quitté la Malmaison dans un véritable désordre d'esprit, et s'était
rendu en hâte à Paris, pour écrire à sa cour des dépêches toutes
pleines de l'épouvante dont il était rempli lui-même. M. de
Talleyrand, de son côté, écrivit à M. de Cacault une dépêche conforme
à l'entretien de la Malmaison. Il lui enjoignit de se rendre auprès du
Pape et du cardinal Consaivi, de leur déclarer que le Premier Consul,
plein de confiance dans le caractère personnel du Saint-Père, n'en
avait pas autant dans son gouvernement; qu'il était résolu à
interrompre une négociation trop peu sincère, et que lui, M. de
Cacault, avait ordre de quitter Rome sous cinq jours, si le projet de
Concordat n'était pas adopté immédiatement, ou n'était adopté qu'avec
des modifications. M. de Cacault, en effet, avait pour instruction de
se retirer dans ce délai à Florence, et d'attendre là que le Premier
Consul lui fit connaître ses volontés.
[En marge: Le cardinal Consalvi se décide à se rendre à Paris.]
Cette dépêche parvint à Rome dans les derniers jours de mai. Elle
chagrina fort M. de Cacault, qui craignait, par les nouvelles dont il
était porteur, de troubler, peut-être de pousser à des résolutions
désespérées, le gouvernement romain, qui craignait surtout d'affliger
un pontife pour lequel il n'avait pu se défendre de concevoir un
véritable attachement. Cependant les ordres du Premier Consul étaient
tellement absolus, qu'il n'y avait aucun moyen d'en éluder
l'exécution. M. de Cacault se rendit donc auprès du Pape et du
cardinal Consalvi, leur montra ses instructions, qui leur causèrent à
tous deux une vive douleur. Le cardinal Consalvi en particulier, qui
se voyait clairement désigné dans les dépêches du Premier Consul,
comme l'auteur des interminables délais de cette négociation, se
sentait mourir d'épouvante. Il avait peu de torts néanmoins, et les
formes surannées de cette chancellerie, la plus vieille du monde,
étaient la seule cause des lenteurs dont se plaignait le Premier
Consul, au moins depuis que l'affaire était portée à Rome. M. de
Cacault proposa au Pape et au cardinal Consalvi une idée, qui les
surprit et les troubla d'abord, mais qui leur parut ensuite la seule
voie de salut.--Vous ne voulez pas, leur dit-il, adopter le Concordat
venu de Paris, dans toutes ses expressions; eh bien! que le cardinal
lui-même se rende en France, revêtu de vos pouvoirs. Il se fera
connaître au Premier Consul, il lui inspirera confiance; il en
obtiendra les changements de rédaction indispensables. Si quelque
difficulté se rencontre, il sera là pour la lever. Il préviendra, par
sa présence sur les lieux, les pertes de temps, qui blessent surtout
le caractère impatient du chef de notre gouvernement. Vous serez tirés
ainsi d'un grand péril, et les affaires de la religion seront
sauvées.--C'était pour le Pape une grande douleur de se séparer d'un
ministre dont il ne savait plus se passer, et qui seul lui donnait la
force de supporter les peines de la souveraineté. Il était plongé dans
des perplexités affreuses, trouvant très-sage l'idée de M. de Cacault,
mais cruelle la séparation qu'on lui proposait.
[En marge: Agitations du Pape, et terreurs du cardinal Consalvi.]
