consolation; et, à la fin
de deux pages froides et compassées, j'ajoutais rapidement
quelques phrases ardentes ou tendres, propres à la tromper de
nouveau. De la sorte, sans en dire jamais assez pour la
satisfaire, j'en disais toujours assez pour l'abuser. Étrange
espèce de fausseté, dont le succès même se tournait contre moi,
prolongeait mon angoisse, et m'était insupportable!
Je comptais avec inquiétude les jours, les heures qui
s'écoulaient; je ralentissais de mes voeux la marche du temps; je
tremblais en voyant se rapprocher l'époque d'exécuter ma promesse.
Je n'imaginais aucun moyen de partir. Je n'en découvrais aucun
pour qu'Ellénore pût s'établir dans la même ville que moi. Peut-
être, car il faut être sincère, peut-être je ne le désirais pas.
Je comparais ma vie indépendante et tranquille à la vie de
précipitation, de trouble et de tourment à laquelle sa passion me
condamnait. Je me trouvais si bien d'être libre, d'aller, de
venir, de sortir, de rentrer, sans que personne s'en occupât! Je
me reposais, pour ainsi dire, dans l'indifférence des autres, de
la fatigue de son amour.
Je n'osais cependant laisser soupçonner à Ellénore que j'aurais
voulu renoncer à nos projets. Elle avait compris par mes lettres
qu'il me serait difficile de quitter mon père; elle m'écrivit
qu'elle commençait en conséquence les préparatifs de son départ.
Je fus longtemps sans combattre sa résolution; je ne lui répondais
rien de précis à ce sujet. Je lui marquais vaguement que je serais
toujours charmé de la savoir, puis j'ajoutais, de la rendre
heureuse: tristes équivoques, langage embarrassé que je gémissais
de voir si obscur, et que je tremblais de rendre plus clair! Je me
déterminai enfin à lui parler avec franchise; je me dis que je le
devais; je soulevai ma conscience contre ma faiblesse; je me
fortifiai de l'idée de son repos contre l'image de sa douleur. Je
me promenais à grands pas dans ma chambre, récitant tout haut ce
que je me proposais de lui dire. Mais à peine eus-je tracé
quelques lignes, que ma disposition changea: je n'envisageai plus
mes paroles d'après le sens qu'elles devaient contenir, mais
d'après l'effet qu'elles ne pouvaient manquer de produire; et une
puissance surnaturelle dirigeant, comme malgré moi, une main
dominée, je me bornai à lui conseiller un retard de quelques mois.
Je n'avais pas dit ce que je pensais. Ma lettre ne portait aucun
caractère de sincérité. Les raisonnements que j'alléguais étaient
faibles, parce qu'ils n'étaient pas les véritables.
La réponse d'Ellénore fut impétueuse; elle était indignée de mon
désir de ne pas la voir. Que me demandait-elle? De vivre inconnue
auprès de moi. Que pouvais-je redouter de sa présence dans une
retraite ignorée, au milieu d'une grande ville où personne ne la
connaissait? Elle m'avait tout sacrifié, fortune, enfants,
réputation; elle n'exigeait d'autre prix de ses sacrifices que de
m'attendre comme une humble esclave, de passer chaque jour avec
moi quelques minutes, de jouir des moments que je pourrais lui
donner. Elle s'était résignée à deux mois d'absence, non que cette
absence lui parût nécessaire, mais parce que je semblais le
souhaiter; et lorsqu'elle était parvenue, en entassant péniblement
les jours sur les jours, au terme que j'avais fixé moi-même, je
lui proposais de recommencer ce long supplice! Elle pouvait s'être
trompée, elle pouvait avoir donné sa vie à un homme dur et aride;
j'étais le maître de mes actions; mais je n'étais pas le maître de
la forcer à souffrir, délaissée par celui pour lequel elle avait
tout immolé.
Ellénore suivit de près cette lettre; elle m'informa de son
arrivée. Je me rendis chez elle avec la ferme résolution de lui
témoigner beaucoup de joie; j'étais impatient de rassurer son
coeur et de lui procurer, momentanément au moins, du bonheur et du
calme. Mais elle avait été blessée; elle m'examinait avec
défiance: elle démêla bientôt mes efforts; elle irrita ma fierté
par ses reproches; elle outragea mon caractère. Elle me peignit si
misérable dans ma faiblesse qu'elle me révolta contre elle encore
plus que contre moi. Une fureur insensée s'empara de nous: tout
ménagement fut abjuré, toute délicatesse oubliée. On eût dit que
nous étions poussés l'un contre l'autre par des furies. Tout ce
que la haine la plus implacable avait inventé contre nous, nous
nous l'appliquions mutuellement, et ces deux êtres malheureux qui
seuls se connaissaient sur la terre, qui seuls pouvaient se rendre
justice, se comprendre et se consoler, semblaient deux ennemis
irréconciliables, acharnés à se déchirer.
