C'était le 15 septembre que M. de Bubna était retourné à Dotis; il

revint le 21 à Schoenbrunn, avec la nouvelle lettre de l'empereur

François. Napoléon en la recevant ne put se défendre d'un vif

mouvement d'impatience, s'emporta contre ceux qui peignaient à

l'empereur François l'état des choses d'une manière si complétement

inexacte, et dit que les uns et les autres ne savaient pas même la

géographie de l'Autriche.--Je n'avais pas encore renoncé, dit-il,

à la base de l'_uti-possidetis_, et j'y ai renoncé sur le désir de

votre empereur! j'avais réclamé 400 mille âmes de population en

Bohême, et j'ai cessé de les exiger! je voulais 800 mille âmes dans

la Haute-Autriche, et je me contente de 400 mille! j'avais demandé

1,400,000 âmes dans la Carinthie et la Carniole, et j'abandonne

Klagenfurth, ce qui est encore un sacrifice de 200 mille âmes! Je

restitue donc une population d'un million de sujets à votre maître,

et il dit que je ne lui ai rien concédé! Je n'ai gardé que ce qui

m'est nécessaire pour écarter l'ennemi de Passau et de l'Inn, ce qui

m'est nécessaire pour établir une contiguïté de territoire entre

l'Italie et la Dalmatie, et pourtant on lui dit que je ne me suis

départi d'aucune de mes prétentions! et c'est ainsi qu'on représente

toutes choses à l'empereur François, c'est ainsi qu'on l'éclaire sur

mes intentions! En l'abusant de la sorte on l'a conduit à la guerre,

et on le mènera définitivement à sa perte!--Napoléon retint M. de

Bubna fort tard auprès de lui, et sous l'empire des sentiments qu'il

éprouvait dicta une lettre fort vive, fort amère pour l'empereur

d'Autriche. Toutefois, lorsqu'il se fut calmé, il s'abstint de

la remettre à M. de Bubna[29], en faisant la remarque qu'il ne

fallait pas s'écrire entre souverains pour s'adresser des paroles

injurieuses, et se reprocher de _ne pas savoir ce qu'on disait_.

Il fit appeler M. de Bubna, répéta devant lui tout ce qu'il avait

dit la veille, déclara de nouveau que ses dernières propositions

étaient son ultimatum, qu'en deçà il y avait la guerre, que la saison

s'avançait, qu'il voulait faire une campagne d'automne, qu'on devait

donc se hâter de lui répondre, sans quoi il dénoncerait l'armistice;

que dans un premier mouvement il avait écrit une lettre qui n'aurait

pas été agréable à l'empereur, qu'il se décidait à ne pas l'envoyer,

pour ne pas blesser ce monarque, mais qu'il chargeait M. de Bubna de

reporter à Dotis tout ce qu'il avait entendu, et de revenir le plus

tôt possible avec une réponse définitive.

[Note 29: Voici une lettre à M. Maret, qui exprime parfaitement ce

qui se passa en lui à ce sujet:

«Schoenbrunn, le 23 septembre 1809.

»Vous trouverez ci-joint une réponse à l'empereur, que vous remettrez

au général Bubna. Je vous en envoie la copie, pour que vous la lui

lisiez. Vous lui direz que j'avais d'abord fait une lettre de trois

pages, mais que cette lettre pouvant contenir des choses qui auraient

pu être désagréables à l'empereur, pour me tirer de ce mauvais pas,

j'ai pris le parti de ne pas l'écrire. En effet, il n'est pas de ma

dignité de dire à un prince: Vous ne savez ce que vous dites; or,

c'est ce que je me trouvais obligé de lui dire, puisque sa lettre

était basée sur une fausseté.

NAPOLÉON.»]

[Note en marge: Napoléon adresse à l'Autriche l'expression de son vif

mécontentement, et se montre prêt à recommencer les hostilités.]

Mais ce qu'il ne voulut pas écrire directement à l'empereur, il le

fit dire aux négociateurs à Altenbourg, en leur adressant, par M. de

Champagny, une note des plus véhémentes, dans laquelle il exhalait

tous les sentiments dont il avait cru devoir épargner l'expression à

l'empereur lui-même[30].

[Note 30: Je cite cette note, qui exprime très-complétement l'état de

la négociation:

«_À M. de Champagny._

»Schoenbrunn, le 22 septembre 1809, à midi.

