XXIII

Les religieuses nous ayant présentées à une brave fille, ancienne

gouvernante du château qui connaissait tous les secrets et toutes les

bonnes oeuvres de madame de Lamartine, celle-ci nous présenta à son

tour au mari et à la femme du paysan de Milly, qui en gouvernent

actuellement les vignes, la basse-cour et les chiens. C'étaient des

gens aussi doux que les maîtres. Tous, jusqu'à la bergère, semblaient

être de la famille. Quand ils surent que nous étions de pauvres

pèlerins venus à pied de si loin pour voir Saint-Point, ils nous

introduisirent, accompagnés de tous les chiens hospitaliers qui nous

tiraient par les manches et par le bord de nos robes. Vous savez ce

que nous vîmes, monsieur, nous ne voulons pas le répéter. Les

chambres, les salons, les terrasses, les paons qui venaient comme des

chiens ailés becqueter les vitres quand on nous ouvrait les fenêtres,

les hirondelles qui se préparaient à partir et qui voltigeaient autour

du toit comme pour faire leurs adieux à leur demeure; enfin, les

belles peintures que madame de Lamartine et votre nièce ont prodiguées

dans les appartements, les portraits chéris de votre fille qui sortent

partout des murailles comme pour vous appeler à la revoir dans un

autre monde... Nous ne pouvions penser à enregistrer tout dans nos

souvenirs; mes filles prenaient des notes en silence, moi je priais

tout bas pour les habitants absents de ce lieu où l'on a tant aimé et

tant souffert.

Cours familier de Littérature - Volume 23 · 第 103 / 136 题