Le récit d'une grande foire aux chevaux dans un village de la grande
Russie, où toutes les figures et toutes les ruses de maquignon sont
prises sur le fait.
Le récit d'une nuit passée au milieu des _Prairies_ avec les crédules
enfants d'un autre village russe à entendre les merveilles populaires
que les mères ont raconté aux enfants.
Enfin le récit touchant des _chanteurs_.
Comme tous les peuples enfants qui ont de grands souvenirs dans leur
histoire, les Russes ont des chanteurs de cantons, de villages, de
steppes, qui luttent ensemble pour le plaisir des auditeurs attablés.
J'ai vu la même chose en Arabie: l'émir Beschir du mont Liban et ses
fils en avaient toujours derrière leur divan. Ces hommes ont un
caractère à part qui leur vaut à la fois la vénération de leurs
compatriotes, l'idolâtrie des femmes et les railleries des ignorants.
Ce trait de moeurs des peuples neufs est trop saillant pour avoir
échappé à Tourgueneff. Un de ses essais les plus naïfs et les plus
vrais est intitulé le _Chanteur_. Le voici: