distinguee qui se nommaient _Daniel_, _Ananias_, _Misael_ et _Azarias_.
Le roi leur fit donner l'instruction dans toutes les sciences et dans
tous les arts, et ordonna qu'on leur servit chaque jour des viandes
qu'on servait devant lui, et du vin dont il buvait lui-meme; mais ne
voulant pas prendre de nourriture defendue par la loi de Moise, ils se
contentaient de legumes, et quoique ces aliments ne fussent guere
nourrissants, ils s'en trouvaient toujours tres-bien; du reste ils
remplissaient leurs devoirs avec fidelite. Ces hommes se distinguerent
autant par leur savoir que par leur beaute et furent eleves aux charges
les plus eminentes de l'Etat. Mais dans leur position distinguee ils
purent sans prejudice pour leurs devoirs envers le souverain, rester
toujours fidelement et sincerement attaches a la religion de leurs
peres. L'insolent Nabuchodonosor se fit un jour dresser une statue d'or
et ordonna que chacun se prosternat devant lui et l'adorat, et que celui
qui s'y refuserait fut jete au milieu des flammes d'une fournaise. Ces
trois hommes, Ananias, Misael et Azarias fideles a leurs croyances ne
voulurent point rendre les honneurs divins a une idole et furent jetes
par l'ordre du roi dans les flammes de la fournaise. Mais Dieu le
Tout-Puissant protegea ses serviteurs, ils resterent intacts au milieu
des flammes et le feu ne les devora point. Nabuchodonosor reconnut alors
la puissance de l'Eternel et defendit, sous peine de mort, de diffamer
la religion des Israelites.--Aussi Daniel observait-il toujours les
preceptes de sa croyance, au risque meme de ses jours. Il etait le
favori de Darius, roi des Medes et conquerant de Babylone. Les
courtisans en devinrent jaloux, lui porterent envie et tacherent de le
perdre. Comme il leur etait impossible de decouvrir quelque faute dans
les affaires de son administration, ils chercherent les moyens de le
conduire a sa perte. Son attachement a la religion de ses peres les
favorisa dans leur dessein. D'apres leurs instigations le roi ordonna
que tout homme qui, durant l'espace de trente jours, demanderait quoi
que ce fut a quelque dieu ou a quelque homme que ce put etre sinon au
roi seul, fut jete dans la fosse aux lions. Or, Daniel ayant appris la
promulgation de cette loi, entra dans sa maison, et ouvrant les fenetres
de sa chambre du cote de Jerusalem, il flechit les genoux et adora son
Dieu, lui rendit ses actions de graces, comme il le faisait auparavant,
et continua d'agir ainsi pendant quelques jours a trois differentes
heures de la journee. Ces hommes donc, qui epiaient avec grand soin
toutes les actions de Daniel, le trouverent priant et adorant son Dieu,
et en firent rapport au roi. Le roi ne pouvant revoquer en faveur de
Daniel l'edit publie, se vit force de faire executer l'arret, et Daniel
fut jete dans la fosse aux lions. Le lendemain matin lorsque le roi se
rendit a la fosse, il le trouva encore sain et sauf et ordonna qu'on le
retirat. Il commanda en meme temps qu'on fit venir ceux qui l'avaient
accuse, et qu'on les jetat dans la meme fosse. Depuis cet evenement
Daniel fut toujours en dignite et eleve successivement aux plus grands
honneurs. Il mourut enfin apres une vie longue et heureuse. (Daniel
etait prophete; il explique le songe du roi, et prouve en differentes
circonstances qu'il est inspire par l'esprit de l'Eternel.)
La position du peuple israelite en Babylonie, a en juger par ces faits,
n'etait donc nullement triste et malheureuse. Il y en avait meme, parmi
les exiles, qui vivaient dans l'aisance et possedaient des biens-fonds.
Les Israelites y exercaient leur culte en toute liberte, ils
conservaient leur constitution primitive et, comme nous venons de le
voir, les esprits capables parmi eux pouvaient meme parvenir aux plus
grandes dignites de l'Etat.--C'est la, dans la captivite, qu'Israel
commenca par reflechir murement sur sa destinee et qu'il reconnut
l'absurdite de l'idolatrie. Il regretta alors sa defection, qu'il devait
regarder comme l'unique cause de son exil. La connaissance de Dieu et
l'idee de le servir d'une maniere plus digne ne tarderent pas a se faire
jour et a se developper de plus en plus. Des assemblees generales, ayant
pour but d'adorer l'Eternel par des _prieres ferventes_, se
multipliaient.
