DEUXIEME PARTIE

I

Fanny ouvrit les yeux dans la nuit. Elle quittait un cauchemar confus,

toujours semblable, comme si, même en rêve, elle ne pouvait échapper à

la monotonie.

Une fois de plus, elle reconnut toutes ces choses familières qui

l’entouraient, ces meubles de famille dont l’existence est tellement

plus longue que la nôtre qu’ils nous semblent immuables et presque

éternels. La lune collait sa figure plate aux carreaux. Tous les soirs,

Fanny repoussait sans bruit les volets qu’elle venait de fermer

ostensiblement, tant elle aimait voir apparaître cette clarté qui semble

monter pas à pas l’escalier nocturne.

Son esprit, encore éparpillé dans le cauchemar, rentrait lentement en

elle. Et, comme cela arrive toujours à ceux qui ont vécu, il souffrait

pour reprendre cette place réduite où il lui faut se comprimer.

Pourtant, son rêve était fatigant et sans issue: elle voyait sa mère

sur son lit de mort, mais vivante encore, et qui lui demandait quelque

chose qu’elle n’arrivait pas à deviner. Et les fossoyeurs l’emmenaient

que Fanny n’avait pu encore la comprendre. Elle marchait près du

cercueil ouvert de la morte-vivante qui lui parlait. Et, au cimetière,

M. Bernage venait au-devant du cortège. Là, elle éprouvait cette sorte

d’allègement, cette joie particulière aux rêves, si pleine vraiment et

d’une qualité si haute qu’elle ne peut être comparée à aucun mouvement

de l’âme ou à aucune jouissance physique de l’existence réelle. Car son

père ne regardait pas la morte, mais il ouvrait les bras et serrait sa

fille contre lui. Alors, sous une sensation d’étouffement, elle

s’éveillait.

Elle rêvait cela depuis dix ans, depuis la mort de sa mère, plusieurs

fois par an. Du coin du subconscient où il était embusqué, le rêve

déroulait ses tableaux, toujours les mêmes, auxquels elle assistait

pantelante, torturée et actrice en même temps que spectatrice. Elle

redoutait les nuits qui le ramenaient. Et, cependant, l’étrange bonheur

de la fin était bien la seule joie qu’elle connût en ce monde.

Jamais, pourtant, elle ne pensait qu’elle fût malheureuse. Et elle ne

l’était sans doute pas. Ces dix années avaient passé sur elle comme les

gouttes d’eau de la fontaine pétrifiante sur un objet. A présent, elle

était solidement engainée sous les couches successives, et il fallait le

rêve pour qu’elle sentît la joie remuer encore dans son cœur, son cœur

chaudement endormi dans sa prison de pierre.

La lune, maintenant, était traversée exactement par le second barreau de

la fenêtre. Il devait geler dehors, car l’air de la grande pièce froide

glaçait les joues de Fanny. Jamais on ne faisait de feu dans les

chambres, encore que le bûcher regorgeât de bois. C’est ainsi que les

demoiselles Bernage avaient été élevées et ainsi qu’elles continuaient,

sans bien savoir pourquoi. Cette seule pensée évoquait une idée de luxe

coupable, de péché... et le froid venait, durait et repartait comme un

fléau contre lequel on ne luttait pas à partir du premier étage.

Fanny, frileuse à s’engourdir l’hiver, se renfonça un peu plus sous son

énorme édredon rouge. Et les pensées de l’insomnie commencèrent à rouler

dans sa tête.

Elle songea d’abord avec ennui que c’était le lendemain son

anniversaire. Oui, elle allait «prendre»--puisqu’on parle des années

comme d’une affaire qu’on saisit plutôt que comme d’une horloge sur

laquelle on regarde avancer les aiguilles--elle allait prendre

trente-neuf ans.

