9o _DE L’OUAD TIFNOUT A MERRAKECH_. — On gagne Dou Ougadir : de

là on remonte l’Ouad Izgrouzen jusqu’à sa source. Celle-ci se

trouve à la crête du Grand Atlas, au Tizi n Tamejjout. On franchit

la chaîne à ce col et on débouche dans la vallée de l’Ouad

Agoundis. On en descend le cours en traversant un grand nombre de

villages, dont voici les principaux : Tizi n Idikel, Tizi n Glouli,

Igisel, Iṛal n Ṛbar, Iberziz, Azgrouz, Agoundis, Taourbart, Dar

el Mrabṭin, Ijjoukak, Dar El Genṭafi. De là on suit la vallée

de l’Ouad Nfis : le reste de l’itinéraire est le même qu’à

l’article précédent.

Le cours de l’Ouad Agoundis est sous l’autorité de Qaïd El

Genṭafi. Ce personnage, dans la famille de qui le pouvoir est

héréditaire depuis de longues générations, est célèbre dans

tout le Maroc par ses immenses richesses : plusieurs légendes ont

cours sur leur origine : les uns disent qu’il existe une mine

d’or sous son château, d’autres prétendent qu’il a trouvé

la pierre philosophale. Pendant longtemps le Genṭafi a été

insoumis. Il y a quelques années, Moulei El Ḥasen résolut de

faire une expédition contre lui. Le Genṭafi n’osa résister ;

il préféra désarmer le sultan par des présents : à son approche,

il alla au-devant de lui, se faisant précéder par des cadeaux dont

voici l’énumération : 100 nègres, 100 négresses, 100 chevaux,

100 vaches avec leurs veaux, 100 chamelles avec leurs petits. Devant

de tels dons, Moulei El Ḥasen se tint pour satisfait. Il reçut

la soumission du chikh et lui laissa son pouvoir, en lui donnant le

titre de qaïd. Seulement il emmena deux de ses filles, dont il fit

ses épouses : le Genṭafi a ainsi l’honneur d’être beau-père

du sultan. Mais, de son côté, celui-ci a des otages précieux qui

lui répondent de la fidélité du puissant qaïd. Lorsque ce dernier

vient à Merrâkech, il y est fort bien reçu, mais il ne lui est

permis ni de voir ni d’entretenir ses filles.

10o _DE TINTAZART (TATTA) A MERRAKECH_. — Tintazart, Afra, Imi

n ou Aqqa (kheneg désert), Ti n Iargouten (qçar des Aït Ḥamid,

Chellaḥa vassaux des Aït Jellal) ; Aït el Ḥazen (tribu formée de

plusieurs villages situés sur la rivière du même nom ; versant nord

du Petit Atlas) ; Arbạa Ammeïn (village avec marché le mercredi ;

il fait partie d’Ammeïn, groupe de plusieurs villages situés sur

l’Ouad Aït Semmeg) ; Tizi n Sous (c’est le col dont nous avons

parlé plus haut, celui où se trouve la qoubba de Sidi Bou Reja) ;

Aoulouz ; on gravit la montagne d’Aougeddimt, et on gagne le village

de Taleouin ; on traverse l’Ouneïn ; de l’Ouneïn on entre dans

le désert, où l’on franchit le mont Ouichdan, très haut massif

dont le sommet est presque toujours couronné de neige. De là on

passe à l’Ouad Nfis : on le descend assez longtemps, puis on gagne

successivement Tagadirt el Bour, Kik, Ouizil, Akreïch, Merrâkech.

Distances : de Tintazart à Imi n ou Aqqa comme de Tintazart à Foum

Meskoua.

d’Imi n ou Aqqa à Talella comme de Tintazart à Foum

Meskoua.

de Talella aux Aït Ḥamid comme de Tintazart à Tiiggan.

des Aït Ḥamid aux Aït el Ḥazen comme de Tintazart à

l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa).

des Aït el Ḥazen à Arbạa Ammeïn comme de Tintazart à Foum

Meskoua.

d’Arbạa Ammeïn à Tizi n Sous comme de Tintazart à Foum

Meskoua.

de Tizi n Sous à Aoulouz comme de Tintazart à Foum

Meskoua.

d’Aoulouz à Taleouin comme de Tintazart à Aqqa.

de Taleouin à Djebel Ouichdan comme de Tizi n Tzgert à

l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa).

de Tagadirt el Bour à Kik comme de Tintazart à Aqqa.

de Kik à Ouizil comme de Tintazart à Adis.

d’Ouizil à Akreïch comme de Tintazart à Adis.

d’Akreïch à Merrâkech comme de Tintazart à Foum Meskoua.

