Dans la nuit du 11 au 12 avril, par un vent très-prononcé de

nord-nord-ouest qui portait sur notre ligne d'embossage, et à une

heure où la marée poussait dans la même direction, les Anglais

parurent en plusieurs divisions de grands et petits bâtiments, avec

l'intention manifeste d'envelopper notre escadre. Une division de

frégates et de corvettes se détacha ensuite en se dirigeant sur

l'estacade. C'étaient les frégates et corvettes qui escortaient

les brûlots. Le vice-amiral Allemand s'attendant, d'après les

exemples connus, à cinq ou six brûlots peut-être, avait donné

l'ordre à ses canots d'être sans cesse en station le long des deux

estacades, lorsqu'on vit soudain une ligne enflammée de trente

brûlots, lesquels abandonnés tout à coup par leurs équipages,

continuèrent, entraînés par le vent et le flot, à se diriger sur

l'escadre française. Jamais pareil spectacle ne s'était vu. Trois

de ces affreuses machines sautèrent près des estacades, et les

rompirent. Les autres, lançant des artifices de tout genre comme

des volcans en éruption, emportèrent sous l'impulsion du flot et du

vent les restes des estacades, et vinrent se répandre autour de nos

vaisseaux. En vain les divisions de canots voulurent-elles accrocher

ces bâtiments-brûlots. Ils étaient de trop fort échantillon pour

être retenus par de faibles chaloupes, et ils entraînaient avec eux

ceux qui étaient assez téméraires pour s'attacher à leur flanc. À

l'aspect de ces trente machines enflammées il y avait peu de coeurs

qui ne fussent émus, non par le danger auquel les hommes de mer sont

habitués, mais par la crainte de voir tous les vaisseaux détruits

sans combat. Dans cette horrible confusion, mêlée de détonations

affreuses, de lueurs effrayantes qui montraient le danger sans

éclairer la défense, il était impossible de recevoir des ordres,

et d'en donner. Chaque capitaine, livré à lui-même, n'avait qu'à

songer à son vaisseau, et à faire ce qu'il pourrait pour le sauver.

Le premier mouvement chez tous fut de se débarrasser des brûlots qui

venaient s'attacher à leurs flancs. Le vaisseau amiral _l'Océan_ à

lui seul en avait trois. Le moyen le plus sûr de se soustraire à

ces funestes approches était de couper ses câbles, et de s'enfuir

où l'on pouvait, en s'arrêtant sur de nouvelles ancres pour ne pas

se briser au rivage. On employait encore un autre moyen, celui de

tirer sur les brûlots, afin de les couler bas; et comme chacun avait

perdu sa position dans la ligne d'embossage et qu'on était pêle-mêle,

on tirait ainsi sur les siens en même temps que sur les ennemis.

Toutefois par un singulier bonheur nos vaisseaux se sauvèrent sans

de trop grands dommages sur divers points de la côte en se laissant

couler sur des ancres jetées l'une après l'autre. Ceux qui avaient

eu le feu à bord étaient parvenus à l'éteindre. Quant aux brûlots,

échoués çà et là sur les îles voisines, les uns sautant en l'air avec

d'horribles détonations, les autres lançant des fusées, des grenades,

des bombes, ils brûlaient en éclairant au loin la rade. À la pointe

du jour, nous eûmes la satisfaction de voir les trente bâtiments

incendiaires échoués comme nous, achevant de se consumer, et n'ayant

incendié aucun des nôtres. Jusqu'ici la rage des Anglais n'avait

détruit que des richesses anglaises.

[Note en marge: Quatre de nos vaisseaux, échoués sur les Palles, sont

attaqués par les Anglais et détruits.]