Cette faction implacable, composée non-seulement des émigrés, mais de
tous les gens qui, en Europe, détestaient la Révolution française,
cette faction, qui aurait désiré une guerre éternelle avec la France,
qui avait vu avec douleur la fin de la guerre civile en Vendée, et qui
voyait avec non moins de douleur la fin prochaine du schisme,
assiégeait Rome de lettres, la remplissait de propos, couvrait ses
murs de placards. On disait, par exemple, dans l'un de ces placards,
que Pie VI pour sauver la foi avait perdu le Saint-Siége, et que Pie
VII pour sauver le Saint-Siége perdrait la foi[12]. Les invectives
dont il était l'objet, n'ébranlaient pas chez ce pontife sensible,
mais dévoué à ses devoirs, la résolution de sauver l'Église, malgré
tous les partis, malgré le parti de l'Église elle-même; mais il en
souffrait cruellement. Le cardinal Consalvi était son confident, son
ami; s'en séparer était pour lui une peine poignante. Le cardinal à
son tour était effrayé de se voir à Paris, dans ce gouffre
révolutionnaire, qui avait dévoré, lui disait-on, tant de victimes. Il
tremblait à la seule idée de se trouver en présence de ce redoutable
général, objet tout à la fois d'admiration et de crainte, que
monsignor Spina lui dépeignait comme particulièrement irrité contre le
secrétaire d'État. Ces malheureux prêtres se faisaient mille idées
fausses sur la France, sur son gouvernement; et, tout amélioré qu'on
le disait, ils frémissaient à la seule pensée d'être un moment entre
ses mains. Le cardinal se décida donc, mais comme on se décide à
braver la mort.--Puisqu'il faut une victime, dit-il, je me dévoue, et
je m'en remets à la Providence.--Il eut même l'imprudence d'écrire à
Naples des lettres conformes à ces paroles, lettres qui furent connues
de notre ministre à Naples, et communiquées au Premier Consul.
Celui-ci heureusement les jugea plutôt risibles qu'irritantes.
[Note 12:
Pio VI per conservar la fede
Perde la sede.
Pio VII per conservar la sede
Perde la fede.]
[En marge: Juin 1801.]
Mais le voyage à Paris du secrétaire d'État, était loin de lever
toutes les difficultés, et de prévenir tous les dangers. Le départ de
M. Cacault et sa retraite à Florence, où résidait le quartier-général
de l'armée française, allait être une manifestation funeste peut-être
pour les deux gouvernements de Rome et de Naples. Ces deux
gouvernements, en effet, étaient continuellement menacés par les
passions comprimées, et toujours ardentes, des patriotes italiens.
Celui du Pape était odieux aux hommes qui ne voulaient plus être
gouvernés par des prêtres, et le nombre de ces hommes était grand dans
l'État romain; celui de Naples était justement abhorré pour le sang
qu'il avait répandu. Le départ de M. de Cacault pouvait être pris
comme une sorte de permission, donnée aux mauvaises têtes italiennes,
d'essayer quelque tentative dangereuse. Le Pape le craignait ainsi. On
convint alors, pour prévenir toute interprétation fâcheuse, de faire
partir ensemble M. de Cacault et le cardinal Consalvi, lesquels
devaient voyager de concert jusqu'à Florence. M. de Cacault en
quittant Rome y laissa son secrétaire de légation.
[En marge: Départ du cardinal Consalvi pour Paris.]
MM. Consalvi et de Cacault sortirent de Rome le 6 juin (17 prairial),
et s'acheminèrent vers Florence. Ils voyageaient dans la même voiture,
et partout le cardinal montrait aux populations M. de Cacault en leur
disant: Voilà le ministre de France; tant il avait envie qu'on sût
qu'il n'y avait pas rupture. L'agitation en Italie fut assez vive.
Cependant elle ne produisit rien de fâcheux, dans le moment, car on
attendait pour essayer quelque chose, que les dispositions du
gouvernement français fussent plus claires. Le cardinal Consalvi se
sépara de M. de Cacault à Florence, et s'achemina en tremblant vers
Paris[13].
[Note 13:
Florence, le 19 prairial an IX.
_François Cacault, ministre plénipotentiaire de la République
française à Rome, au citoyen ministre des relations
extérieures._
CITOYEN MINISTRE,
Me voilà arrivé à Florence. Le cardinal secrétaire d'État est
parti de Rome avec moi. Il est venu me prendre à mon logis.
Nous avons fait route ensemble dans le même carrosse. Nos
gens suivaient de la même manière dans la seconde voiture, et
la dépense de chacun était payée par son courrier respectif.