»Je reçois votre lettre du 21, avec le protocole de la séance du

même jour. Votre réponse ne me paraît pas avoir le caractère de

supériorité que doit avoir tout ce qui vient de notre part. Il faut

leur laisser le rabâchage et les bêtises. D'ailleurs, votre réponse

ne remplit pas mon but, il faut en faire une seconde dans les termes

de la note ci-jointe.

»_P. S._ Cette note étant ma première dictée, il y a beaucoup de

choses de style à arranger, je vous laisse ce soin.

»NAPOLÉON.»

NOTE.

«Le soussigné a transmis à l'Empereur, son maître, le protocole de

la séance du 21, et a reçu ordre de faire la réponse suivante aux

observations des plénipotentiaires autrichiens.

»Les bases contenues dans le protocole du..... sont l'ultimatum de

l'Empereur, duquel il ne saurait se départir. En mettant les 1,600

mille âmes sur la frontière de l'Inn et sur la frontière d'Italie,

S. M. a cru faire une chose agréable à l'Autriche en la laissant

maîtresse de faire elle-même les coupures, en consultant les

localités et ses convenances. Mais c'est un caractère particulier de

la négociation que tout ce qui est fait dans le sens de l'avantage

de l'Autriche et imaginé pour diminuer les charges qui lui sont

demandées, est considéré dans un sens inverse, soit que les

plénipotentiaires autrichiens n'y veuillent pas réfléchir, soit qu'il

soit dans leur volonté de s'attacher à tout ce qui peut contrarier la

marche de la négociation.

»Ainsi donc S. M. a fait une chose plus avantageuse à l'Autriche,

lorsqu'elle a demandé 1,600 mille âmes sur la frontière de l'Inn et

sur celle d'Italie, à classer selon le désir des plénipotentiaires

autrichiens, que si, en marquant elle-même les limites de ces 1,600

mille âmes, elle se fût exposée à froisser davantage les intérêts de

l'Autriche.

»Une autre assertion, non moins singulière, est celle par laquelle

les plénipotentiaires autrichiens prétendent que Salzbourg, la

Haute-Autriche, la Carinthie, la Carniole, le littoral, et la

partie de la Croatie au midi de la Save, ne renferment qu'à peine

1,600 mille habitants. Par cette maligne interprétation on veut

persuader à l'empereur François que l'empereur Napoléon ne lui fait

aucune concession, que la confiance qu'il a montrée en lui a été

en pure perte, et par là les ministres qui dirigent les affaires

montrent leur mauvaise volonté. Salzbourg, la Haute-Autriche, la

Carinthie, la Carniole, la Croatie depuis la Save forment une

population de 2,200,000 habitants, les cercles de Bohême 400

mille. C'est donc 2,600,000 habitants qui ont été demandés. En

demandant ces 2,600 mille habitants on n'avait pas renoncé à la

base de l'_uti-possidetis_. D'un seul coup, S. M. a fait d'immenses

concessions, a renoncé à la base de l'_uti-possidetis_, et a déclaré

qu'elle se contentait de 1,600,000 au lieu de 2,600,000, faisant

par là une concession d'un million. S. M. a déclaré de plus que

ces 1,600 mille âmes seraient réparties comme le désireraient les

plénipotentiaires autrichiens, entre les frontières de l'Inn et de

l'Italie, ce qui veut dire, puisque enfin il faut s'expliquer, et que

les plénipotentiaires autrichiens, en se plaignant que la négociation

ne marche pas, s'attachent à ne vouloir rien comprendre, que S. M.

se réduit à 400 mille âmes sur l'Inn, elle en avait demandé 800

mille; qu'elle se contente de 1,200 mille habitants sur la frontière

d'Italie, elle en avait précédemment demandé 1,400 mille; ce qui

forme donc une concession de 600 mille âmes, indépendamment de la

renonciation des 400 mille des cercles de Bohême.

»En demandant 400 mille habitants sur l'Inn au lieu de 800 mille,

l'Autriche réacquiert la frontière de l'Ens, celle de la Traun, la

ville de Lintz, et la plus grande partie de la Haute-Autriche; en ne

demandant que 1,200 mille âmes du côté de l'Italie, S. M. renonce au

cercle de Klagenfurth.