_Nabuchodonosor_ vint enfin a mourir dans la quarante-troisieme annee de
son regne. _Evilmerodach_, son successeur, mit en liberte le roi Joachin
et lui rendit les honneurs dus a son rang.--La Babylonie devint alors la
proie de _Darius_ le Mede. Sous son regne et pendant la duree du royaume
Medo-Perse les Israelites en general ne subissaient pas plus de
vexations particulieres. Cependant c'est sous le regne de _Cyaxares_,
pere d'Astyages (selon d'autres, dans les temps de Xerces) que
l'evenement raconte dans le livre d'Esther se passa: tout Israel se
trouvait alors en danger d'etre massacre. Un des ministres du roi nomme
Aman (Haman), alors irrite contre un Israelite appele Mardochee dont il
se croyait insulte, resolut de se venger non-seulement de cet homme,
mais meme de tout le peuple israelite. Il se procura, a cet effet, une
ordonnance royale qui fut envoyee dans toutes les provinces du royaume,
afin qu'on tuat et qu'on exterminat tous les Israelites depuis les plus
jeunes jusqu'aux plus vieux, jusqu'aux femmes et aux petits enfants, en
un meme jour, c'est-a-dire, le treizieme jour du douzieme mois appele
Adar, et qu'on pillat tous leurs biens. Mais la reine nommee _Esther_,
qui etait elle-meme israelite et parente de Mardochee, faisait de son
cote des instances pres du roi, son epoux, et le peuple israelite fut
sauve d'une mort imminente. Le tyran Aman fut attache a la meme potence
qu'il avait preparee a Mardochee. En memoire de cet evenement tous les
Israelites s'obligerent, eux et leurs enfants d'en faire chaque annee
dans toute la posterite une fete solennelle appelee _Purim_
(c'est-a-dire, les sorts)[17].
[17] La celebration de cette fete se fait de la maniere suivante: le
treizieme jour du mois d'Adar est un jour de jeune; le but en est
de nous rappeler le jeune de la reine Esther et des Israelites qui
se trouvaient alors a Suse, capitale de l'empire. Le jour suivant
(le quatorzieme) est consacre a la joie. Le livre d'Esther est lu
dans la synagogue le soir et le matin. Des festins de famille et
d'autres rejouissances ont ordinairement lieu; mais c'est
principalement dans la distribution des aumones et dans d'autres
oeuvres de charite que consiste la solennite du jour.
CHAPITRE VII.
LES ISRAELITES VIVENT SOUS LA DOMINATION ETRANGERE
JUSQU'A LA GUERRE DE LA DELIVRANCE.
(3408-3610.)
Retour de la captivite de Babylone.
Les soixante et dix ans de l'exil predits par le prophete Jeremie, etant
passes, Dieu toucha le coeur de Cyrus roi de Perse (la Babylonie faisait
alors partie de son empire) de maniere que des la premiere annee de son
regne, il fit publier dans tout son empire cette ordonnance: Voici ce
que dit Cyrus, roi de Perse: L'Eternel, le Dieu du ciel, m'a donne tous
les royaumes de ce pays, et m'a commande de lui batir une maison dans la
ville de Jerusalem, qui est en Judee. Que celui d'entre vous qui est de
son peuple, aille a Jerusalem. Que son Dieu soit avec lui, et qu'il
rebatisse la maison de l'Eternel, le Dieu d'Israel. Que tous les autres,
en quelques lieux qu'ils habitent, les assistent du lieu ou ils sont,
soit en argent et en or, soit de tous leurs autres biens, outre ce
qu'ils offriront volontairement pour le temple de Dieu qui est a
Jerusalem. Alors les chefs de famille de Juda et de Benjamin, les
pretres et les levites, et tous ceux dont Dieu toucha le coeur, se
preparerent a s'en retourner. Les autres, qui demeuraient aux environs,
les assisterent de leurs biens. Le roi Cyrus leur remit aussi entre les
mains les vases du temple que Nabuchodonosor avait emportes de
Jerusalem: trente bassins d'or, mille bassins d'argent et beaucoup
d'autres vases sacres. Il y avait cinq mille quatre cents vases tant
d'or que d'argent.