Elle n’avait rien d’une coquette, pourtant, et sa vie, macérée dans la

mortification secrète, sous deux yeux implacables, (ceux de sa mère

d’abord, ceux de sa sœur ensuite), ne réservait aucun plan à la vanité

ni à la coquetterie la plus lâche.

Mais il n’est au pouvoir d’aucune femme de tuer tout à fait la femme en

elle, et cette quarantième année commençante la glaçait de répulsion.

C’est qu’il faut toujours qu’on s’évade et que cette quarantaine murait

l’espoir de sa trentaine: un espoir tapi en elle comme une bête plate

sous un pavé, son espoir obscur, immobile et engourdi, et pourtant

vivant et fort, l’espoir de sortir un jour de sa vie et d’échapper enfin

à son passé.

Les rayons arrivaient sur son lit. Elle ferma les yeux et bougea un peu

la tête, comme elle faisait toujours, puisqu’il est notoire, au fond des

provinces, que la folie se prend ainsi. Et, un moment distraite, elle

retrouva bientôt la chaîne de ses pensées.

L’espoir de se marier. D’abord, elle ne l’avait guère encouragé. La

première, la seconde année suivant la mort de sa mère, sa tragédie était

trop saignante encore en elle pour laisser place à des projets. L’enfant

et l’homme. L’homme et l’enfant.

L’inconnu d’un soir, l’affreux passant haïssable, était devenu le pauvre

jardinier qui suppliait. Et, par le miracle de la lettre, elle avait

enfin pu l’imaginer et sortir de ce malheur anonyme qui était le sien.

Et elle l’avait récréé, débarrassé de cet uniforme qui lui faisait peur,

et vêtu de ses habits de travail, en humbles étoffes déteintes par le

soleil et par la pluie, avec des mains rugueuses qui sentent le thym ou

la ciboulette et, quelquefois, la violette et le géranium.

Jardinier justement! Elle aimait tant les fleurs et tout le travail

mystérieux des graines et des racines sous la terre! Alors, ce grand

bouleversement qui avait suivi la mort de sa mère, ce rafraîchissement

de sa plaie cicatrisée, cet éblouissement de ce qui aurait pu être,

cette soif de son enfant, tout s’était achevé dans une rage de pensées

silencieuses dont elle bâtissait un château autour de ses deux héros.

Berthe l’observait avec des yeux aiguisés, sans rien trouver de ce que

sa sœur cachait jalousement, car il semblait à Fanny qu’elle serait

morte de honte si elle en avait laissé voir même le reflet sur sa

figure. Aussi, un peu plus encore s’était-elle appris à murer ce visage

résigné, à le rendre inexpressif, à éteindre ces yeux incolores, dont

l’opale fonçait si rarement.

Et ces deux années-là avaient été les plus remplies de son existence,

après celle de son aventure. Tant d’imaginations les peuplaient que, par

moments, il lui semblait déborder de pensées nouvelles. Et elle pouvait

enfin aimer à son gré dans le silence, sans crainte et sans limites.

Mais les sentiments les plus désintéressés ne peuvent se nourrir

éternellement d’eux-mêmes. Ce fut l’homme qui s’en alla le premier. Il

n’était déjà que l’ombre d’une ombre, ce soldat mué en jardinier, qui ne

s’était vraiment incarné dans sa véritable identité que dix ans après le

drame. Il pâlit peu à peu, s’effaça et devint enfin, au fond de la

mémoire de Fanny, un souvenir comme les autres.

L’enfant eut la vie plus dure. Pourtant, elle n’avait connu de lui que

ce premier cri qui poignarde les mères d’une blessure inguérissable.

Elle ne savait plus, déjà, ce qu’était devenu le petit gars de douze ou

treize ans. Mais, parce qu’elle avait vu le pays où il avait vécu, un

peu plus de réalité l’entourait. Et cet élan furieux de son cœur vers

lui, cette poursuite désespérée l’avait rendu plus vivant encore,

puisque, enfin, elle savait bien qu’elle n’avait pas poursuivi un mort,

et s’était arrêtée volontairement. Il agonisa donc longtemps, des jours

et des mois, et des années, et, même, il ne mourut jamais tout à fait.

