Il y a une vingtaine d’années, on avait des inquiétudes sur l’avenir des
gisements de charbon de terre. Des pessimistes affirmaient même qu’ils
seraient épuisés dans moins d’un siècle, peut-être, et on se demandait
déjà par quelle force remplacer cette force mourante. Certes, nous ne
serions pas pris au dépourvu, la houille blanche se substituerait à la
houille noire, voilà tout, mais que de troubles mécaniques en
perspective, que de luttes et quel imprévisible déplacement des centres
industriels! Aujourd’hui nous sommes à peu près rassurés. Le congrès
géologique de Toronto vient d’évaluer à sept ou huit cents ans la durée
des réserves de houille du monde entier: nous avons le temps de nous
retourner. Pourtant, huit cents ans sont bientôt passés. Il y a huit
cents ans, c’était l’âge des cathédrales, qui n’est pas très loin, en
somme. Huit cents ans, c’est quelques générations, et quelques
générations encore suffiront donc à changer la face de la terre. Avant
cela même, on parlera des mines de houille comme de choses d’un autre
âge et on plaindra les hommes qui étaient obligés d’avoir recours à des
moyens si barbares, si lourds, pour créer de la force. Il y a longtemps
sans doute que l’électricité atmosphérique sera le moteur universel et
dans des conditions dont nous ne pouvons avoir aucune idée et sur
lesquelles il vaut mieux ne pas exercer son imagination. Cependant,
l’homme sera toujours pareil à lui-même, pourvu du même corps, de la
même âme, des mêmes passions, des mêmes désirs, du même ennui. Remontez
à huit cents ans en arrière et même à huit fois huit cents ans, vous le
voyez occupé des mêmes problèmes et des mêmes futilités, et il en sera
de même jusqu’à la consommation des siècles. Amen.