C'est ainsi qu'ils se retablirent de nouveau dans leur pays, et tout le
peuple d'Israel demeura chacun dans sa ville. Ils etaient pour le
moment, tout compte, environ cinquante mille et parmi eux il y avait
deux cents chantres, hommes et femmes. Leurs chefs etaient _Zorababel_
prince de Juda, gouverneur du roi de Perse, _Josue_ pontife et dix
princes de tribu.--Le septieme mois etant venu, les enfants d'Israel qui
etaient dans leurs villes, s'assemblerent tous comme un seul homme dans
Jerusalem, et commencerent a batir un autel pour y offrir a l'Eternel
des holocaustes le matin et le soir. Ils poserent l'autel de Dieu sur
ses bases, pendant que tous les peuples voisins s'efforcaient de les en
empecher. Ils celebrerent la fete des Tabernacles, en la maniere qu'il
est commande dans la loi de Moise. Ce n'est que dans la seconde annee de
leur arrivee qu'ils jeterent les fondements du temple de l'Eternel. Les
pretres revetus de leurs ornements se presenterent alors accompagnes des
levites, pour louer Dieu avec les paroles de David, roi d'Israel. Ils
chantaient tous ensemble des hymnes, et publiaient la gloire de
l'Eternel, en disant: Louez l'Eternel parce qu'il est bon, et que sa
misericorde s'est repandue pour jamais sur Israel. Et plusieurs des
pretres et des levites, des chefs de famille, et des anciens, qui
avaient vu le premier temple, considerant les fondements de celui-ci,
qui etait devant leurs yeux, jetaient de grands cris meles de larmes, et
plusieurs aussi elevant leur voix poussaient des cris de rejouissance:
et l'on ne pouvait discerner les cris de joie d'avec les plaintes de
ceux qui pleuraient, parce que tout etait confus dans cette grande
clameur de peuple, et le bruit en retentissait au loin.--Or leurs
ennemis (les Samaritains) apprenant que les Israelites revenus de leur
captivite batissaient un temple a l'Eternel, le Dieu d'Israel, vinrent
trouver Zorobabel et les chefs des familles, et leur dirent:
Laissez-nous batir avec vous; parce que nous cherchons votre Dieu comme
vous, depuis qu'Asor-Haddan roi d'Assyrie nous a envoyes en ce lieu.
Zorobabel, Josue et les autres chefs des familles d'Israel leur
repondirent: Nous ne pouvons batir avec vous une maison a notre Dieu;
nous batirons seuls un temple a l'Eternel notre Dieu, comme Cyrus roi
des Perses, nous l'a ordonne. Alors les ennemis mecontents de cette
reponse empecherent les Israelites autant qu'ils le purent de batir le
temple. Ils gagnerent par argent les ministres du roi, et pendant le
regne de Cyrus, roi des Perses, ils purent s'opposer au dessein du
peuple israelite. Ce n'est que sous le gouvernement de _Darius Hystaspe_
que les Israelites continuerent de batir, et le temple de Dieu fut
acheve le troisieme jour du mois d'Adar la sixieme annee du regne du roi
Darius. Les enfants d'Israel, les pretres et les levites firent alors la
dedicace du temple avec de grandes rejouissances. Les pretres furent
retablis dans leurs ordres et les levites en leur rang pour faire
l'oeuvre de Dieu dans Jerusalem selon qu'il est ecrit dans le livre de
Moise.
Les Israelites demeuraient donc de nouveau a Jerusalem et dans les
villes du pays d'Israel. Ils etaient gouvernes par les pontifes et par
les gouverneurs des rois de Perse. L'Eternel leur envoya encore des
prophetes et des hommes inspires de l'amour de la verite: des hommes
qui, sans cesse, montraient au peuple la bonne voie, lui donnaient
l'instruction dans la loi de Moise et le rendaient de plus en plus
capable de se penetrer de l'esprit de la parole de Dieu. Au nombre de
ces grands hommes se trouvait le savant _Esdras_ (Esra) descendant
d'Aaron. Cet homme etait fort habile dans la loi, zele et tres-pieux; il
partit de Babylone et arriva a Jerusalem avec une grande colonie, forte
de plus de dix-sept cents hommes, sans compter les femmes et les
enfants; il apporta en meme temps avec lui de l'argent, de l'or et des
vases pour le service du temple a Jerusalem.
