Cette merveilleuse relique de notre passé littéraire devait passer
ainsi comme un legs funèbre de mourant en mourant dans nos mains. M.
de Surville quitta une seconde fois sa compagne chérie et son asile en
Suisse pour aller chercher dans l'Ardèche quelques débris de sa
fortune. La mort révolutionnaire l'y épiait et l'y surprit. Il y fut
fusillé en 1795, sans doute comme un complice tardif des ennemis de la
Convention; il mourut en héros, ne témoignant d'autres regrets que de
laisser son sang inutile à son roi toujours fugitif, et la gloire de
son aïeule encore incomplète. Ses amis et sa veuve, à Lausanne,
recueillirent son héritage, et chargèrent plus tard M. de Vandenborg,
membre de l'Institut français, d'épurer encore et d'éditer les oeuvres
de Clotilde. Le comte de Maistre, devenu si célèbre depuis, et qui
entretenait des relations avec madame de Polier, d'une famille
distinguée de Lausanne, chargea cette dame de lui procurer des
relations et des documents sur la veuve de M. de Surville et sur les
manuscrits dont elle était en possession. Ainsi les exilés cherchaient
à honorer la mémoire de ces proscrits qui n'avaient à laisser à leur
patrie que les échos du fleuve de Babylone--_Super flumina Babylonis
sedimus et flevimus_.--Cette négociation dont nous avons la preuve
n'eut point de résultats: la veuve de M. de Surville attendit des
temps plus sereins.