Mais la scène n'était pas finie. Nos vaisseaux, comme on vient de

le voir, avaient coupé leurs câbles, et étaient allés s'échouer à

l'embouchure de la Charente, du fort de Fouras à l'île d'Enett. Par

malheur quatre d'entre eux, surpris par la marée descendante, étaient

restés attachés aux pointes d'une chaîne de rochers qu'on appelle

les Palles, et qui forme l'un des deux côtés de l'embouchure de la

Charente. C'étaient _le Calcutta_, _le Tonnerre_, _l'Aquilon_, _le

Varsovie_. Presque tous les capitaines obéissant à un mouvement

spontané, avaient jeté leurs poudres à la mer, de peur de l'explosion

en cas d'incendie. D'autres avaient été, au milieu de cette

confusion, privés de leurs embarcations et des matelots qui les

montaient. Ils n'étaient donc guère en état de se défendre. Les

Anglais exaspérés par le peu d'effet de leurs brûlots, voulaient,

en venant attaquer les quatre bâtiments échoués sur les Palles, les

prendre ou les détruire, et se dédommager ainsi de l'insuccès de leur

atroce combinaison. _Le Calcutta_, abordé par plusieurs vaisseaux

et frégates, canonné dans tous les sens, et ayant à peine l'usage

de son artillerie, fut défendu quelques heures, puis abandonné par

le capitaine Lafon, qui n'ayant plus que 230 hommes, crut, dans

l'impossibilité où il était de conserver son navire, devoir sauver

son équipage. Le malheureux ignorait à quelles rigueurs il allait

s'exposer! _Le Calcutta_ ainsi abandonné sauta en l'air quelques

instants après. _L'Aquilon_ et _le Varsovie_, ne pouvant se défendre,

furent obligés d'amener leur pavillon, et brûlés par les Anglais,

qui y mirent eux-mêmes le feu. Deux nouvelles explosions apprirent

à l'escadre le sort de ces vaisseaux. Enfin _le Tonnerre_ ayant une

voie d'eau se traîna péniblement près de l'île Madame. Le capitaine

Clément Laroncière, après avoir jeté à la mer son artillerie, son

lest, tout ce dont il put faire le sacrifice pour s'alléger, ne

réussit point à se relever. Après des efforts inouïs, continués sous

le feu des Anglais, se voyant condamné à sombrer à la marée haute,

il débarqua ses hommes sur une pointe de rocher, d'où ils pouvaient

à marée basse gagner l'île Madame, puis il partit le dernier, en

mettant lui-même le feu à son navire, qui s'abîma de la sorte sous

les couleurs françaises.

[Date en marge: Juillet 1809.]

[Note en marge: Résultats de l'expédition de Rochefort.]

Ainsi sur onze vaisseaux quatre périrent, non par la rencontre des

brûlots, mais par le désir de les éviter. Le brave amiral Allemand

était au désespoir quoiqu'il en eût sauvé sept, sans compter les

frégates, qui, sauf une seule, furent toutes conservées. Il les fit

remonter dans la rivière et désarmer. Son désespoir se convertit

en une irascibilité si grande, qu'il fut impossible de lui laisser

le commandement de Rochefort. Le ministre Decrès l'envoya à Toulon

avec ses équipages, qu'on fit voyager par terre, afin d'armer les

vaisseaux de la Méditerranée. Il fallait à Rochefort de nouveaux

travaux de construction, avant qu'on pût y former une nouvelle

division. L'amiral Gambier regagna les côtes d'Angleterre, avec

la gloire douteuse d'une expédition atroce, qui avait coûté à

l'Angleterre beaucoup plus qu'à la France. Le résultat le plus réel

de cette expédition fut une profonde intimidation pour toutes nos

flottes mouillées dans des rades, et une sorte de trouble d'esprit

chez la plupart de nos chefs d'escadre, qui voyaient des brûlots

partout, et imaginaient les plus étranges précautions pour s'en

garantir. Le ministre Decrès, malgré ses rares lumières, ne fut pas

exempt lui-même de cette forte émotion, et proposa à l'Empereur

de faire rentrer à Flessingue la belle flotte construite dans les

chantiers d'Anvers, et mouillée en ce moment aux bouches de l'Escaut.

Mais l'amiral Missiessy, esprit froid, intelligent et ferme, s'y

refusa, en disant qu'à Flessingue elle serait exposée à périr par les

bombes ou les fièvres de Walcheren, dans une immobilité déshonorante.

