importance qu'il n'aura jamais dans un régime régulier, grâce au
pouvoir arbitraire dont le gouvernement était investi, grâce aux fonds
dont il disposait sans contrôle. Émigrés, rentrés ou rentrants,
Vendéens, républicains, prêtres non ralliés, il avait à surveiller
tous ces agents de trouble, et le faisait sans faiblesse. Aussi ce
ministère, quoique exercé avec tact, et beaucoup d'indulgence, par M.
Fouché, était-il devenu odieux aux partis qu'il contenait. Le Premier
Consul le supprima, et se contenta de faire de la police une simple
direction générale, attachée au ministère de la justice. Le conseiller
d'État Réal fut chargé de cette direction. L'administration de la
justice fut enlevée à M. Abrial, homme sage, appliqué à ses devoirs,
mais dont le travail lent et pénible était peu agréable au Premier
Consul. Elle fut donnée à M. Régnier, depuis duc de Massa, magistrat
instruit, disert, ayant inspiré de la confiance et du goût au chef qui
disposait de toutes les existences. M. Régnier reçut avec
l'administration de la justice le titre de Grand-Juge, titre
nouvellement créé par le sénatus-consulte organique. La nature de son
esprit le rendait peu propre à diriger M. Réal dans les difficiles
investigations de la police; aussi M. Réal, travaillant directement
avec le Premier Consul, devint-il à peu près indépendant du ministre
de la justice. Malheureusement, on perdait avec M. Fouché une
connaissance des hommes, et des relations avec les partis, que lui
seul possédait au même degré. Ce sacrifice précipité aux idées du jour
était irréfléchi, et eut, comme on le verra bientôt, des conséquences
regrettables. Cependant on ne voulait pas que le ministre Fouché parût
disgracié. On lui réserva une place au Sénat, ainsi qu'à M. Abrial. M.
Fouché, dans l'acte qui le nommait sénateur, obtint une mention
flatteuse de ses services. Il fut même dit dans cet acte, que, si les
besoins du temps faisaient renaître l'institution aujourd'hui
supprimée, c'est M. Fouché qu'on irait chercher sur les bancs du
Sénat, pour faire un ministre de la police. On apporta encore quelques
autres changements au personnel du gouvernement. M. Roederer, qui
s'entendait peu avec le ministre de l'intérieur, Chaptal, relativement
aux affaires de l'instruction publique dont il était chargé, céda
cette direction au savant Fourcroy, et reçut, comme MM. Fouché et
Abrial, le dédommagement d'un siége au Sénat. Le Premier Consul nomma
encore sénateur le respectable archevêque de Paris, M. de Belloy. En
agissant de la sorte, il n'entendait pas donner une influence au
clergé sur les affaires politiques; mais il voulait que les grands
intérêts sociaux fussent représentés au Sénat, l'intérêt de la
religion comme tous les autres.
[En marge: Le 15 août célébré comme jour anniversaire de la naissance
du Premier Consul.]
Le 15 août (27 thermidor) fut célébré pour la première fois comme jour
anniversaire de la naissance du Premier Consul. C'était l'introduction
progressive des usages monarchiques, qui font de la fête du souverain
une fête nationale. Le matin de ce jour, le Premier Consul reçut le
Sénat, le Tribunat, le Conseil d'État, le clergé, les autorités
civiles et militaires de la capitale, le corps diplomatique, venant le
féliciter du bonheur public et de son bonheur privé. À midi, un _Te
Deum_ fut chanté à l'église Notre-Dame, et dans toutes les églises de
la République. Le soir, des illuminations brillantes représentèrent
dans Paris, ici la figure de la Victoire, ailleurs celle de la Paix,
plus loin enfin, et sur l'une des tours de Notre-Dame, le signe du
Zodiaque, sous lequel était né l'auteur de tous les biens dont la
nation remerciait le ciel.
[En marge: Séance consulaire au Sénat.]