_Nehemie_, l'echanson du roi, devoue a son Dieu, desirait aussi
retourner dans le pays de ses peres. Et lorsqu'on lui en apporta des
nouvelles, et qu'il apprit que les murailles de Jerusalem etaient encore
en ruine, il se mit a pleurer, jeuna et pria l'Eternel d'exaucer ses
voeux. Or, il s'adressa ainsi au roi son maitre: Si ma demande ne
deplait pas au roi, et si votre serviteur vous est agreable,
envoyez-moi, je vous prie, en Judee, a la ville des sepulcres de mes
peres, afin que je la fasse rebatir. Le roi lui accorda sa demande;
Nehemie partit pour Jerusalem et y rendit beaucoup de services a ses
freres. Les ennemis ayant appris qu'on rebatissait les murailles, en
devinrent jaloux et tacherent, par tous les moyens possibles, d'en
empecher l'execution. Mais les Israelites ne perdaient pas confiance en
Dieu; ils priaient l'Eternel et mettaient en meme temps des gardes jour
et nuit sur la muraille pour s'opposer aux efforts de leurs ennemis: ils
travaillaient d'une main et tenaient l'epee de l'autre. C'est de cette
maniere que les murailles furent rebaties et achevees en peu de temps.
Le premier jour du septieme mois (Tischri) tous les peres de famille
s'assemblerent avec leurs femmes, leurs fils et leurs filles dans une
des grandes places de Jerusalem. Esdras apporta la loi devant
l'assemblee, lut dans ce livre clairement et distinctement, au milieu de
la place, depuis le matin jusqu'au midi. Les levites et beaucoup
d'autres personnes instruites, interpretaient la loi a tout le peuple et
lui expliquaient les paroles de Dieu. On celebra ensuite la fete des
Tabernacles, et pendant la duree de cette fete Esdras lisait
journellement dans le livre de la loi. Cette solennite dura sept jours,
et le huitieme jour ils firent l'assemblee du peuple selon la coutume
(Schemini-Azereth). Le vingt-quatrieme jour de ce meme mois, ils
s'assemblerent, jeunerent, firent penitence et s'engagerent de la
maniere la plus solennelle a observer religieusement toutes les lois de
Dieu, donnees par Moise, son serviteur.
FIN DE L'ECRITURE SAINTE.
SUITE DU CHAPITRE VII.
Le peuple israelite vecut en ces jours, et pendant quelque temps encore,
paisible et tranquille. Quoiqu'il se trouvat sous la dependance des rois
de Perse, cependant l'administration immediate en etait confiee a ses
grands pretres, aux anciens et aux hommes les plus distingues du peuple.
L'etat des choses resta des lors le meme et aucun changement n'y fut
introduit sous les dominations differentes qui vinrent bientot succeder
a celle des rois de Perse. Les _Macedoniens_, les _Egyptiens_ et les
_Syriens_, tous consentirent a laisser au peuple israelite son
administration anterieure.--Jerusalem etait generalement regardee comme
la patrie commune, meme par ceux d'entre les Israelites qui demeuraient
en grand nombre dans d'autres pays. Le temple reconstruit semblait a
tous etre le centre de l'assemblee nationale, le symbole de l'unite, et
ils y faisaient parvenir leurs offrandes et leurs dons des pays meme les
plus eloignes.--Tout cela ne manquait pas d'exercer l'influence la plus
salutaire a l'egard de leur vie religieuse. Bien qu'il n'y eut plus de
prophetes apres la mort de _Malachie_, le penchant a l'idolatrie avait
cependant completement disparu; heureux effet de la bonne instruction
que le peuple recevait alors. L'ordre et la majeste qui regnaient dans
leur temple et partout dans le service divin; leur union et leur
fidelite envers leurs souverains; leur zele et leur activite, tout cela
les relevait aux yeux des nations etrangeres et rendait la dignite a
leur religion qui les obligeait a tous ces devoirs. Partout ou ils
demeuraient, ils trouvaient l'occasion de montrer que l'obeissance et la
fidelite envers le souverain passaient a leurs yeux pour les premiers
devoirs, et ils s'appliquaient en outre a repandre la connaissance de
Dieu parmi tous ces peuples paiens.