»Voilà ce que les plénipotentiaires autrichiens auraient pu

facilement comprendre, s'ils cherchaient à faciliter la négociation

et à s'entendre, au lieu de s'exciter et de s'aigrir. Les

plénipotentiaires autrichiens menacent toujours de la reprise des

hostilités; ce langage n'est rien moins que pacifique, et l'avenir

prouvera, comme l'expérience l'a prouvé plus d'une fois, à qui sera

funeste le renouvellement des hostilités. Jamais on ne vit dans

une négociation déployer moins de dextérité, d'esprit conciliant

et d'aménité. Le rôle paraît renversé. Les plénipotentiaires seuls

méritent le reproche de ne pas faire un pas, de mettre des entraves à

tout, de se permettre sans cesse le reproche que le plénipotentiaire

français n'avance pas, de faire voir toujours la férule levée, et

d'avoir sans cesse la menace à la bouche. Voilà ce que tout homme

impartial verra dans les protocoles, et les braves nations gémiront

de voir leurs affaires traitées de cette singulière manière.

»Il ne reste plus au soussigné qu'à réitérer que la proposition faite

par S. M. l'Empereur, son maître, est une cession de 1,600 mille

âmes, telle qu'elle est de nouveau expliquée dans la présente note;

que l'intention de S. M. est de maintenir toujours en faveur des

plénipotentiaires autrichiens la faculté de répartir ces 1,600 mille

âmes entre les frontières susmentionnées, comme cela leur paraîtra

le plus convenable.»]

[Note en marge: Dispositions de Napoléon à recommencer la guerre.]

Cette controverse l'avait entièrement changé, et bien qu'il ne

considérât point les quelques lieues de territoire, les quelques

milliers de sujets qu'on se disputait, comme valant une nouvelle

guerre, l'idée de tous les mauvais vouloirs qu'il apercevait dans la

cour d'Autriche lui revenait vivement à l'esprit, et la résolution

de détruire cette puissance renaissait peu à peu. Il donna en

effet des ordres formels pour une reprise d'hostilités. Son armée

s'était accrue chaque jour depuis l'ouverture des négociations.

Son infanterie était complétée, reposée, et aussi belle que

jamais. Toute sa cavalerie était remontée. Il avait 500 pièces de

canon attelées, et 300 autres bien servies sur les murs des places

autrichiennes qu'il occupait. Il avait renforcé le corps de Junot en

Saxe, et voulait le joindre à Masséna et Lefebvre en Bohême, ce qui

devait composer une masse de quatre-vingt mille hommes dans cette

province. Il se proposait, avec les corps de Davout, d'Oudinot,

largement recrutés, avec la garde actuellement forte de vingt mille

hommes, avec l'armée d'Italie, le tout formant une masse d'environ

cent cinquante mille hommes, de déboucher par Presbourg, où il avait

exécuté de grands travaux, d'entrer en Hongrie, et d'y porter les

derniers coups à la maison d'Autriche. Il avait employé les matériaux

de l'île de Lobau à créer quatre équipages de pont, pour franchir

tous les cours d'eau que les Autrichiens voudraient laisser entre eux

et lui. Il avait achevé de mettre en état de défense Passau, Lintz,

Mölck, Krems, Vienne, Brünn, Raab, Grätz et Klagenfurth, et il avait

ainsi au centre même de la monarchie une base formidable. Puis,

bien que les Anglais n'eussent plus qu'une garnison à Walcheren, il

avait ordonné d'achever l'organisation de l'armée des Flandres, en

réunissant en divisions les demi-brigades qu'on y avait rassemblées,

en complétant l'attelage de l'artillerie, et en réduisant les

gardes nationales aux hommes disposés à servir. Enfin il avait pris

un décret pour lever sur les anciennes conscriptions (ressource

récente qu'il s'était ouverte) une dernière contribution de 36 mille

hommes, qui devaient être versés dans les quatrièmes bataillons

envoyés en France. Ces 36 mille conscrits, âgés de 21 à 25 ans,

allaient lui procurer une bonne réserve si la guerre continuait, ou,

si la paix était signée, contribuer à recruter l'armée d'Espagne.

Aussi ordonna-t-il à l'archichancelier Cambacérès de présenter

immédiatement ce décret au Sénat, pour qu'il fût voté avant la fin

des négociations.