Car tous les liens peuvent se détendre et se briser dans l’âme et dans

les sens, sauf le lien de la maternité.

Un jour vint, cependant, où ce triste bonheur amer qu’elle avait fait de

son malheur ne remplit plus son âme ni sa vie secrète. C’est la loi

constante des sensibles qu’un grand chagrin ou un grand bonheur contente

aussi bien leur appétit, mais que le vide leur est mortel. Fanny sentit,

un jour, le néant monter en elle, et ce fut alors qu’elle s’aperçut,

pour la première fois, qu’elle était une vieille fille de trente ans

passés.

Et, dans cette nuit de révision mentale, elle se souvenait de toutes les

tentatives matrimoniales si singulièrement échouées. Comme si un

mystérieux signal eût été hissé par le destin, c’est alors qu’on avait

commencé à vouloir «la marier».

Le premier prétendant était un cousin de la défunte femme de l’oncle Le

Brument: un vieux garçon bizarre et riche, qui habitait à Autretôt. Les

deux sœurs le connaissaient de réputation, ce Samuel Lambart, couvert de

gros bijoux d’or rouge, oint, cosmétiqué et parfumé, et dont le patois

sonnait gras. Jamais, pourtant, il n’était parvenu jusqu’à cette vallée,

bien lointaine pour un paysan qui ne sortait pas de son canton.

Après sa première visite, l’oncle Nathan avait parlé, avec de

transparents sous-entendus, de son cousin Lambart, «qui était fatigué de

vivre seul». D’abord, elle s’imagina que c’était pour Berthe. Mais

l’oncle, la prenant à part, avec mille cérémonies, l’assurait que

c’était elle, Fanny, qu’il voulait «comme aînée d’abord, bien entendu».

Le sieur Lambart n’était point positivement repoussant, avec sa bonne

figure d’égoïste bien soigné, et ces recherches qui plaisent aux

mi-citadines un peu puritaines que sont les filles de la vallée.

Et la pauvre Fanny s’était sentie éblouie par cet honneur et ce possible

moyen de bâtir encore une vie par-dessus l’autre. Mais les perplexités

avaient commencé. Et aussi les tourments suscités par Berthe. Bien

persuadée que la venue du riche parti la concernait, il avait fallu

l’entremise de l’oncle Nathan pour la détromper, et Fanny supporta de

bien furieux assauts de colère, d’humeur et de dédains.

Elle s’en fût d’autant décidée si un redoutable obstacle ne l’eût

arrêtée. Lambart savait-il son passé? A la première question, l’oncle

Nathan abandonna le sourire éternel qui plissait ses yeux et serra ses

lèvres sur ses longues dents.

--Non, personne ne sait rien. Rien, répétait-il avec une sorte d’orgueil

entêté. Et c’est pas toi qui iras lui dire, ma fille. J’ crois,

toujours!

Elle se souvenait encore si bien comment elle avait répondu.

--Mais si, il faut qu’il le sache.

Et la lutte qui avait suivi avec le vieux madré, et tous les arguments,

patiemment répétés sans fin et sans fatigue, et qui, pourtant,

s’écrasaient contre le mur de sa résolution cette fois inébranlable.

Et l’entrée de Berthe dans la partie, pour la première fois de l’avis

de sa sœur et qui disait, en détournant ses implacables yeux bleus.

--C’est des choses qu’il faut dire à un homme.

Et le départ de l’oncle, courroucé, et jurant qu’elles étaient deux

folles ensemble, ne sachant pas profiter de leur chance extraordinaire

assurée par la sage prévoyance de sa feue sœur, qui avait réussi à

cacher l’affaire à tout un pays affamé de scandale.