Quelques jours après, le 21 août (3 fructidor), le Premier Consul alla
en pompe prendre possession de la présidence du Sénat. Toutes les
troupes de la division bordaient la haie, depuis les Tuileries
jusqu'au palais du Luxembourg. La voiture du nouveau maître de la
France, escortée par un nombreux état-major et par la garde consulaire
à cheval, était traînée par huit chevaux magnifiques, comme autrefois
la voiture des rois. Personne ne partageait avec lui l'honneur de
l'occuper. Dans les voitures qui suivaient, venaient les second et
troisième Consuls, les ministres, les présidents du Conseil d'État.
Arrivé au palais du Luxembourg, le Premier Consul fut accueilli à son
entrée par une députation de dix sénateurs. Il reçut, assis sur un
fauteuil assez semblable à un trône, le serment de ses deux frères,
Lucien et Joseph, devenus sénateurs de droit, en leur qualité de
membres du grand conseil de la Légion-d'Honneur. Après cette
formalité, des conseillers d'État choisis pour cette fonction
présentèrent cinq projets de sénatus-consultes, relatifs, le premier
au cérémonial des grandes autorités, le second au renouvellement par
séries du Corps Législatif et du Tribunat, le troisième au mode à
suivre en cas de dissolution de ces deux assemblées, le quatrième à la
désignation des vingt-quatre grandes villes de la République, le
cinquième enfin à la réunion de l'île d'Elbe au territoire de la
France.
Afin de saisir tout de suite le Sénat de l'influence qui lui était
promise dans les grandes affaires de l'État, M. de Talleyrand lut un
rapport d'une haute importance, sur les arrangements qui se préparaient
en Allemagne, sous la direction de la France, pour indemniser avec les
principautés ecclésiastiques les princes héréditaires dépossédés à la
rive gauche du Rhin. C'était, comme on va le voir prochainement dans la
suite de cette histoire, la plus grande affaire du moment. Celle-là
finie, le monde semblait en repos pour long-temps. En publiant dans ce
rapport au Sénat les vues de la France, le Premier Consul annonçait à
l'Europe ses idées sur cet important sujet, ou, pour mieux dire, lui
intimait ses volontés; car on savait bien qu'il n'était pas homme à
revenir d'une résolution aussi publiquement annoncée. La lecture de ce
rapport terminée, il se retira, laissant au Sénat le soin d'examiner les
cinq sénatus-consultes organiques qui venaient de lui être soumis.
Accompagné de nouveau par les dix sénateurs qui l'avaient reçu à son
arrivée, et accueilli sur son passage par les acclamations du peuple
de Paris, le Premier Consul rentra au palais des Tuileries comme un
monarque constitutionnel qui vient de tenir une séance royale.
[En marge: Le Premier Consul va s'établir à Saint-Cloud.]
On était fort avancé dans l'été, car on touchait à la fin d'août. Le
Premier Consul alla prendre possession du château de Saint-Cloud,
qu'il avait d'abord refusé, quand on le lui avait offert comme
habitation de campagne. Revenu de cette première détermination, il y
avait ordonné des réparations, qui, peu considérables en commençant,
avaient fini bientôt par embrasser le château tout entier. Elles
avaient été récemment achevées. Le Premier Consul en profita pour
aller s'établir dans cette belle résidence. Il y recevait, à des jours
choisis, les hauts fonctionnaires, les grands personnages de toutes
les classes, les étrangers, les ambassadeurs. Le dimanche, on y disait
la messe à la chapelle, et les opposants au Concordat commençaient à y
assister, comme autrefois on assistait à la messe à Versailles. Le
Premier Consul, accompagné de sa femme, entendait une messe fort
courte, et puis s'entretenait, dans la galerie du château, avec ceux
qui lui avaient fait visite. Les assistants, rangés sur deux lignes,
attendaient, recherchaient ses paroles, comme on recherche celles de
la royauté ou celles du génie. Dans ce cercle on ne voyait, on ne
regardait que lui. Aucun potentat sur la terre n'a obtenu, n'a mérité
au même degré, les purs hommages dont il était alors l'objet de la
part de la France, et du monde entier.
C'était déjà la puissance impériale qu'on lui a vue depuis, mais avec
l'assentiment universel des peuples, avec des formes moins royales,
mais plus dignes peut-être, car il y restait une certaine modestie
républicaine, qui convenait à ce pouvoir nouveau, et qui rappelait
Auguste conservant, au milieu de la suprême puissance, les habitudes
extérieures du citoyen romain.