À la tête de cette force imposante, il attendit la réponse de Dotis,

aussi enclin à la guerre qu'à la paix, par suite des mauvaises

dispositions qu'il avait cru apercevoir dans la cour d'Autriche. Dans

la prévision même de la reprise des hostilités, il alla visiter, soit

du côté de la Hongrie, soit du côté de la Styrie, des positions qu'il

n'avait point encore vues, et qu'il tenait à connaître de ses yeux,

au cas où il aurait des opérations ultérieures à diriger dans ces

contrées.

[Note en marge: Translation des négociations d'Altenbourg à Vienne.]

À cette nouvelle apparition de M. de Bubna à Dotis, il fallait

prendre son parti, et se décider pour la guerre, ou pour des

sacrifices conformes aux exigences de Napoléon. L'irritation qu'on

avait remarquée en lui, et qu'il avait déversée assez injustement sur

la légation d'Altenbourg, qui, après tout, voulait la paix, bien

qu'elle eût fort décrié les concessions obtenues par M. de Bubna,

ne permettait guère de laisser dans les mains de MM. de Metternich

et de Nugent la suite des négociations. On imagina d'adjoindre à M.

de Bubna le prince Jean de Liechtenstein, brave militaire, de peu

de tête, mais de beaucoup de coeur, et ayant su plaire à Napoléon

par son humeur guerrière et franche. On les envoya donc tous deux à

Schoenbrunn par Altenbourg, avec pouvoir de consentir aux principales

bases posées par Napoléon, mais en leur recommandant de se défendre

beaucoup sur les sacrifices exigés du côté de la Haute-Autriche,

sur les contributions de guerre dont on prévoyait la demande, enfin

sur tous les détails du traité, de manière à le rendre le moins

désavantageux possible.

[Note en marge: MM. de Bubna et Jean de Liechtenstein, chargés

d'aller à Schoenbrunn s'entendre définitivement avec Napoléon sur les

conditions de la paix.]

Cette légation toute militaire réduisant à une véritable nullité

la légation laissée à Altenbourg, M. de Metternich ne voulut point

prolonger son séjour dans un lieu où les plénipotentiaires ne

serviraient qu'à dissimuler la négociation réelle qui se passerait

à Vienne, et il retourna à Dotis peu satisfait du rôle que M. de

Stadion ou l'empereur lui avaient fait jouer dans cette circonstance.

Il devait en être bientôt dédommagé en prenant, pour la garder

quarante ans, la direction des affaires de l'Autriche. Du reste il

prévoyait que les militaires, excellents pour résister sur un champ

de bataille mais très-malhabiles sur le terrain d'une négociation,

seraient bientôt vaincus par Napoléon; et en conséquence il les

avertit de bien se tenir sur leurs gardes, mais il réussit de la

sorte plutôt à les effrayer du rôle qui les attendait, qu'à les

prémunir contre l'ascendant de Napoléon. D'ailleurs, il valait

beaucoup mieux pour lui que les militaires qui avaient eu la gloire

de figurer à Essling et à Wagram (et c'en était une, qu'on eût

été vaincu ou vainqueur dans ces journées) portassent seuls la

responsabilité des cruels sacrifices qu'on allait être contraint

de faire, même après s'être vaillamment battu. Aussi voyant M. de

Liechtenstein effrayé de ses avis hésiter presque à partir, M. de

Metternich l'encouragea-t-il vivement à persister, et à se rendre à

Schoenbrunn.

[Note en marge: Accueil que reçoivent à Schoenbrunn MM. de Bubna et

Jean de Liechtenstein.]

MM. de Liechtenstein et de Bubna, arrivés le 27 septembre à

Schoenbrunn, furent parfaitement accueillis par Napoléon, et

comblés de toutes sortes de soins. Déjà M. de Liechtenstein, sans

avoir rien demandé, avait obtenu de Napoléon les témoignages les

plus flatteurs. Ordre avait été donné de ménager ses possessions

autour de Vienne, et de ne pas loger un soldat dans ses châteaux.

Les deux plénipotentiaires laissèrent apercevoir à Napoléon qu'ils

étaient autorisés à accepter ses principales conditions, sauf

certains détails sur lesquels ils avaient mission de résister.