Nous étions regardés partout d'un air ébahi. Le cardinal
avait grande peur qu'on imaginât que je me retirais à
l'occasion d'une rupture; il disait sans cesse à tout le
monde: _Voilà le ministre de France._ Ce pays, écrasé des
maux passés de la guerre, frissonne à la moindre idée de
mouvements de troupes. Le gouvernement romain a plus de peur
encore de ses propres sujets mécontents, surtout de ceux qui
ont été alléchés à l'autorité et au pillage par l'espèce de
révolution passée. Nous avons ainsi prévenu et dissipé à la
fois les frayeurs mortelles et les espérances téméraires. Je
pense que la tranquillité de Rome ne sera pas troublée.
Le cardinal a passé ici la journée du 18 en grande et
ostensible amitié avec le général Murat, qui lui a fait
donner un logement et une garde d'honneur. Il a fait la même
chose pour moi. Je n'ai rien accepté, je suis logé à
l'auberge.
Le cardinal est parti ce matin pour Paris. Il arrivera peu de
temps après ma dépêche; il ira extrêmement vite. Le
malheureux sent bien que s'il échouait il serait perdu sans
ressource, et que tout serait perdu pour Rome. Il est pressé
de savoir son sort. Je lui ai fait sentir qu'un grand moyen
de tout sauver était d'user de diligence, parce que le
Premier Consul avait des motifs graves de conclure vite et
d'exécuter promptement.
J'avais essayé à Rome d'amener le Pape à signer seulement le
Concordat, et s'il m'eût accordé ce point je ne serais pas
parti de Rome; mais cette idée ne m'a pas réussi.
Vous jugez bien que le cardinal n'est pas envoyé à Paris pour
signer ce que le Pape a refusé de signer à Rome; mais il est
premier ministre de Sa Sainteté et son favori, c'est l'âme du
Pape qui va entrer en communication avec vous. J'espère qu'il
en résultera un accord concernant les modifications. Il
s'agit de phrases, de paroles qu'on peut retourner de tant de
manières qu'à la fin on saisira la bonne.
Le cardinal porte au Premier Consul une lettre confidentielle
du Pape et le plus ardent désir de terminer l'affaire. C'est
un homme qui a de la clarté dans l'esprit. Sa personne n'a
rien d'imposant, il n'est pas fait à la grandeur; son
élocution un peu verbeuse n'est pas séduisante; son caractère
est doux et son âme s'ouvrira aux épanchements, pourvu qu'on
l'encourage avec douceur à la confiance.
J'ai écrit à Madrid, à l'ambassadeur Lucien Bonaparte, en
quoi consistait cet éclat du voyage à Paris du cardinal
Consalvi et de ma retraite à Florence. J'ai également fait
connaître aux ministres à Rome de l'Empereur et du roi
d'Espagne qu'il n'y avait aucune apparence de guerre avec le
Pape.
Je vous salue respectueusement.
CACAULT.]
Dans cet intervalle, le Premier Consul, en recevant de Rome le projet
amendé, et reconnaissant que les différences étaient plutôt de forme
que de fond, s'était calmé. La nouvelle que le cardinal Consalvi
venait lui-même, pour achever de mettre d'accord le Saint-Siége avec
le cabinet français, le satisfit complétement. Il y voyait la
certitude d'un arrangement prochain, et en outre un grand lustre pour
son gouvernement. Il s'apprêta donc à faire le meilleur accueil au
premier ministre de la cour romaine.
[En marge: Arrivée du cardinal Consalvi, et entrevue avec le Premier
Consul.]
Le cardinal Consalvi arriva le 20 juin (1er messidor) à Paris. L'abbé
Bernier et monsignor Spina accoururent pour le recevoir, et le
rassurer sur les dispositions du Premier Consul. On convint du costume
dans lequel il serait présenté à la Malmaison, et il s'y rendit, fort
ému de l'idée de voir le général Bonaparte. Celui-ci, bien averti,
n'eut garde d'ajouter au trouble du cardinal. Il déploya tout l'art de
langage dont la nature l'avait doué, pour s'emparer de l'esprit de son
interlocuteur, pour lui montrer à fond ses intentions franchement
bienveillantes envers l'Église, pour lui rendre sensibles les
difficultés graves attachées au rétablissement du culte public en
France, et surtout pour lui faire comprendre que l'intérêt qu'on avait
à ménager l'esprit français, était bien plus grand que celui qu'on
pouvait avoir à ménager les ressentiments des prêtres, des émigrés,
des princes déchus, méprisés et abandonnés de l'Europe en ce moment.
