«La médecine restera dans l’empirisme tant que la monarchie
traditionnelle et héréditaire ne sera pas rétablie en France.» Quand
j’ai lu le matin une belle phrase, j’ai du plaisir pour toute la
journée, car si j’aime à raisonner, j’aime encore plus à entendre
déraisonner. C’est pourquoi je goûte assez peu les écrits qui flattent
mes opinions ou qui font appel au bon sens (chacun est d’avis que c’est
la même chose). Une telle lecture d’ailleurs engendre la paresse de
l’esprit. Les élucubrations adverses, au contraire, en éveillant la
contradiction, le maintiennent en état de bataille. C’est sain, c’est
ravigotant. Mais il ne suffit pas de la contradiction pour allumer de la
joie; il faut que cette contradiction prenne un tour bien absurde ou
bien obscur, bien péremptoire, bien aphoristique. Je pense que la phrase
ci-dessus répond à ces conditions. Je l’ai trouvée dans une citation,
dois-je dire, et il est probable que je n’en connaîtrai jamais ni le
commencement ni la suite. Mais y a-t-il une suite? Cela m’a l’air de la
conclusion d’un long raisonnement. Il doit être beau. J’y rêve.
Cependant je ne me chargerais pas de le refaire. S’il s’appuie sur les
bases historiques, j’ose dire que ces bases me sont inconnues, mais il y
a tant de manières de lire l’histoire! J’ai plutôt vu l’empirisme en
médecine coïncider avec l’ancien régime, mais je ne voudrais pas établir
une relation de cause à effet entre ces deux états. Peut-être que je
suis un esprit timoré, mais cela m’est impossible. De même je ne vois
pas bien comment on peut être amené à découvrir qu’une Restauration
monarchique s’opposerait au règne de l’empirisme en médecine. Je dédie
ce raisonnement, dont je n’ai découvert que la beauté, non le secret, au
_Spectateur_, organe philosophique qui s’est fait un jeu de démontrer
les mécanismes les plus complexes de la pensée. Voilà de quoi exercer sa
perspicacité.