Il répondit de manoeuvrer dans l'Escaut de manière à ne perdre ni

son honneur ni sa flotte, et obtint une liberté d'action dont il fit

bientôt un glorieux usage. L'Empereur ne prescrivit d'autre mesure

que la mise en jugement des malheureux capitaines qui avaient perdu

leurs vaisseaux dans la rade de Rochefort.

[Note en marge: Passion des Anglais pour la destruction d'Anvers.]

L'expédition de Rochefort n'était pas celle que les Anglais avaient

le plus à coeur. Ils auraient été fort satisfaits sans doute

d'anéantir au mouillage l'une de nos principales flottes; mais ils

voulaient surtout se délivrer de l'inquiétude, du reste exagérée, que

leur causait Anvers. Ils se figuraient toujours qu'avec le temps il

pourrait sortir de ce port, non pas les dix vaisseaux qui mouillaient

alors à Flessingue, mais vingt et trente que Napoléon avait le moyen

d'y construire, et surtout une flottille, beaucoup plus dangereuse

que celle de Boulogne, car elle pouvait en une marée jeter une armée

de débarquement des bouches de l'Escaut aux bouches de la Tamise. Le

grand armement qu'ils avaient promis à l'Autriche de faire partir

avant la fin des hostilités, et que depuis l'armistice de Znaïm ils

promettaient de faire partir avant la fin des négociations, ils

l'achevaient en ce moment, non pour insurger l'Allemagne, mais pour

détruire les établissements maritimes des Pays-Bas.

[Note en marge: Raisons qui décident les Anglais à diriger vers

l'Escaut la grande expédition promise à l'Autriche.]

[Note en marge: Vastes préparatifs de l'expédition d'Anvers.]

Deux raisons les décidaient à se diriger sur Anvers: l'importance

de ce port, et l'espoir de n'y trouver aucun préparatif de défense.

Des espions envoyés sur les lieux leur avaient appris qu'il n'y

avait que sept à huit mille hommes sur les deux rives de l'Escaut,

de Gand à Berg-op-Zoom. Avec de la hardiesse, ils pouvaient même

aller plus loin, causer d'immenses ravages, et répandre un jour bien

fâcheux sur la politique qui, portant toutes nos forces à Lisbonne,

à Madrid, à Vienne, n'en gardait aucune pour protéger nos rivages.

Leur ardeur pour une expédition aux bouches de l'Escaut était donc

extrême, et ils avaient résolu d'y consacrer quarante mille hommes au

moins, et douze ou quinze cents voiles. On n'aurait rien vu d'aussi

considérable dans aucun siècle, s'ils atteignaient l'étendue projetée

de leurs armements. Mais le temps dépensé à préparer cette expédition

devait être proportionné à sa grandeur. Mise en discussion dès le

mois de mars, résolue en avril au moment où Napoléon partait pour

l'Autriche, elle n'était pas sous voiles le jour de la bataille de

Wagram, et point arrivée le jour de celle de Talavera. Le cabinet

britannique y voulait consacrer l'armée du général Moore, qui était

une armée éprouvée, et une masse considérable de bâtiments de tout

échantillon. Mais cette armée avait besoin d'être complétée, et fort

accrue pour être élevée à 40 mille hommes: et comme il fallait de

plus embarquer un grand équipage de siége, c'était la somme énorme

de cent mille tonneaux de transport à réunir. La marine royale en

pouvait fournir 25 mille; il restait donc à s'en procurer 75 mille,

soit en les tirant des arsenaux de l'État, soit en les demandant

au commerce. Mais déjà beaucoup de bâtiments avaient été envoyés

sur les côtes d'Espagne pour le service de sir Arthur Wellesley, et

on ne voulait pas lui ôter cet indispensable moyen de retraite, un

revers étant toujours à prévoir dans la Péninsule. Il fallait donc

se procurer tout entière l'immense quantité de 75 mille tonneaux de

transport, et la passion du cabinet britannique était telle qu'un

instant il avait songé à prendre d'autorité, sauf à les payer plus

tard, tous les neutres qui étaient sur les bords de la Tamise. On

renonça à cette ressource pour ne pas apporter ce nouveau trouble aux

relations commerciales, et on se contenta d'élever le fret à un prix

exorbitant. Cela fait, on prépara le matériel, on recruta l'armée

avec des volontaires choisis parmi les anciens militaires, et de

délais en délais on fut conduit de mai en juin, de juin en juillet.