Aussi voyant qu'il était maître d'eux, et qu'il allait en finir, au

prix de quelques milles carrés, de quelques mille habitants, et de

quelques millions, il voulut s'épargner des dépenses inutiles, et il

prescrivit au ministre de la guerre de suspendre tous les mouvements

de troupes vers l'Autriche, qui avaient recommencé depuis que

l'expédition de Walcheren ne donnait plus d'inquiétude[31].

[Note 31: Nous citons la lettre suivante, qui révèle parfaitement

les impressions qu'éprouva Napoléon après avoir vu le prince Jean de

Liechtenstein.

«_Au ministre de la guerre._

»Schoenbrunn, le 27 septembre 1809.

»Je m'empresse de vous faire connaître que la cour de Dotis paraît

enfin avoir adopté mes bases.

»Le prince de Liechtenstein est arrivé ici, et la paix peut être

signée dans peu de jours. Mon intention est que ceci reste secret. Je

n'en écris qu'à vous, afin que s'il y a des troupes en marche pour

l'armée, vous puissiez les arrêter, telles que la cavalerie qui était

au nord, et que je dirigeais sur Hanovre. Vous pouvez la diriger sur

Paris, ainsi que ce qui existe dans les dépôts, car mon intention

est de faire filer tout cela du côté de l'Espagne, pour en finir

promptement de ce côté.

»S'il y avait des convois de boulets, de poudre, etc., arrêtez-les à

l'endroit où ils se trouvent.

»NAPOLÉON.»]

[Note en marge: Napoléon de met d'accord avec MM. de Bubna et Jean de

Liechtenstein, sur les principales questions de territoire.]

Le 30, après avoir conduit les négociateurs au spectacle et les

avoir comblés de prévenances, il les obligea à se renfermer dans

son cabinet, et arrêta avec eux les principales bases du traité. Du

côté de l'Italie on était d'accord: c'était le cercle de Villach

sans celui de Klagenfurth, ce qui nous ouvrait toujours les Alpes

Noriques; c'était Laybach et la rive droite de la Save jusqu'à la

Bosnie. (Voir la carte nº 31.) Du côté de la Bavière, Napoléon avait

d'abord voulu l'Ens, puis la Traun pour limite: il renonça encore de

ce côté à quelques portions de territoire, et à quelques milliers de

sujets, pour faciliter la négociation. Il consentit à une ligne prise

entre Passau et Lintz, partant du Danube aux environs d'Efferding,

laissant par conséquent un territoire autour de Lintz, venant tomber

à Schwanstadt, abandonnant vers ce point le territoire de Gmünd, et

se rattachant enfin par le lac de Kammer-Sée au pays de Salzbourg,

qu'on cédait à la Bavière. Du côté de la Bohême il se contenta de

quelques enclaves que l'Autriche avait en Saxe aux portes de Dresde,

et ne comprenant pas 50 mille âmes de population. En somme, à la

place de 1,600 mille sujets en Italie et en Autriche qu'il avait

demandés en dernier lieu, Napoléon n'en exigeait plus que 14 ou 1500

mille.

[Note en marge: Difficultés à l'égard de la Gallicie.]

[Note en marge: Arrangement des difficultés relatives à la Gallicie.]

En Gallicie, la question était plus difficile, parce qu'elle était

plus nouvelle, Napoléon ayant différé de s'expliquer au sujet de

cette contrée à cause de la Russie. La Gallicie se composait de

l'ancienne Gallicie, que l'Autriche avait obtenue lors du premier

partage des provinces polonaises, laquelle bordait tout le nord de la

Hongrie, et de la nouvelle Gallicie obtenue lors du dernier partage,

laquelle descendait par les deux rives de la Vistule jusqu'aux portes

de Varsovie. Celle-ci comprenait d'un côté les pays entre le Bug

et la Vistule, de l'autre les pays entre la Vistule et la Pilica.

(Voir la carte nº 27.) Napoléon avait voulu qu'on lui cédât, d'une

part toute cette nouvelle Gallicie pour arrondir le grand-duché de

Varsovie, plus deux cercles autour de Cracovie pour composer un

territoire à cette antique métropole, et d'autre part trois cercles,

ceux de Solkiew, de Lemberg et de Zloczow, vers la partie orientale,

pour en faire à la Russie un don qui la consolât de voir agrandir le

grand-duché de Varsovie. C'était un sacrifice de 2,400,000 sujets,

sur 4,800,000 dont se composaient les deux Gallicies réunies. Sur ce

point encore Napoléon abandonna 4 à 500 mille âmes de population pour

faciliter la négociation. Il n'exigea plus que la Gallicie nouvelle

de la Vistule à la Pilica à gauche, de la Vistule au Bug à droite,

plus le cercle de Zamosc, avec un moindre arrondissement autour de

Cracovie, mais avec un territoire qui assurait aux Polonais les mines

de sel de Wieliczka. Enfin il renonça au cercle de Lemberg, et se

contenta pour la Russie des cercles de Solkiew et de Zloczow, ce qui

réduisait le total de ses prétentions en Gallicie à environ 1,900

mille âmes.