Un temoignage honorable d'estime leur fut accorde par _Alexandre le
Grand_, roi de Macedoine. Ce grand conquerant, lors de son invasion dans
la Phenicie, enjoignit au pontife de Judee de lui fournir des vivres
pour son armee et de lui faire parvenir en meme temps tous les impots
que les Israelites avaient a payer a _Darius Kodomanus_, roi de Perse.
Mais le pontife lui repondit au nom du peuple israelite, qu'ayant prete
serment de fidelite a Darius son souverain, il devait etre fidele a ce
prince. Cette reponse inattendue irrita tellement le roi Alexandre qu'il
s'avanca vers Jerusalem, resolu a punir les Israelites et a les forcer a
lui obeir. Cependant, lorsque le pontife, accompagne du peuple, alla a
sa rencontre, Alexandre lui fit un bon accueil, entra en paix dans la
ville de Jerusalem, visita le temple, en examina les tresors sans y
toucher, approuva la constitution israelite et garantit a tous ceux qui
voudraient prendre du service dans son armee, la pleine liberte
d'exercer leur culte. Beaucoup d'entre les Israelites se confiant a
cette promesse se presenterent alors a Alexandre et lui demanderent
l'admission dans son armee.
Emigration pour l'Egypte.
Apres la mort d'Alexandre, ses generaux, ainsi que les gouverneurs
places a la tete des provinces qu'il avait conquises, s'erigerent en
rois de ces provinces. Il en resulta des guerres nombreuses, qui firent
aussi beaucoup de mal a la Palestine. _Ptolomaus Lagi_, gouverneur
d'Egypte, fut le premier qui s'empara de la Palestine. Ptolomaus s'etant
convaincu de la fidelite des Israelites, qui avaient observe si
fidelement le serment autrefois prete aux rois de Perse, les obligea a
lui preter le meme serment. Il en emmena un grand nombre avec lui en
Egypte, et beaucoup d'autres l'y suivirent volontairement. Il les mit,
en partie, dans les forteresses comme garnison, les autres s'etablirent
a Alexandrie, jouissant des memes droits que les Egyptiens et les Grecs.
_Seleucus Nicator_, roi de l'Asie Mineure, aimait aussi les Israelites a
cause de leur fidelite, et il parvint a en attirer un grand nombre en
leur accordant les memes droits qu'aux Grecs et en les elevant au rang
des premiers citoyens. C'est principalement a Antiochie, la capitale,
que beaucoup d'Israelites s'etablirent. Ils se repandirent en general a
cette epoque bien avant dans l'Asie Mineure, dans la Syrie et dans la
Grece.
_Ptolomaus Philadelphus_, protecteur des sciences, possedait a
Alexandrie une bibliotheque de plus de deux cent mille ouvrages. Il fit
prier le pontife a Jerusalem de lui remettre une copie des saintes
Ecritures et de lui envoyer en meme temps quelques savants pour en faire
la traduction en grec. _Eliesar_, alors pontife, lui envoya une
magnifique copie accompagnee de soixante-douze hommes savants, qui en
accomplirent la traduction, ordinairement appelee _traduction des
septante_ ou des _soixante-dix interpretes_. Cette traduction etait
tres-consideree par les Israelites qui demeuraient hors de la Palestine.
Ils s'en servaient pour expliquer la loi et pour en faire la lecture
dans les synagogues, tandis que les Israelites en Palestine se
servaient, pour le meme usage, d'une traduction chaldeenne.
Le peuple israelite jouit de la paix pendant le long regne de Ptolomaus,
il s'adonna alors en grande partie aux sciences, se familiarisa avec la
litterature grecque et embrassa les usages et les coutumes de cette
nation.