Nous nous quittâmes après une scène de trois heures; et, pour la
première fois de la vie, nous nous quittâmes sans explication,
sans réparation. À peine fus-je éloigne d'Ellénore qu'une douleur
profonde remplaça ma colère. Je me trouvai dans une espèce de
stupeur, tout étourdi de ce qui s'était passé. Je me répétais mes
paroles avec étonnement; je ne concevais pas ma conduite; je
cherchais en moi-même ce qui avait pu m'égarer. Il était fort
tard; je n'osai retourner chez Ellénore. Je me promis de la voir
le lendemain de bonne heure, et je rentrai chez mon père. Il y
avait beaucoup de monde: il me fut facile, dans une assemblée
nombreuse, de me tenir à l'écart et de déguiser mon trouble.
Lorsque nous fûmes seuls, il me dit: «On m'assure que l'ancienne
maîtresse du comte de P** est dans cette ville. Je vous ai
toujours laissé une grande liberté, et je n'ai jamais rien voulu
savoir sur vos liaisons; mais il ne vous convient pas, à votre
âge, d'avoir une maîtresse avouée; et je vous avertis que j'ai
pris des mesures pour qu'elle s'éloigne d'ici». En achevant ces
mots, il me quitta. Je le suivis jusque dans sa chambre; il me fit
signe de me retirer. «Mon père, lui dis-je, Dieu m'est témoin que
je n'ai point fait venir Ellénore. Dieu m'est témoin que je
voudrais qu'elle fût heureuse, et que je consentirais à ce prix à
ne jamais la revoir: mais prenez garde à ce que vous ferez; en
croyant me séparer d'elle, vous pourriez bien m'y rattacher à
jamais.»
Je fis aussitôt venir chez moi un valet de chambre qui m'avait
accompagné dans mes voyages, et qui connaissait mes liaisons avec
Ellénore. Je le chargeai de découvrir à l'instant même, s'il était
possible, quelles étaient les mesures dont mon père m'avait parlé.
Il revint au bout de deux heures. Le secrétaire de mon père lui
avait confié, sous le sceau du secret, qu'Ellénore devait recevoir
le lendemain l'ordre de partir. «Ellénore chassée! m'écriai-je,
chassée avec opprobre! Elle qui n'est venue ici que pour moi, elle
dont j'ai déchiré le coeur, elle dont j'ai sans pitié vu couler
les larmes! Où donc reposerait-elle sa tête, l'infortunée, errante
et seule dans un monde dont je lui ai ravi l'estime? À qui dirait-
elle sa douleur?» Ma résolution fut bientôt prise. Je gagnai
l'homme qui me servait; je lui prodiguai l'or et les promesses. Je
commandai une chaise de poste pour six heures du matin à la porte
de la ville. Je formais mille projets pour mon éternelle réunion
avec Ellénore: je l'aimais plus que je ne l'avais jamais aimée;
tout mon coeur était revenu à elle; j'étais fier de la protéger.
J'étais avide de la tenir dans mes bras; l'amour était rentré tout
entier dans mon âme; j'éprouvais une fièvre de tête, de coeur, de
sens, qui bouleversait mon existence. Si, dans ce moment, Ellénore
eût voulu se détacher de moi, je serais mort à ses pieds pour la
retenir.
Le jour parut; je courus chez Ellénore. Elle était couchée, ayant
passé la nuit à pleurer; ses yeux étaient encore humides, et ses
cheveux étaient épars; elle me vit entrer avec surprise. «Viens,
lui dis-je, partons». Elle voulut répondre. «Partons, repris-je.
As-tu sur la terre un autre protecteur, un autre ami que moi? Mes
bras ne sont-ils pas ton unique asile?» Elle résistait. «J'ai des
raisons importantes, ajoutai-je, et qui me sont personnelles. Au
nom du ciel, suis-moi». Je l'entraînai. Pendant la route, je
l'accablais de caresses, je la pressais sur mon coeur, je ne
répondais à ses questions que par mes embrassements. Je lui dis
enfin qu'ayant aperçu dans mon père l'intention de nous séparer,
j'avais senti que je ne pouvais être heureux sans elle; que je
voulais lui consacrer ma vie et nous unir par tous les genres de
liens. Sa reconnaissance fut d'abord extrême, mais elle démêla
bientôt des contradictions dans mon récit. À force d'instance elle
m'arracha la vérité; sa joie disparut, sa figure se couvrit d'un
sombre nuage.
«Adolphe, me dit-elle, vous vous trompez sur vous-même; vous êtes
généreux, vous vous dévouez à moi parce que je suis persécutée;
vous croyez avoir de l'amour, et vous n'avez que de la pitié».
Pourquoi prononça-t-elle ces mots funestes? Pourquoi me révéla-t-
elle un secret que je voulais ignorer? Je m'efforçai de la
rassurer, j'y parvins peut-être; mais la vérité avait traversé mon
âme; le mouvement était détruit; j'étais déterminé dans mon
sacrifice, mais je n'en étais pas plus heureux; et déjà il y avait
en moi une pensée que de nouveau j'étais réduit à cacher.