VIII

Cette merveilleuse relique de notre passé littéraire devait passer

ainsi comme un legs funèbre de mourant en mourant dans nos mains. M.

de Surville quitta une seconde fois sa compagne chérie et son asile en

Suisse pour aller chercher dans l'Ardèche quelques débris de sa

fortune. La mort révolutionnaire l'y épiait et l'y surprit. Il y fut

fusillé en 1795, sans doute comme un complice tardif des ennemis de la

Convention; il mourut en héros, ne témoignant d'autres regrets que de

laisser son sang inutile à son roi toujours fugitif, et la gloire de

son aïeule encore incomplète. Ses amis et sa veuve, à Lausanne,

recueillirent son héritage, et chargèrent plus tard M. de Vandenborg,

membre de l'Institut français, d'épurer encore et d'éditer les oeuvres

de Clotilde. Le comte de Maistre, devenu si célèbre depuis, et qui

entretenait des relations avec madame de Polier, d'une famille

distinguée de Lausanne, chargea cette dame de lui procurer des

relations et des documents sur la veuve de M. de Surville et sur les

manuscrits dont elle était en possession. Ainsi les exilés cherchaient

à honorer la mémoire de ces proscrits qui n'avaient à laisser à leur

patrie que les échos du fleuve de Babylone--_Super flumina Babylonis

sedimus et flevimus_.--Cette négociation dont nous avons la preuve

n'eut point de résultats: la veuve de M. de Surville attendit des

temps plus sereins.

Cours familier de Littérature - Volume 23 · 第 29 / 136 题