Il déclara au cardinal Consalvi, qu'il était prêt à transiger sur
certains détails de rédaction qui offusquaient la cour de Rome, pourvu
qu'au fond on lui accordât ce qu'il regardait comme indispensable, la
création d'un établissement ecclésiastique tout à fait nouveau, qui
fût son ouvrage, et qui réunît les prêtres sages et respectables de
tous les partis.
[En marge: Dernières prétentions de la cour romaine.]
Le cardinal sortit pleinement rassuré de cette entrevue avec le
Premier Consul. Il se montra peu dans Paris, observa une réserve
convenable, également éloignée d'une sévérité outrée et de cette
facilité italienne, tant reprochée aux prêtres romains. Il accepta
quelques invitations chez les ministres et les Consuls, mais refusa
constamment de se montrer dans les lieux publics. Il se mit à l'oeuvre
avec l'abbé Bernier, pour résoudre les dernières difficultés de la
négociation. Deux points faisaient surtout obstacle à l'accord des
deux gouvernements: l'un relatif au titre de _Religion d'État_, qu'on
cherchait à obtenir pour la religion catholique, l'autre à la
déposition des anciens titulaires. Le cardinal Consalvi voulait que
pour justifier, aux yeux de la chrétienté, les grandes concessions
faites au Premier Consul, on pût alléguer une solennelle déclaration
de la République française, en faveur de l'Église catholique; il
voulait qu'on proclamât du moins la religion catholique _Religion
dominante_, qu'on promît l'abrogation des lois qui lui étaient
contraires, que le Premier Consul s'engageât à la professer
publiquement de sa personne. On regardait son exemple comme devant
être d'un effet tout-puissant sur l'esprit des populations.
L'abbé Bernier répétait que proclamer une _religion d'État_ ou une
_religion dominante_, c'était alarmer les autres cultes, faire
craindre le retour d'une religion envahissante, oppressive,
intolérante, etc., etc.; qu'il était impossible d'aller au delà de la
déclaration d'un fait, c'est que la majorité des Français était
catholique. Il ajoutait que, pour abroger les lois antérieures, il
fallait le concours du pouvoir législatif, ce qui jetterait le cabinet
français dans des embarras inextricables; que le gouvernement, comme
gouvernement, ne pouvait professer une religion; que les Consuls
pouvaient la professer de leur personne, mais que ce fait, tout
individuel et en quelque sorte privé, n'était pas de nature à figurer
dans un traité. Quant à la conduite personnelle du Premier Consul,
l'abbé Bernier disait tout bas qu'il assisterait à un _Te Deum_, à
une messe, mais que les autres pratiques du culte, il ne fallait pas
les attendre de lui, et qu'il y avait des choses que le discernement
du cardinal devait renoncer à exiger, car elles produiraient un effet
plutôt fâcheux que salutaire. On convint enfin d'un préambule, qui, se
liant à l'article premier, remplissait à peu près les vues des deux
légations.
[En marge: La religion catholique déclarée religion de la majorité des
Français.]
_Le gouvernement_, disait-on, _reconnaissant que la religion
catholique était la religion de la grande majorité des Français..._
_Le Pape de son coté reconnaissant que cette religion avait retiré, et
attendait encore dans ce moment le plus grand bien du rétablissement
du culte catholique en France, et de la profession particulière qu'en
faisaient les Consuls de la République, etc..._
Par ce double motif les deux autorités, pour le bien de la religion et
pour le maintien de la tranquillité intérieure, établissaient (article
premier) _que la religion catholique serait exercée en France, et que
son culte serait public, en se conformant aux règlements de police
jugés nécessaires pour le maintien de la tranquillité;_ (article
second) _qu'il y aurait une nouvelle circonscription, etc._
[En marge: Le cardinal Consalvi demande qu'on dispense le Pape de
déposer les anciens titulaires.]
