On joue ou on a joué au cinéma une histoire qui a quelques analogies
avec celle du collier de perles. Un négociant envoie son commis chercher
un collier ou tel joyau chez un correspondant qui le tient à sa
disposition. Le voyage comporte voitures, trains, bateaux, et le commis
se sent très surveillé par une bande de gens suspects. Mais il a eu
recours à une ruse hardie et singulière: il a placé le collier au fond
de sa blague à tabac qu’il manipule avec désinvolture, et c’est de là
qu’il extrait à son arrivée le joyau convoité. Cela rappelle un peu,
comme donnée fondamentale, la lettre volée de Poë: traiter l’objet
précieux comme s’il était sans importance. Il y a en Europe (il y en a
ailleurs) un pays dont la probité postale est médiocre. On considère
qu’une lettre recommandée y est en danger. Cette manière d’attirer
l’attention l’attire vraiment trop; on préfère risquer le tout pour le
tout, et je me souviens qu’un touriste, ayant à s’y faire envoyer de
l’argent, demanda qu’on glissât les billets de banque dans une simple
enveloppe comme lettre ordinaire. «Comme cela, dit-il, cela m’arrivera
peut-être!» Cela arriva. La manutention d’un collier de perles de
plusieurs millions est plus délicate. Je n’en connais pas les dernières
nouvelles, mais je ne crois pas que le négociant en question ait choisi
le moyen le plus sûr. Le commencement de l’histoire l’a bien prouvé, et
à moins qu’elle ne recèle d’étranges surprises, elle prendra place dans
les vols célèbres, de ceux qui «honorent» le plus un voleur. Mais que
l’on puisse charger la poste, moyennant cent sous, d’une commission de
trois millions, voilà qui me semblera toujours singulier. Il y a trop
grande disproportion entre le salaire et la valeur du service demandé.
Alors, comment faire? Je n’ai jamais, je l’avoue, interrogé mon
imagination à ce sujet. Elle ne me répondrait peut-être que des bêtises,
d’ailleurs. C’est assez probable.