On était à peine prêt à la fin de ce mois. Il fallait se hâter, car

si on n'agissait pas avant que la paix eût été arrachée à l'Autriche,

on aurait sur les bras les armées françaises revenues des bords

du Danube, et toute expédition de ce genre deviendrait une folle

entreprise, sans compter qu'on aurait laissé encore une fois accabler

ses alliés les plus sûrs.

[Note en marge: L'expédition, consistant en 44 mille hommes, 450

bouches à feu de gros calibre, 40 vaisseaux, 30 frégates, 400

transports, est prête à mettre à la voile vers la fin de juillet.]

Vers le 24 ou le 25 juillet, on fut en mesure de partir avec 38

mille hommes d'infanterie, 3 mille d'artillerie, 2,500 de cavalerie

(en tout 44 mille hommes environ), 9 mille chevaux, 150 pièces de

24 ou gros mortiers, le tout embarqué sur 40 vaisseaux de ligne, 30

frégates, 84 corvettes, bricks, bombardes, 4 à 500 transports, et un

nombre infini de chaloupes canonnières. Rien de pareil ne s'était

jamais vu. On devait partir de Portsmouth, de Harwich, de Chatham, de

Douvres et des Dunes. En possession de la mer, on n'était dominé que

par ses propres convenances dans le choix des points de départ. Sir

John Strachan commandait la flotte, lord Chatham l'armée. La mission

était de prendre Flessingue si on pouvait, de détruire en même temps

la flotte de l'Escaut, d'aller ensuite incendier les chantiers

d'Anvers, enfin d'obstruer les passes de l'Escaut en y plongeant des

corps de forte dimension, qui rendissent ces passes impropres à la

navigation. Le but et les moyens avaient une égale grandeur.

[Note en marge: Deux plans proposés pour l'expédition de l'Escaut.]

On avait longtemps discuté le meilleur plan à suivre, en consultant

soit des Hollandais émigrés, soit d'anciens officiers anglais qui

avaient fait les campagnes de Flandre en 1792 et 1793. Deux plans

principaux avaient été proposés: débarquer à Ostende, et se rendre

par terre à Anvers, en marchant par Bruges et le Sas de Gand, ou

bien aller par eau en remontant l'Escaut. (Voir la carte nº 51.)

Faire vingt-cinq ou trente lieues par terre, sur le sol français,

en présence d'une nation aussi belliqueuse que la nôtre, parut trop

périlleux. Et cependant c'était le seul plan qui eût des chances,

car on aurait à peine trouvé sur son chemin trois ou quatre mille

hommes dispersés dans toute la Flandre. En se mettant en marche

avant que des secours pussent être envoyés (et l'envoi de secours

n'exigeait pas moins de 15 à 20 jours), on serait arrivé à Anvers

sans coup férir. On eût brûlé les chantiers ainsi que la flotte, et

on se serait rembarqué sur les transports amenés sous Anvers, lorsque

les troupes françaises auraient commencé à paraître. Mais l'idée

de traverser une pareille étendue du territoire de l'Empire fut un

épouvantail qui fit renoncer à ce plan. Restait celui de remonter

l'Escaut en naviguant jusqu'à Batz et Santvliet (voir la carte nº

51), point où de golfe l'Escaut se change en fleuve. Ce projet

donnait encore lieu à de nombreuses contestations.

[Note en marge: Description de l'Escaut et de la Zélande.]

L'Escaut à dix lieues au-dessous d'Anvers se divise en deux bras:

l'un qui, continuant de couler directement à l'ouest, débouche

dans la mer entre les feux de Flessingue et de Breskens, et qu'on

appelle à cause de sa direction l'Escaut occidental; l'autre qui,

à Santvliet, se détourne au nord, passe entre le fort de Batz et

la place de Berg-op-Zoom, débouche au nord-ouest, et porte le nom

d'Escaut oriental, uniquement parce qu'il coule moins directement

à l'ouest que le précédent. L'un et l'autre, plus larges et moins

profonds que l'Escaut supérieur composé des deux bras réunis, se

rendent à la mer à travers une suite de bas-fonds, présentent par

conséquent beaucoup d'obstacles à la navigation, et baignent une

contrée appelée la Zélande. Cette contrée, la plus basse de la

Hollande, formée de terrains inférieurs la plupart au niveau de la

mer, n'existe qu'à la condition d'être toujours protégée par des

digues élevées, n'offre en été que des prairies verdoyantes, de jolis

saules, des peupliers élancés, mais sous cet aspect riant cache une

mort hideuse, car, découverte par la marée deux fois par jour, elle

exhale des miasmes pestilentiels, qui s'échappent des vases que lui

apporte le flot sans cesse montant et descendant. Aussi entre toutes

les fièvres n'y en a-t-il pas de plus funeste que la fièvre dite de

Walcheren.

L'Escaut occidental, celui qui va directement à la mer de l'est à

l'ouest, est le plus ouvert des deux à la grande navigation. Seul il

peut porter des vaisseaux de ligne. C'est celui que Napoléon avait

destiné à conduire ses flottes d'Anvers à la mer, et que protégent

les feux de Flessingue dans l'île de Walcheren, les feux de Breskens

dans l'île de Cadzand. (Voir la carte nº 51.)

En se décidant à prendre la voie de mer pour gagner Anvers, lequel

fallait-il choisir de l'Escaut occidental ou de l'Escaut oriental?

Ici encore le plus hardi des deux plans était le meilleur, car

lorsqu'on veut faire une surprise, le chemin qui mène le plus

vite au but est non-seulement celui qui promet le plus de succès,

mais celui qui promet aussi le plus de sûreté. Il fallait entrer

hardiment dans l'Escaut occidental en bravant les feux de Flessingue

et de Breskens, au risque d'échouer plus d'une fois, car les balises

qui signalaient les passes devaient naturellement avoir disparu,

s'avancer précédé par de petits bâtiments qui navigueraient la

sonde à la main, accabler la flotte française si on la rencontrait,

débarquer l'armée à Santvliet, et marcher droit à Anvers. On y eût

mis plus de temps, trouvé plus d'obstacles qu'au trajet de terre dont

il vient d'être parlé, mais on serait certainement arrivé en moins de

dix jours, et en dix jours Anvers n'aurait pas reçu les secours dont

il avait besoin pour se défendre, ainsi qu'on le verra bientôt. Cette

fois encore on adopta l'exécution la plus timide d'une expédition

audacieuse, et comme d'usage on arrêta un plan qui, contenant

quelques-unes des idées de chacun, courait la chance de réunir ce

qu'il y avait de plus mauvais dans tous les projets proposés.

[Note en marge: Plan qui prévaut définitivement pour s'approcher

d'Anvers.]

Il fut convenu qu'une division navale, sous la conduite du

contre-amiral Ottway, débarquerait une douzaine de mille hommes

dans l'île de Walcheren, avec lesquels le commandant en second,

Eyre-Coote, prendrait Flessingue; qu'une seconde division, sous

le commodore Owen, débarquerait à l'île de Cadzand quelques mille

hommes, avec lesquels le marquis de Huntley prendrait le fort de

Breskens et les batteries de cette île; que les feux de droite et

de gauche étant ainsi éteints par la possession des deux îles qui

forment l'entrée de l'Escaut occidental, on s'y engagerait avec le

gros de l'expédition sous les ordres du contre-amiral Keates, des

lieutenants généraux John Hope, Rosslyn, Grosvenor, des deux chefs

principaux John Strachan et lord Chatham. Ils devaient débarquer près

de Santvliet avec 25 mille hommes, et s'acheminer ensuite sur Anvers.

[Note en marge: Apparition aux bouches de l'Escaut le 29 juillet.]

