J'ai reçu ici un billet de vous qui n'était pas destiné à aller si
loin; je n'ai pu y répondre plutôt.
Après avoir balloté, cahoté un rhumatisme pendant deux mois par terre
et par mer, le premier moment de repos a été une crise dont je ne
prévois pas la fin. Le jour même de mon arrivée ici, j'ai eu une
attaque sur la poitrine et les poumons, et, depuis 8 jours et huit
nuits, j'étouffe dans des angoisses sans cesse renouvellées; je suis
couvert de sangsues, de cataplasmes et de vésicatoires, et je compte
les heures, les minutes de chaque jour et de chaque nuit. En ce moment
même, je vous écris sur mon séant; j'ai peine à finir chaque mot. Ce
voyage me coûtera cher peut être.
Jugez du spectacle que je donne à une femme grosse, nerveuse et
malade. Je ne sais quand j'aurai du repis et si je pourrai reprendre
la route de Paris. J'ai fait venir mon médecin qui était à la suite de
M{de} Thiers et qui va être obligé de s'en retourner.
Je pense aux plaques du maréchal qui seraient ici bien insuffisantes.
Adieu, Madame; ayez quelque pitié d'un agonisant en lui donnant
quelques lignes
mille hommages