_Antigonus_, president du grand conseil, enseignait entre autres
preceptes, qu'on ne peut servir Dieu, comme le serviteur sert son
maitre, en esperant d'etre recompense; mais qu'il faut le servir par
l'amour le plus pur. Cette doctrine fut mal comprise par deux de ses
eleves qui se nommaient _Sadoc_ et _Baithos_. Ils en repandirent la
maxime erronee, qu'il n'y a, apres la mort, ni recompense ni punition.
Les partisans de cette doctrine fausse, funeste et heretique, etaient
appeles la secte des _Saduceens_.
CHAPITRE VIII.
DEPUIS LA GUERRE DE LA DELIVRANCE JUSQU'AUX
TEMPS DE L'INDEPENDANCE.
(3610-3634)
--------
Cruautes d'Antiochus Epiphanes.
Le regne d'Antiochus Epiphanes, roi de Syrie, rejeta de nouveau les
Israelites au milieu des souffrances et des persecutions. Il y avait
deja un assez grand nombre d'annees que la Palestine etait assujettie a
la Syrie, lorsque ce roi monta sur le trone. Dans la fausse idee de
maintenir plus surement les Israelites dans son obeissance, Antiochus se
proposa d'aneantir leur religion et de les forcer a embrasser celle des
paiens. Il y avait alors deux grands pretres a Jerusalem, l'un se
nommait _Jason_ et l'autre _Menelaus_. Ces hommes, ainsi qu'une grande
partie du peuple, etaient entierement portes a embrasser les moeurs des
Grecs. Ils etablirent a Jerusalem des jeux gymniques et depouillerent le
temple pour payer les contributions promises au roi Antiochus. Peu de
temps apres cette spoliation, Antiochus envahit l'Egypte, et le faux
bruit de sa mort se repandit. Alors le peuple irrite de la spoliation du
sanctuaire, se revolta contre les deux pretres sacrileges. A ces
nouvelles, Antiochus se dirigea vers Jerusalem. Arrive en cette ville,
il tua une grande partie du peuple, en vendit quatre mille comme
esclaves, enleva tous les vases d'or et d'argent consacres au temple, et
pour insulter au peuple, il profana le temple en y faisant egorger un
porc sur l'autel. Quelque temps apres, ce meme roi, force par les
Romains a quitter l'Egypte, exerca de nouveau toute sa rage contre la
Palestine; il envoya a Jerusalem une armee qui pilla la ville et en
massacra sans pitie les malheureux habitants. Il defendit, sous peine de
mort, d'exercer la religion de quelque maniere que ce fut; il fit
dechirer les livres de la loi et dressa partout des temples d'idoles. Il
envoya a cet effet un pretre grec a Jerusalem pour instruire le peuple
dans la religion paienne. Ce pretre viola le temple de Jerusalem en le
consacrant a Jupiter et en y placant la statue de cette idole, puis il
sacrifia sur l'autel de Dieu a la maniere grecque.
Beaucoup d'Israelites abandonnerent alors leur religion; mais aussi il y
en eut beaucoup qui s'enfuirent ou moururent de la mort des martyrs. Au
nombre de ces derniers se trouva un vieillard qui se nommait _Eliasar_.
Celui-ci prefera mourir que de transgresser les commandements de Dieu
lors meme que le tyran ne lui demandait qu'une transgression apparente.
Il y eut aussi une femme, nommee _Hanna_, qui se montra tellement
attachee aux devoirs de sa religion, qu'elle ne chancela pas un instant
dans la foi en voyant meme de ses propres yeux, qu'on egorgeait ses sept
fils les uns apres les autres, qui se refuserent tous a sacrifier aux
faux dieux. Le dernier de ses fils, tres-jeune encore, fut meme
encourage a l'idolatrie par le tyran, qui lui promit de le sauver, s'il
flechissait seulement le genou devant l'idole, ne fut-ce que pour
l'apparence. Mais ce jeune homme qui avait vu mourir courageusement ses
six freres n'hesita point et, rendant le dernier soupir sous la main de
son bourreau, il s'ecria: "Ecoute Israel! l'Eternel est notre Dieu,
l'Eternel est unique!" Cette mere ayant ainsi vu mourir tous ses enfants
de la mort des martyrs, mort a laquelle elle les avait encourages
elle-meme, ne se sentit plus de douleur; elle se precipita du haut d'une
maison et mourut.
Les Machabees.