[En marge: Résumé de la période de trois ans, écoulée de 1799 à 1802.]
Quelquefois, après une longue route à travers une vaste et belle
contrée, on s'arrête un instant pour contempler d'un lieu élevé le
pays qu'on a parcouru: imitons cet exemple, arrêtons-nous, et jetons
un regard en arrière, pour contempler les prodigieux travaux du
général Bonaparte, depuis le 18 brumaire. Quelle profusion, quelle
variété, quelle grandeur d'événements!
Après avoir traversé les mers par miracle, revu la France, surprise et
ravie de sa soudaine apparition, renversé le Directoire, saisi le
pouvoir, accepté, en la modifiant sous le rapport de la puissance
exécutive, la Constitution de M. Sieyès, il avait mis en hâte quelque
ordre dans l'administration, rétabli la perception et le versement de
l'impôt, relevé le crédit, envoyé un premier secours aux armées,
profité de l'hiver pour accabler la Vendée sous une réunion imprévue
de troupes, reporté brusquement ces troupes vers les frontières, et,
au milieu de la confusion apparente de tous ces mouvements, créé au
pied des Alpes une armée inaperçue, invraisemblable, destinée à tomber
à l'improviste au milieu des ennemis, qui se refusaient à croire à son
existence. Tout étant prêt pour entrer en campagne, il avait offert à
l'Europe la paix ou la guerre, et la guerre ayant été préférée, il
avait ordonné le passage du Rhin, porté Moreau sur le Danube, placé
Masséna dans Gênes, pour y arrêter les Autrichiens et les y retenir.
Puis Moreau, d'un côté, ayant jeté M. de Kray sur Ulm, Masséna, de
l'autre, ayant fixé M. de Mélas sur Gênes par une défense héroïque, il
avait, à l'improviste, passé les Alpes sans route frayée, avec son
artillerie traînée dans des troncs d'arbres, paru au milieu de
l'Italie étonnée, coupé la retraite aux Autrichiens, et, dans une
bataille décisive, perdue et regagnée plusieurs fois, pris leur armée,
recouvré l'Italie, anéanti les projets de la coalition, et arraché à
l'Europe confondue un armistice de six mois.
C'est pendant ces six mois de trêve, que les travaux du Premier Consul
étaient devenus plus étonnants encore. Négociant et administrant tout
à la fois, il avait changé la face de la politique, tourné les
affections de l'Europe vers la France et contre l'Angleterre, gagné le
coeur de Paul Ier, décidé les incertitudes de la Prusse, donné au
Danemark et à la Suède le courage de résister aux violences maritimes
dont leur commerce était l'objet, noué ainsi la ligue des neutres
contre la Grande-Bretagne, fermé à celle-ci les ports du continent,
depuis le Texel jusqu'à Cadix, depuis Cadix jusqu'à Otrante, et
préparé d'immenses armements pour secourir l'Égypte. Tandis qu'il
faisait tout cela, il avait achevé la réorganisation des finances,
restauré le crédit, payé en numéraire les créanciers de l'État, créé
la banque de France, réparé les routes, réprimé le brigandage, percé
les Alpes de communications magnifiques, établi des hospices sur leur
cime, entrepris la grande place d'Alexandrie, perfectionné Mantoue,
ouvert des canaux, jeté de nouveaux ponts, commencé la rédaction des
Codes. Enfin, après ces six mois d'armistice, l'Autriche hésitant
encore à signer la paix, il avait poussé Moreau en avant, et celui-ci,
en achevant par la mémorable bataille de Hohenlinden la destruction de
la puissance autrichienne, avait arraché, sous les murs mêmes de
Vienne, la promesse d'une paix, signée bientôt à Lunéville.
C'est dans ce moment qu'un crime affreux, la machine infernale,
mettant en péril les jours du Premier Consul, avait irrité son âme
bouillante, et provoqué la seule faute commise dans ce temps de
conduite parfaite, la déportation sans jugement de cent trente
révolutionnaires. Tristes vicissitudes de la violence, dans les
révolutions! Les assassins de septembre, frappés à leur tour, ne
trouvaient ni lois ni courage pour les défendre; et le Tribunat, qui
s'opposait aux meilleures mesures du Premier Consul, n'avait pas osé
proférer une parole pour ces proscrits!