De la suite surnageait ceci dans sa mémoire: la ténacité du sieur

Lambart, contrecarré dans son désir pour la première fois de sa vie

d’enfant gâté et d’homme riche, coq de village et roi de campagne; ses

démarches répétées et cette quasi-persécution dont il l’entourait à

chacune de leurs entrevues, son embarras à elle, qui se changeait en

tourment, puis en obsession. Et tant de choses encore, tant de ces

sentiments et de ces sensations qui passent en colorant les jours avant

de se faner: les heures où elle faiblissait, car elle se sentait touchée

enfin de cette constance, les heures de tentation où elle voyait combien

c’était facile de ne rien dire et les heures où elle retrouvait sa force

intacte.

Et le jour où elle avait annoncé à l’oncle Nathan qu’elle parlerait à

Samuel Lambart. Ce repas plein de gaillardises voilées, entre les

lippées du vieux garçon, grand mangeur et buveur, les regards

significatifs de l’oncle, et l’ostensible bouderie de Berthe.

Elle s’était fixé de lui parler au jardin. Là, entre les plates-bandes

bordées de buis et fleuries de toutes les plantes démodées, ils avaient

tous vagué sans but, avec cette âme du dimanche, rassasiée et

bienveillante. Mais elle ne savait vraiment comment dire, comment faire

pour amorcer cette incroyable révélation.

Et la collation était arrivée, puis le départ, qu’elle n’avait rien dit

encore, décidée à écrire le lendemain.

Mais le lendemain amenait l’oncle Nathan armé d’une nouvelle

combinaison. Elle entendait encore les paroles tomber de cette bouche

serrée d’avare.

--T’as rien dit, ma fille, pas? Bien, il est encore temps de ne point

faire de malheur. Puisque tu ne te décides point, Berthe fera aussi bien

l’affaire de Lambart que toi.

Et Berthe, consultée, ne disait pas non. Alors, écœurée, fatiguée et

délivrée au fond, Fanny avait consenti à ce nouveau marché.

Le prétendant rustique, toutefois, l’avait refusé, ce marché. Cette

femme qui s’offrait ne lui disait rien. C’est celle qui se refusait

qu’il voulait: la pâle, l’effacée, la triste, si éloignée pourtant de

son idéal normand, dont la plantureuse Berthe, aux cheveux de chaume,

aux yeux de mer, à la chair de lait, aurait dû s’approcher bien plus:

les raffinements ne se trouvent pas seulement chez les raffinés.

Il y avait eu encore des semaines de pourparlers, dont Fanny ne se

souvenait pas sans fatigue. C’était un jeu inextricable, ainsi mené:

Lambart qui voulait Fanny, Berthe qui voulait Lambart, Fanny qui

acceptait Lambart à condition de tout lui dire, l’oncle Nathan qui

conduisait la ronde et défendait à Fanny de parler. Et comme aucun ne

voulait abandonner sa position, ils restaient là, sans avancer ni

reculer, jusqu’au moment où le temps s’était entremis, comme il le fait

si miséricordieusement lorsqu’on le lui permet.

Et Lambart était reparti régner dans son village, non sans que l’oncle

eût réussi à lui vendre un cheval à gros bénéfice. Berthe avait fermenté

d’un degré de plus; et Fanny, plus silencieuse, plus effacée, était

restée intacte aux yeux du monde.

Maintenant, il lui fallait faire un effort pour retrouver dans sa

mémoire la grosse tête pommadée, sans cou, de l’ancien cultivateur, et

ses doigts en boudin, avec la bague chevalière monumentale. Et,

pourtant, elle n’entendait jamais sans mélancolie prononcer son nom.

Voilà: si elle avait voulu, elle serait Mme Lambart, avec une «position»

à Autretôt, et peut-être des enfants autour d’elle.

Quand elle pensait à cela, (et cette nuit encore, seule, dans l’ombre de

ses rideaux), elle rougissait d’une sorte de honte à cause de son fils,

son fils perdu, son fils mort peut-être, son fils auquel il lui semblait

qu’elle faisait tort par cette seule pensée.