Tel était le plan définitivement adopté au moment du départ. Vers

le 25 juillet, la plus grande partie de l'expédition était sous

voiles à Portsmouth, à Harwich, à Douvres, aux Dunes. Le reste devait

s'embarquer successivement et rallier l'expédition. Vers le 29 on se

trouva en vue des basses terres de l'Escaut. Mais un vent dangereux

qui pouvait faire chavirer les embarcations, ou les briser à la

côte lorsqu'on voudrait descendre les troupes, empêcha de débarquer

sur-le-champ. Les deux divisions qui devaient se diriger, l'une sur

l'île de Walcheren au nord de l'embouchure de l'Escaut occidental,

l'autre sur l'île de Cadzand au sud de cette même embouchure,

stationnèrent devant ces deux îles en tenant la mer de leur mieux,

malgré un temps assez difficile. La colonne principale, qui, sous le

contre-amiral Keates et sir John Hope, devait s'emboucher hardiment

dans l'Escaut pour le remonter, attendit également sous voiles des

circonstances de mer plus favorables.

Mais le vent ne changeant pas, et un renseignement inattendu ayant

appris que la flotte française au lieu d'être remontée sur Anvers se

trouvait encore à Flessingue, on modifia le plan arrêté au départ.

D'abord, pour parer au mauvais temps, on résolut de contourner l'île

de Walcheren en s'élevant au nord, ce qui conduisait à l'entrée de

l'Escaut oriental, de venir par la passe du Roompot dans le bras

intérieur du Weere-Gat (voir la carte nº 51), et d'y débarquer les

troupes à l'abri du ressac qui menaçait d'engloutir les embarcations

si on essayait de débarquer en dehors. Tenant compte en outre du

renseignement obtenu relativement à la flotte, on regarda comme

dangereux de l'attaquer au milieu des batteries qui la protégeaient,

dans des passes qu'elle connaissait bien, et on imagina, au lieu

de l'aborder de front, de la tourner, en profitant du mouvement

qu'on allait faire autour de l'île de Walcheren, pour s'enfoncer

dans l'Escaut oriental. On se décida donc à s'engager dans l'Escaut

oriental le plus avant qu'on pourrait, avec une forte partie de

l'expédition, pendant que l'autre attaquerait les îles de Walcheren

et de Cadzand, de débarquer les troupes dans les îles du Nord et du

sud Beveland, de les conduire par terre à la jonction des deux Escaut

vers le fort de Batz et Santvliet, ce qui permettrait d'intercepter

la flotte française, et de l'empêcher de remonter sur Anvers. Dès

lors elle serait bientôt capturée, et ne pût-on pas aller jusqu'à

Anvers, ce serait déjà un beau résultat que d'avoir pris les îles

de Walcheren et de Cadzand, la place de Flessingue et la flotte

française. Les ordres furent aussitôt donnés conséquemment à ce

plan, qui était le troisième. On attendit l'arrivée de la dernière

division sous les lieutenants généraux Rosslyn et Grosvenor, pour

en disposer suivant les événements, et on plaça l'amiral Gardner

à l'entrée de l'Escaut occidental pour y tenir tête à la flotte

française, soit qu'elle voulût risquer une bataille navale, secourir

Flessingue, ou agir contre la division détachée vers l'île de Cadzand.

[Note en marge: Débarquement d'une division le 30 juillet, au nord de

l'île de Walcheren.]

Les choses étant ainsi ordonnées, et pendant que le contre-amiral

Gardner tenait la mer avec ses vaisseaux de ligne, que le commodore

Owen se préparait avec ses frégates et ses bâtiments légers à

débarquer les troupes du marquis de Huntley dans l'île de Cadzand,

la forte division du contre-amiral Ottway, chargée de débarquer

12 mille hommes dans Walcheren, remonta l'île au nord le 29 et le

30, et entrant dans l'Escaut oriental, vint mouiller à l'entrée du

Weere-Gat. Le temps n'était plus un obstacle, dès qu'on pénétrait

dans les canaux intérieurs de la Zélande et qu'on cessait d'être

exposé au coup de la pleine mer. Sur-le-champ on fit les préparatifs

du débarquement. Les Anglais avaient une telle masse d'embarcations

que la descente à terre d'un grand nombre de troupes à la fois était

pour eux la plus facile des opérations.

[Note en marge: État de désarmement dans lequel se trouvaient les

Flandres, au moment où se présentèrent les Anglais.]

[Note en marge: Faiblesse de la place de Flessingue.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 11 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 13 / 34 段