Dominateur du continent, ayant discrédité, expulsé des affaires les
deux ministres fauteurs de toutes les coalitions, M. de Thugut à
Vienne, M. Pitt à Londres, le Premier Consul avait jeté l'Europe
entière sur l'Angleterre. Nelson en frappant les Danois à Copenhague,
les Russes en égorgeant leur empereur, avaient sauvé l'Angleterre des
désastres qui la menaçaient, mais, en la sauvant de ces désastres, ne
lui avaient donné ni le courage, ni les moyens de prolonger la
guerre.
La nation anglaise, saisie de crainte et d'admiration en présence du
général Bonaparte, venait enfin de consentir à la paix d'Amiens, la
plus belle que la France ait jamais conclue.
Le temple de Janus se trouvait donc fermé! Et alors le Premier Consul,
voulant ajouter à la paix avec les puissances européennes la paix avec
l'Église, s'était hâté de négocier le Concordat, de réconcilier Rome
et la Révolution, de relever les autels, de rendre à la France tout ce
qui est nécessaire aux sociétés civilisées, et, parvenu à la troisième
année de son Consulat, s'était présenté aux deux assemblées
législatives, apportant la paix avec la terre et les mers, la paix
avec le ciel, l'amnistie pour tous les proscrits, un code de lois
superbe, un système puissant d'éducation publique, un système glorieux
de distinctions sociales. Quoiqu'en se présentant la main pleine de
tous ces dons, il avait cependant trouvé une résistance inattendue,
violente, peu éclairée, naissant de bons et de mauvais sentiments,
chez les uns l'envie, chez les autres l'amour d'une liberté alors
impossible. Délivré, par l'habileté de son collègue Cambacérès, de
cette résistance que dans sa fougue il voulait briser violemment, il
venait enfin d'achever toutes ses oeuvres, de faire accepter les
traités signés avec l'Europe, le Concordat, son système d'éducation
laïque et nationale, la Légion-d'Honneur, et de recevoir pour prix de
tant de services le pouvoir à vie, et la grandeur des empereurs
romains. En cet instant il reprenait le travail des Codes: arbitre en
même temps de tous les intérêts du continent, il réformait la
Constitution de l'Allemagne, et en distribuait le territoire à ses
princes, avec une équité reconnue de l'Europe.
Maintenant, si oubliant ce qui s'est passé depuis, on s'imagine un
moment ce dictateur, alors nécessaire, restant aussi sage qu'il a été
grand, unissant ces contraires que Dieu, il est vrai, n'a jamais
réunis dans un même homme, cette vigueur de génie qui constitue les
grands capitaines, avec cette patience qui est le trait distinctif des
fondateurs d'empire, calmant par un long repos la société française
agitée, et la préparant peu à peu à cette liberté, honneur et besoin
des sociétés modernes; puis, après avoir rendu la France si grande,
apaisant, au lieu de les irriter, les jalousies de l'Europe, changeant
en une donnée permanente de la politique générale les démarcations
territoriales de Lunéville et d'Amiens, enfin terminant sa carrière
par un acte digne des Antonins, et allant chercher, n'importe où, le
successeur le plus digne pour lui remettre cette France organisée,
préparée à la liberté, et pour toujours agrandie: quel homme eût
jamais égalé celui-là! Mais cet homme guerrier comme César, politique
comme Auguste, vertueux comme Marc-Aurèle, eût été plus qu'un homme,
et la Providence ne donne pas au monde des dieux pour le gouverner.
Du reste, à cette époque, il paraissait si modéré après avoir été si
victorieux, il était si profond législateur après avoir été si grand
capitaine, il montrait tant d'amour pour les arts de la paix, après
avoir tant excellé dans les arts de la guerre, qu'il pouvait faire
illusion à la France et au monde. Seulement quelques-uns des
conseillers qui l'approchaient, et qui étaient capables d'entrevoir
l'avenir dans le présent, étaient saisis d'inquiétude autant que
d'admiration, en voyant l'activité infatigable de son esprit et de son
corps, l'énergie de sa volonté, l'impétuosité de ses désirs. Ils
tremblaient, même à lui voir faire le bien comme il le faisait, tant
il était pressé de le faire vite, et de le faire immense. Le sage
Tronchet, qui l'admirait et qui l'aimait tout à la fois, qui le
regardait comme le sauveur de la France, disait cependant un jour avec
chagrin au consul Cambacérès: Ce jeune homme commence comme César;
j'ai peur qu'il ne finisse comme lui.
