Je me suis arrêté longtemps, l’autre jour, au Jardin des Plantes, devant
un maki, de Madagascar, tout vêtu de velours noir brodé de blanc. Le bel
animal! Et s’il était parmi nos ancêtres, par hasard, que nous serions
dégénérés, avec notre peau au jaune rosâtre, maigrement couverte de
poils rudes! Il est vraiment heureux que nous ayons inventé l’art du
vêtement, car nous ferions tout nus triste figure parmi la nature aux
formes et aux couleurs harmonieuses. Certes, la femelle de l’homme est
généralement, dans sa jeunesse du moins, plus présentable que le mâle,
mais outre que cela est bien fugitif, il ne faut pas douter que cette
beauté ne soit en grande partie la créature de notre désir, tandis que
la beauté de certains animaux frappe directement notre sens esthétique.
Les Grecs, qui avaient ce sens beaucoup plus développé que nous ne
l’aurons jamais, avaient travaillé la forme humaine pour lui donner un
rang honorable parmi les formes animales et ils avaient commencé par la
râcler de son vilain poil, par la frotter d’huile, par la rendre d’une
couleur luisante et homogène. C’est ainsi qu’il faut se représenter les
athlètes grecs. Je doute que les hommes nus de nos collèges d’athlètes
donnent un spectacle très satisfaisant. Nous n’avons emprunté aux Grecs
que leurs exercices musculaires: cela ne suffit pas au point de vue
esthétique: un homme en caleçon et qui saute n’est pas nécessairement un
bel animal. Le Maki me séduit davantage, bien qu’en sa qualité de
lémurien il marche à quatre pattes. La supériorité de l’animal sera
toujours qu’il n’a qu’à se présenter pour être beau. Il n’a besoin pour
cela de nul effort, de nul travail. Pauvre homme, quel mal il se donne
pour n’être pas digne de beaucoup d’admiration!