Ce préambule remplissait suffisamment l'intention de toutes les
parties, car il proclamait hautement le rétablissement du culte,
rendait sa profession publique en France comme autrefois, faisait de
la profession de ce culte par les Consuls un fait particulier,
personnel aux trois Consuls en exercice, plaçait cette allégation dans
la bouche du Pape, et non dans celle du chef de la République. Ces
premières difficultés paraissaient donc heureusement vaincues.
Venaient ensuite les contestations relatives à la déposition des
anciens titulaires. On était d'accord sur le fond, mais le cardinal
Consalvi demandait qu'on épargnât au Pape la douleur de prononcer dans
un acte public la déposition des anciens évêques français. Il
promettait que ceux qui refuseraient leur démission, ne seraient plus
considérés comme titulaires, et que le Pape consentirait à leur donner
des successeurs; mais il ne voulait pas que cela fût formellement
contenu dans le Concordat. Le Premier Consul se montra inflexible sur
ce point, et sauf rédaction, exigea qu'il fût dit en termes positifs
que le Pape s'adresserait aux anciens titulaires, qu'il leur
demanderait la résignation de leurs siéges, laquelle il attendait avec
confiance de leur amour de la religion, et que s'ils refusaient, _il
serait pourvu par de nouveaux titulaires au gouvernement des évêchés
de la circonscription nouvelle_. C'étaient les propres expressions du
traité.
Les autres conditions n'étaient pas contestées. Le Premier Consul
devait nommer, le Pape devait instituer les évêques. Cependant le
cardinal Consalvi réclama, et le Premier Consul accorda une réserve,
par laquelle il était dit que, dans le cas où le Premier Consul serait
protestant, une convention nouvelle serait faite, pour régler le mode
des nominations. Il était stipulé que les évêques nommeraient les
curés, et les choisiraient parmi des sujets agréés par le
gouvernement. La question du serment était résolue, par l'adoption
pure et simple du serment que les évêques prêtaient anciennement aux
rois de France. Le Saint-Siége avait réclamé avec raison, et on avait
accordé sans difficulté, l'autorisation d'établir des séminaires pour
le recrutement du clergé, mais sans obligation de les doter de la part
de l'État. L'engagement de ne pas troubler les acquéreurs de biens
nationaux était formel. La propriété des biens acquis leur était
expressément reconnue. Il était dit que le gouvernement prendrait des
mesures pour que le clergé fût convenablement salarié, pour que tous
les anciens édifices du culte et tous les presbytères non encore
aliénés lui fussent rendus. Il était convenu que la permission de
faire des donations pieuses serait accordée aux fidèles, mais que
l'État en réglerait la forme. On s'était secrètement mis d'accord sur
cette forme, qui était celle de rentes sur le grand livre, vu que le
Premier Consul ne voulait à aucun prix rétablir les biens de
main-morte. Cette disposition devait se trouver dans des règlements
ultérieurs sur la police des cultes, que le gouvernement avait seul le
pouvoir de faire.
Quant aux prêtres mariés, le cardinal avait donné sa parole qu'un bref
d'indulgence serait immédiatement publié; mais il demandait qu'un acte
de charité religieuse, émanant de la clémence du Saint-Père, conservât
son caractère libre, spontané, et ne passât point pour une condition
imposée au Saint-Siége. Cette considération fut accueillie.
[En marge: Accord sur tous les points contestés.]
On était enfin d'accord sur toutes choses, et d'après des bases
raisonnables, qui garantissaient à la fois l'indépendance de l'Église
française, et sa parfaite union avec le Saint-Siége. Jamais on n'avait
fait avec Rome une convention plus libérale, et en même temps plus
orthodoxe; et il faut reconnaître qu'on avait arraché au Pape une
résolution grave, mais parfaitement justifiée par les circonstances,
celle de déposer les anciens titulaires qui refuseraient de se
démettre. Il fallait donc se tenir pour satisfait, et conclure.
[En marge: Derniers efforts tentés par les adversaires du Concordat
pour empêcher la signature.]
[En marge: Concile du clergé constitutionnel.]
[En marge: L'abbé Grégoire.]