Je ne me croyais pas destiné à entrer en relations avec l’administration
de la rue Guénégaud. Pourtant cela est arrivé, mais je crois qu’elles
resteront lointaines. Elle n’est pas, en effet, très engageante. Que
fait-on rue Guénégaud? On y poinçonne les matières d’or et d’argent, on
y paie des droits de douane pour lesdites matières. C’est un embêtement
particulier auquel j’avais jusqu’ici échappé. Donc voici la lettre que
la poste me fit hier parvenir: «A M. (le reste en blanc). Timbre de
bureau (absent). J’ai l’honneur de vous informer qu’un objet à votre
adresse, originaire de Pékin, qui paraît contenir des matières soumises
aux droits de garantie, doit être ouvert par vous-même au bureau de la
Garantie, rue Guénégaud, 4, à Paris, le 4 avril, à 10 heures du matin.
Vous êtes donc prié de vous rendre au bureau indiqué, au jour et à
l’heure fixés.» Dans la suite, on me menace, si je n’obtempère pas, des
plus grands malheurs, notamment de voir ledit objet versé au bureau des
rebuts «conformément aux dispositions des articles 903 et 937 de
l’Instruction générale sur le service des postes». Une note m’avertit
que si je me présente, il faut me munir de pièces justificatives, comme
diplôme universitaire, contrat de mariage, permis de chasse, etc., mais
que je puis me faire représenter par un fondé de pouvoirs justifiant
d’une procuration régulière. (Régulière! Ce mot fait frémir.) Or, de
quoi s’agit-il? Je le sais à peu près. De quelque sceau ou cachet
chinois en bronze, peut-être en argent, d’une valeur légale de trente ou
quarante sous. J’irai voir au bureau des rebuts, ne fût-ce que pour me
gausser d’une administration imbécile. Notez que l’adresse de la lettre
administrative est incorrecte, que mon nom y est estropié, que cela me
met dans l’impossibilité ou de justifier de mon identité, ou de faire
établir une procuration valable, et cela à moins d’un faux. Les
administrations ne peuvent rien faire simplement. Ce sont de grandes
voleuses de temps.