CHAPITRE V.

[349] «Entre les dits affaires auxquels il a fallu donner patience,

l’un des principaux ont esté les plaintes que nous avons reçues de

plusieurs de nos provinces et villes catholiques de ce que l’exercice

de la religion catholique n’étoit pas universellement rétabli, comme

il est porté par les édits cy-devant faits pour la pacification des

troubles, à l’occasion de la religion; comme aussi les supplications

et remontrances qui nous ont esté faites par nos sujets de la religion

prétendue réformée, tant sur l’exécution de ce qui leur est accordé

par lesdits édits, que sur ce qu’ils désiroient y estre ajouté pour

l’exercice de leur dite religion, la liberté de leur conscience, et la

sureté de leurs personnes et fortunes, présumant avoir juste sujet d’en

avoir nouvelles et plus grandes appréhensions, à cause de ces derniers

troubles et mouvemens, dont le principal prétexte et fondement a esté

sur leur ruine.» (_Préambule de l’édit de Nantes, avril 1598_).

J’invite mes lecteurs à lire l’édit de Nantes, et à faire une attention

particulière aux articles 3, 4, 7, 14, 20, 23, 25, 27, 34, sur lesquels

je fais quelques remarques dans le corps de mon ouvrage.

Quelque envie que j’aie d’être court, je ne puis me dispenser de

rapporter ici l’article 90. «Les acquisitions que ceux de la dite

religion prétendue réformée et autres qui ont suivi leur parti, auront

faites par autorité d’autre que des feus rois nos prédécesseurs, pour

les immeubles appartenans à l’église, n’auront aucun lieu ni effet;

ains ordonnons, voulons et nous plaît que lesdits ecclésiastiques

rentrent incontinent et sans délai, et soient conservés en la

possession et jouissance réelle et actuelle des dits biens ainsi

alienez, sans être tenus de rendre le prix des dites ventes, et ce

non obstant lesdits contrats de vendition, lesquels à cet effet nous

avons cassé et revoqué comme nuls, sans toutefois que lesdits acheteurs

puissent avoir recours contre les chefs, par l’autorité desquels

lesdits biens auront été vendus; et néanmoins pour le remboursement

des deniers par eux véritablement et sans fraude déboursés, seront

expédiées nos lettres patentes de permission à ceux de la dite religion

d’imposer et égaler sur eux les sommes à quoi se montèrent lesdites

ventes, sans qu’iceux acquéreurs puissent prétendre aucune action pour

leurs dommages et intérêts, à faute de jouissance; ains se contenteront

du remboursement des deniers par eux fournis pour le prix des dites

acquisitions précomptant sur icelui prix les fruits par eux perçus, en

cas que la dite vente se trouvât faite à trop vil et injuste prix.»

Quels législateurs que les hommes qui ont fait l’édit de Nantes?

Craignoient-ils que les esprits ne fussent pas assez divisés par les

intérêts de la religion? Le dernier jour du même mois d’avril 1598,

Henri IV donna une espèce de déclaration contenant 57 articles. «Outre

et par dessus les articles contenus en notre édit fait et ordonné au

présent mois sur le fait de la religion prétendue réformée, nous en

avons encore accordé quelques particuliers, lesquels nous n’aurions

point estimé nécessaire de comprendre au dit édit, et lesquels

néanmoins voulons qu’ils soient observez, et ayent même effet que s’ils

y étoient compris, et à celle fin qu’ils soient lus et enrégistrez

es greffes de notre cour de parlement pour y avoir recours lorsqu’il

en sera besoin, et le cas y écherra; à cette cause, &c.» Ce procédé

n’est pas net. Une loi ne sauroit être trop méditée; toutes ces

déclarations subséquentes qu’on donne pour l’affermir, ne sont bonnes

qu’à l’affoiblir: on soupçonne le législateur de mauvaise foi, de

précipitation et d’ignorance; et les esprits conçoivent des défiances

ou des espérances dangereuses.

[350] Voyez dans le livre 5 le chapitre où j’ai fait voir par quelles

causes l’Angleterre a vu s’élever un gouvernement libre sur les ruines

de ses fiefs. J’ai eu soin d’observer que les assemblées de la nation

ne jouissoient plus des droits qui leur sont propres, quand les guerres

civiles furent allumées sous Charles I. A l’égard du corps germanique,

tout le monde sait que les diètes et les tribunaux de l’empire ne

jouissoient que d’une fausse liberté avant la guerre qui fut terminée

par la paix de Westphalie. C’est cette paix qui a donné une forme

constante au gouvernement.

Collection complète des oeuvres de l'Abbé de Mably, Volume 3 (of 15) · 第 38 / 49 题