FIN DU QUATORZIÈME LIVRE ET DU TOME TROISIÈME.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES
DANS LE TOME TROISIÈME.
LIVRE DIXIÈME.
ÉVACUATION DE L'ÉGYPTE.
Tous les yeux fixés sur la négociation engagée à
Londres. -- On se demande quelle influence exercera la
mort de Paul Ier sur cette négociation. -- État de la
cour de Russie. -- Caractère d'Alexandre. -- Ses jeunes
amis forment avec lui un gouvernement secret, qui dirige
toutes les affaires de l'empire. -- Alexandre consent à
réduire beaucoup les prétentions apportées à Paris par
M. de Kalitcheff, au nom de Paul Ier. -- Il accueille
Duroc avec bienveillance. -- Ses protestations réitérées
du désir de bien vivre avec la France. -- Commencements
de la négociation entamée à Londres. -- Conditions mises
en avant, de part et d'autre. -- Conquêtes des deux pays
sur terre et sur mer. -- L'Angleterre consent à
restituer une partie de ses conquêtes maritimes, mais
subordonne toute la négociation à la question de savoir
si la France gardera l'Égypte. -- Les deux gouvernements
sont tacitement d'accord pour temporiser, afin
d'attendre l'issue des événements militaires. -- Le
Premier Consul, averti que la négociation dépend de ces
événements, pousse l'Espagne à marcher vivement contre
le Portugal, et fait de nouveaux efforts pour secourir
l'Égypte. -- Emploi des forces navales. -- Diverses
expéditions projetées. -- Navigation de Ganteaume au
sortir de Brest. -- Cet amiral passe heureusement le
détroit. -- Prêt à se diriger sur Alexandrie, il
s'effraye de dangers imaginaires, et rentre dans Toulon.
-- État de l'Égypte depuis la mort de Kléber. --
Soumission du pays, et situation prospère de la colonie
sous le rapport matériel. -- Incapacité, anarchie dans
le commandement. -- Déplorables divisions des généraux.
-- Mesures mal conçues de Menou, qui veut toucher à tous
les objets à la fois. -- Malgré l'avis réitéré d'une
expédition anglaise, il ne prend aucune précaution. --
Débarquement des Anglais dans la rade d'Aboukir, le 8
mars. -- Le général Friant, réduit à quinze cents
hommes, fait d'inutiles efforts pour les repousser. --
Deux bataillons ajoutés à la division d'Alexandrie
auraient sauvé l'Égypte. -- Tardive concentration de
forces ordonnée par Menou. -- Arrivée de la division
Lanusse, et second combat livré avec des forces
insuffisantes, dans la journée du 13 mars. -- Menou
arrive enfin avec le gros de l'armée. -- Tristes
conséquences de la division des généraux. -- Plan d'une
bataille décisive. -- Bataille de Canope, livrée le 21
mars, et restée indécise. -- Les Anglais demeurent
maîtres de la plage d'Alexandrie. -- Longue
temporisation, pendant laquelle Menou aurait encore pu
relever les affaires des Fiançais, en manoeuvrant contre
les corps détachés de l'ennemi. -- Il n'en fait rien. --
Les Anglais tentent une opération sur Rosette, et
réussissent à s'emparer d'une bouche du Nil. -- Ils
pénètrent dans l'intérieur. -- Dernière occasion de
sauver l'Égypte, à Ramanieh, perdue par l'incapacité du
général Menou. -- Les Anglais s'emparent de Ramanieh, et
séparent la division du Kaire de celle d'Alexandrie. --
L'armée française, coupée en deux, n'a plus d'autre
ressource que celle de capituler. -- Reddition du Kaire
par le général Belliard. -- Menou, enfermé dans
Alexandrie, rêve la gloire d'une défense semblable à
celle de Gênes. -- L'Égypte définitivement perdue pour
les Français. 1 à 112
LIVRE ONZIÈME.
