CHANT D'AMOUR AU PRINTEMPS

Quels doulx accords emplissent nos boscages!

Quel feu secret de fécondes chasleurs

Va pénétrant sillons, arbres, pascages,

Et, mesme entour des tristes marescages,

Quel charme espand ces vivaces couleurs!

Oui, tout renaist, s'anime ou se réveille:

Arbustelets, qu'ont ployez les aultans,

Redressez-vous de perles éclatants!

Bordez tapyz que nature appareille,

Pour y pozer les trosnes du printemps.

Gentil matin de l'an qui vient d'esclore,

Type riant du matin de nos jours,

Rien que ton oeil ne verdysse et coulore!

Seyzon des jeux, empeyre des amours,

Cil resjouïs qui leur perte desplore!

Ainz, se des vieulx seraines le desclin,

Soulcys pour nous jeunetz suyvent les traces;

Sçaiz esclaircir front vers la terre enclin;

Vas obscurant cettuy qu'ornent les Graces

Soubz bandelet de l'archerost malin!

Te pardonnons: viendra l'heure cruelle

Qu'à trez hault prilx vouldrions payer ces maulx:

Oncques les siens ne dira Philomelle,

Sanz que plaignions, à l'ombre des rameaulx,

Droict précieulx de souspirer comme elle.

Plus ne vivrons que par des soubvenirs:

Bien qu'Aurora de plours l'herbette arroze,

Prou se complaist en son char de saphyrs;

Songe à Tython, quand veoit la jeune roze

S'espandyssant aux souffles des zéphyrs...

De vray, me duict le tourment où me livre

Plus que son heur: car enfin que l'y siert

Remémorer ung que ne peult revivre?

À tout le moinz nous, que la Parque fiert,

Espoir avons en la tombe nous suyvre,

Qui tost, qui tard: ains trop ne nous hastons:

Doulce est encor la coupe de la vie:

Faut l'adorner de gracieulx festons;

N'aurons que trop, pour désarmer l'envie,

Triste loysir de jongler des Catons.

Temps nous soubrit; uzons de sa largesse,

Maiz sans abus: se faizans peult avoir,

Sot est, ma foy, qui s'en tient à la gesse;

Ugne vertu par défaut de pouvoir

Se pare en vain du beau nom de sagesse.

Suyvons l'amour, tel en soit le danger!

Cy nous attend sur litz charmants de mousse:

À des rigueurs... qui vouldroit s'en venger,

Qui (mesme alors que tout dezir s'esmousse),

Au prilx fatal de ne plus y songer?

Regne sur moy, cher tyran dont les armes

Ne me sçauroient porter coups trop puissants!

Pour m'espargner, n'en croiz onc à mes larmes;

Sont de playzir: tant plus auront de charmes

Tes dards aigus, que seront plus cuysants.

Témoins plainctifs des seuls maulx que j'endure,

Ô tourtereaulx, et vous, rossignoletz,

Puisqu'a chassé Mars glaçons et froidure,

Meslez vos chantz au bruict des ruisseletz

Qui roulent clairs sur la molle verdure!

Entour d'icy mille painctz oysillons

Vont becquetant aubespines flouries,

Ou baillent chasse à dorés parpeillons,

Se balançant sur la flour des prayries

Qu'ont jà suscée avetins éguillons.

Vous tend Vertumne, aux esles diaprées,

Sombres abrys en l'espaisseur des bois:

Là veulx, dés-lors qu'avec frescheur des prées

Disparoistront violettes pourprées,

Respondre encore à vos faillantes voix!...

Maiz, bel amy, dont le penser m'enflamme,

Se de ta bousche un bayser chaloureulx

(Qui sur la mienne appelleroit mon ame)

Coupoit soudain mes accents amoureulx,

Com'diroy bien, toute engtiere à ma flame,

«Quels doulx accords!»

Lisez encore ce chant d'amour aux quatre saisons de l'année.

Un orage d'été qui frappe d'un trait de foudre le ramier absent de son

nid la ramène à elle-même.

Marche la fouldre enmyeu nuaiges noirs;

Gronde, reluict, esclate, hélaz! et tombe...

Dieulx! sur ce roc, le plus fraiz des manoirs:

Frappe la creste où sylvestre palombe

Prez son ramier rouccouloit touz les soirs:

L'a veu périr; s'enfuyt... Ah! malheureuse,

À peyne viz, et cuydes t'envoler!

Me fend le coeur ta plaincte langoureuse;

Et moinz barbare estoit de t'immoler,

Que te forcier vivre ainsy douloureuse!

Que quierz entour ce funeste roscher?

De ta demeure encor toute fumante

Ne peulx t'enfuyr, et trembles d'approscher!

Vole plustost sur le seyn d'ugne amante.

Qu'au pair de toy tes maulx doibvent touscher;

Laz! n'est plus temps: s'allanguissent tes esles!

Tien seul amy pouvoist te secourir:

Sçaiz qu'il n'est plus, et sy tousjours l'appelles?

Oui, m'apprenez, coulple d'oyseaulx fideles,

Qu'en pareil cas ne reste qu'à mourir.

Ainz toutesfois s'esclayrcissent les nues:

Perce à travers les humides forests

Cil dont plus vifs resplendissent les traicts,

Sur les torrents, dont ces costes chesnues

Jà menaçoient d'inonder nos guérests.

Jaçoit encor qu'en perles crystallines,

Bois argentés, s'esgouttent vos rameaulx.

M'ombroyerez cueillant des avelines,

Tant que, sur toictz fumantz de nos hameaulx

L'ombre croyssant ne tombe des collines,

Maiz est ung feu, soict où m'aille tapir,

Qui, sanz pitié, jour et nuict me consume:

S'avec mes sens somme vient l'assoupir,

Dès mon réveil, suivy de maint souspir,

Comme au dedans, chasque object le rallume

Entour de moy.

Cours familier de Littérature - Volume 23 · 第 37 / 136 题