Elle se retournait dans son lit, un peu enfiévrée sous la plume. La lune

était tout en haut du dernier carreau. Le sommier craqua et Fanny songea

tout à coup que Berthe allait l’entendre et deviner son insomnie,

puisque demain elle prenait trente-neuf ans.

Berthe! Rien que son nom lui faisait toujours un peu peur. Comme elles

auraient pu être heureuses, pourtant, se consoler de tout en s’aimant!

Mais voilà, Berthe lui en voulait de lui avoir barré la route. Et même

de plus loin encore. Elle lui en avait voulu depuis le jour où elle

avait appris son malheur. Et de plus loin encore, comme si,

mystérieusement, elle le pressentait. N’était-elle pas singulière cette

curiosité que, toute petite, elle lui témoignait? Elle l’épiait, des

heures, avec patience et courait vite avertir sa mère si Fanny se

trompait ou négligeait un devoir. «Car je n’étais vraiment pas méchante,

songea-t-elle encore, et je ne désobéissais pas exprès. Pourquoi donc

est-ce que ma sœur ne m’a jamais aimée?»

Elle sonda un moment ce mystère qui la séparait de l’être le plus

rapproché d’elle de chair et de sang, et, une fois de plus, elle n’y

trouva aucune explication. C’est comme ça, comme ça. On n’y peut rien.

Le sommeil semblait voltiger autour de ses yeux, sans s’y poser assez

pour les fermer. Trente-neuf ans! Elle pourrait être mariée depuis huit

ans avec Lambart, ou depuis cinq avec le prétendant que M. Pommier, le

pasteur, lui avait proposé. Ce prétendant était un veuf, un pasteur

chargé de six enfants, le dernier au maillot. Le cœur de Fanny avait

bondi vers lui sans le connaître. Celui-là, Berthe ne le lui jalouserait

pas!

--Elever les enfants des autres, en voilà un goût! disait la grosse

fille avec mépris.

Tout de même c’était un honneur que cette offre, et Fanny en jugea aux

traits empoisonnés que décocha la cadette. Son rêve de bonheur dura peu;

elle recommença à se torturer de doutes. Fallait-il pas, et plus que

jamais, avouer son passé? Elle finit par se résoudre à tout dire à M.

Pommier, sous le sceau du secret.

Comme elle allait le faire, la nouvelle arriva que le veuf se trouvait

très malade d’une pneumonie. Elle retint son aveu. Trois jours après,

son prétendant mourait.

Elle resta frappée de cette coïncidence terrifiante, et un peu persuadée

qu’il lui était défendu de chercher à refaire sa vie. Aussi

refusa-t-elle le troisième fiancé, un herbager, familier de l’oncle

Nathan, qui vint se proposer directement, en homme qui ne craint pas

plus les femmes que les chevaux. Il s’en alla trop furieux pour y

songer: la seconde n’aurait peut-être pas dit non.

Cette fois, la porte parut fermée pour toujours sur les prétendants, car

les années coulèrent toutes pareilles sans rien qui les distinguât l’une

de l’autre. La quatrième prenait fin. C’était un amoncellement de jours

identiques que les saisons seulement coloraient différemment. Fanny ne

les avait pas aimées: elle ne les regrettait pas! Et, pourtant, elles

lui coulaient entre les doigts comme du sable fin, sans qu’elle pût les

retenir.

La lune n’était plus à la fenêtre, mais très haut au ciel. La clarté

tombait, plus tendre et plus bleue. Ses trente-neuf ans sonnèrent à la

pendule de la cuisine, car elle était née le 25 février à une heure du

matin. Toute la maison en vibra.

Alors, comme si elle n’attendait que cela, Fanny se tourna une dernière

fois dans son lit, et s’endormit.

Le joug: roman · 第 11 / 34 题