[Date en marge: Octob. 1809.]

[Note en marge: Dernière question au sujet des contributions de

guerre, et de l'effectif dans lequel Napoléon veut enfermer l'armée

autrichienne.]

Sur ces bases on fut à peu près d'accord. Mais deux points restaient

à régler, deux points d'une grande importance, l'un la réduction de

l'armée autrichienne, l'autre la contribution de guerre par laquelle

Napoléon voulait s'indemniser de ses dépenses. La Prusse par traité

secret s'était obligée à n'avoir pas plus de 40 mille hommes sous

les armes, et à payer une énorme contribution. Napoléon voulait de

même contraindre l'Autriche, non pas à réduire son effectif à 40

mille hommes, mais à diminuer beaucoup son armée, et à payer une

partie des frais de la guerre. On n'avait parlé de ces objets que

de vive voix, et on n'avait rien écrit, tant l'honneur et l'intérêt

financier de l'Autriche se trouvaient engagés dans un tel débat.

Napoléon entendait qu'à l'avenir l'Autriche se réduisît à 150

mille hommes, et qu'elle comptât 100 millions, pour solde des deux

cents millions de contributions de guerre dont il n'avait encore

perçu qu'une cinquantaine. Les deux négociateurs consentaient bien

à ramener l'armée autrichienne à 150 mille hommes, les finances de

l'Autriche ne lui permettant guère d'en entretenir davantage, mais

il leur fallait une limite de temps, sans quoi une telle contrainte

serait devenue une vassalité intolérable. Pour donner à cette

condition un sens moins humiliant, il fut convenu que l'Autriche ne

serait tenue à se renfermer dans cet effectif que pendant la durée

de la guerre maritime, afin d'ôter à l'Angleterre tout allié sur le

continent. Enfin Napoléon, en consentant à évacuer sur-le-champ les

pays conquis, et à laisser une partie des contributions inacquittées,

demandait cent millions sous un bref délai. Sur ce point les deux

négociateurs autrichiens n'avaient pas de latitude, et après une

longue soirée employée à discuter on se quitta sans avoir pu se

mettre d'accord. Il fut convenu que les jours suivants M. de Bubna se

rendrait à Dotis, pour aplanir les dernières difficultés.

[Note en marge: Napoléon s'éloigne pour quelques jours en laissant un

ultimatum absolu.]

Bien qu'on eût espéré d'abord finir en trois ou quatre jours, on

passa jusqu'au 6 octobre à disputer, la carte à la main, sur certains

contours de territoire, sur quelques milliers de sujets à prendre ou

à laisser çà et là, et principalement sur les millions demandés par

Napoléon. La contribution faisait surtout l'objet d'une difficulté

qui paraissait insoluble. Le 6 octobre, Napoléon commençant de

nouveau à perdre patience, laissa à M. de Champagny un ultimatum

formel, et qui ne permettait plus de tergiversations. La saison

était belle encore, et il y avait certaines positions de la Styrie

qu'il désirait revoir, par cet instinct qui le portait à étudier

de ses yeux les lieux où la guerre pouvait l'appeler un jour. Il

résolut d'aller les visiter, entendant bien à son retour à Vienne

trouver la paix ou la guerre décidée, mais l'une ou l'autre d'une

manière positive qui n'admît plus de doute. Cette fois néanmoins il

voulait plutôt intimider que rompre, car pour les différences qui le

séparaient des Autrichiens il n'aurait certainement pas recommencé la

guerre, quoique la contribution lui tînt fort à coeur, ses finances

ayant grand besoin d'un secours étranger et immédiat.

[Note en marge: Une déclaration formelle de la Russie à l'Autriche,

décide celle-ci à signer la paix.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 11 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 19 / 34 段