Les religieuses nous ayant présentées à une brave fille, ancienne
gouvernante du château qui connaissait tous les secrets et toutes les
bonnes oeuvres de madame de Lamartine, celle-ci nous présenta à son
tour au mari et à la femme du paysan de Milly, qui en gouvernent
actuellement les vignes, la basse-cour et les chiens. C'étaient des
gens aussi doux que les maîtres. Tous, jusqu'à la bergère, semblaient
être de la famille. Quand ils surent que nous étions de pauvres
pèlerins venus à pied de si loin pour voir Saint-Point, ils nous
introduisirent, accompagnés de tous les chiens hospitaliers qui nous
tiraient par les manches et par le bord de nos robes. Vous savez ce
que nous vîmes, monsieur, nous ne voulons pas le répéter. Les
chambres, les salons, les terrasses, les paons qui venaient comme des
chiens ailés becqueter les vitres quand on nous ouvrait les fenêtres,
les hirondelles qui se préparaient à partir et qui voltigeaient autour
du toit comme pour faire leurs adieux à leur demeure; enfin, les
belles peintures que madame de Lamartine et votre nièce ont prodiguées
dans les appartements, les portraits chéris de votre fille qui sortent
partout des murailles comme pour vous appeler à la revoir dans un
autre monde... Nous ne pouvions penser à enregistrer tout dans nos
souvenirs; mes filles prenaient des notes en silence, moi je priais
tout bas pour les habitants absents de ce lieu où l'on a tant aimé et
tant souffert.