PAIX GÉNÉRALE.
Dernière et infructueuse sortie de Ganteaume. -- Il
touche à Derne, n'ose débarquer deux mille hommes qu'il
avait à son bord, et rebrousse chemin vers Toulon. --
Prise en route du vaisseau le _Swiftsure_. -- L'amiral
Linois, envoyé de Toulon à Cadix, est obligé de jeter
l'ancre dans la baie d'Algésiras. -- Beau combat
d'Algésiras. -- Une escadre composée de Français et
d'Espagnols sort de Cadix, pour venir au secours de la
division Linois. -- Rentrée des flottes combinées dans
Cadix. -- Combat d'arrière-garde avec l'amiral anglais
Saumarez. -- Affreuse méprise de deux vaisseaux
espagnols, qui, trompés par la nuit, se prennent pour
ennemis, se combattent à outrance, et sautent en l'air
tous les deux. -- Beau fait d'armes du capitaine Troude.
-- Courte campagne du prince de la Paix contre le
Portugal. -- La cour de Lisbonne se hâte d'envoyer un
négociateur à Badajos, pour se soumettre aux volontés de
la France et de l'Espagne réunies. -- Marche des
affaires européennes depuis le traité de Lunéville. --
Influence croissante de la France. -- Séjour à Paris des
infants d'Espagne, destinés à régner en Étrurie. --
Reprise de la négociation de Londres, entre M. Otto et
lord Hawkesbury. -- Nouvelle manière de poser la
question du côté des Anglais. -- Ils demandent Ceylan
dans les Indes, la Martinique ou la Trinité dans les
Antilles, Malte dans la Méditerranée. -- Le Premier
Consul répond à ces prétentions, en menaçant de
conquérir le Portugal, et au besoin d'exécuter une
descente en Angleterre. -- Vive polémique entre _le
Moniteur_ et les journaux anglais. -- Le cabinet
britannique renonce à Malte, et résume toutes ses
prétentions en demandant l'île espagnole de la Trinité.
-- Le Premier Consul, pour sauver les possessions d'une
cour alliée, offre l'île française de Tabago. -- Le
cabinet britannique refuse. -- Folle conduite du prince
de la Paix, qui fournit une solution inattendue. -- Ce
prince traite avec la cour de Lisbonne, sans se
concerter avec la France, et prive ainsi la légation
française de l'argument qu'on tirait des dangers du
Portugal. -- Irritation du Premier Consul, et menaces de
guerre à la cour de Madrid. -- M. de Talleyrand propose
au Premier Consul de terminer la négociation aux dépens
des Espagnols, en livrant aux Anglais l'île de la
Trinité. -- M. Otto reçoit l'autorisation de faire cette
concession, mais seulement à la dernière extrémité. --
Pendant qu'on négocie, Nelson tente les plus grands
efforts pour détruire la flottille de Boulogne. -- Beaux
combats devant Boulogne, soutenus par l'amiral
Latouche-Tréville contre Nelson. -- Défaite des Anglais.
-- Joie en France, inquiétudes en Angleterre, à la suite
de ces deux combats. -- Dispositions réciproques à un
rapprochement. -- On passe par-dessus les dernières
difficultés, et la paix se conclut, sous forme de
préliminaires, par le sacrifice de l'île de la Trinité.
-- Joie inouïe en Angleterre et en France. -- Le colonel
Lauriston, chargé de porter à Londres la ratification du
Premier Consul, est conduit en triomphe pendant
plusieurs heures. -- Réunion d'un congrès dans la ville
d'Amiens pour conclure la paix définitive. -- Suite de
traités signés coup sur coup. -- Paix avec le Portugal,
la Porte-Ottomane, la Bavière, la Russie, etc. -- Fête à
la paix, fixée au 18 brumaire. -- Lord Cornwallis,
plénipotentiaire au congrès d'Amiens, assiste à cette
fête. -- Accueil qu'il reçoit du peuple de Paris. --
Banquet de la Cité à Londres. -- Témoignages
extraordinaires de sympathie que se donnent en ce moment
les deux nations. 113 à 193
LIVRE DOUZIÈME.
CONCORDAT.