IV.

SAHEL.

=Tribu des Haha.=

Le pays des Ḥaḥa est merveilleux de fertilité et encore assez

riche, bien qu’après avoir été pressuré par Ould Bihi (le dernier

d’une famille de qaïds héréditaires qui a longtemps été à

la tête de la tribu), désolé par Anflous (serviteur d’Ould Bihi

qui usurpa le pouvoir après que ce dernier eut été empoisonné par

le sultan, et qui fut, lui aussi, pris par trahison et mis à mort),

il soit aujourd’hui horriblement opprimé par le makhzen. A chaque

pas, on voit des ruines, des maisons détruites, des tours à demi

renversées : ce sont les traces qu’a laissées la courte domination

d’Anflous. A chaque pas, on entend les plaintes des habitants sur les

déprédations des représentants actuels du sultan : un homme a-t-il

quelque bien, on le dépouille aussitôt. Aussi beaucoup de Ḥaḥa

(on dit Ḥaḥa en arabe, et Iḥaḥan en tamaziṛt) cherchent-ils

à obtenir la protection de consuls chrétiens de Mogador. Malgré

tant de maux, le pays est assez prospère : demeures nombreuses ;

beaux troupeaux ; vastes cultures. Mais le terrain labourable qui

reste inculte occupe une immense étendue : on pourrait ensemencer

une surface presque double de celle qu’on cultive.

Les Ḥaḥa se divisent en 12 fractions, auxquelles M. El Ḥasen,

depuis leur soumission récente (après avoir été longtemps

indépendants, ils viennent d’être en révolte durant plusieurs

années), a préposé 4 qaïds. Ces qaïds ont sous leurs ordres

des chikhs et des ạamels. Les chikhs sont ici les gouverneurs des

fractions : il y en a un pour chacune des douze ; les ạamels sont

chargés de percevoir les impôts pour le sultan : ils sont en plus

grand nombre.

Les 12 fractions sont :

Ida ou Gerṭ, Ikenafen, Ida ou Isaṛen, Ida ou Gelloul, Ida ou

Tromma, Aït Ạmer, Ida ou Ạïssi, Ida ou Zenzen, Ida ou Khelf,

Ida ou Bou Zia, Ida ou Mada.....[118].

Les quatre premières sont les plus importantes.

Les Ḥaḥa sont serviteurs de plusieurs marabouts : ils paient

des redevances aux Geraga et à Sidi Ạbd Allah d Aït Iaḥia :

nous avons dit que celui-ci était originaire d’Ez Zaouïa, à

Tisint. Quant aux Geraga, c’est une célèbre famille de religieux,

originaire du Chiadma, où elle a encore sa principale zaouïa,

entre Mogador et Safi.

La tribu des Ḥaḥa est sédentaire ; elle parle le tamaziṛt,

mais l’arabe y est assez répandu[119].

Pas de Juifs chez les Ḥaḥa en dehors des deux villes qui sont

sur leur territoire sans appartenir à leur tribu, Mogador et Agadir

Iṛir.

=District de Tidsi.=

Le district de Tidsi se compose de 3 grands villages : Tidsi (300

fusils), El Qaçba (200 fusils), Oumsedikht (700 fusils) ; ils sont à

peu de distance les uns des autres. Le Tidsi est gouverné par un seul

chikh, en même temps marabout ; il s’appelle Sidi El Ḥanafi. Le

Tidsi reconnaît le sultan, mais n’est point administré par lui :

les mkhaznis n’y entrent point, et il n’y a ni qaïd ni ạamel

nommé par Moulei El Ḥasen ; mais le chikh héréditaire, tout en

ne tenant son autorité que de son sang et de la volonté de ses

concitoyens, reconnaît le sultan et va chaque année apporter un

tribut à Taroudant.

Pas de Juifs. Un marché, d’une grande importance, le Khemîs Tidsi,

se tenant dans le village de Tidsi. Ce village est quelquefois appelé

Ez Zaouïa parce que c’est là qu’est la zaouïa, résidence du

chikh. Terrain fertile : blé, orge, maïs, lentilles, olives. Pas

de rivière ; le pays est arrosé par des sources. Il est en plaine,

au pied du versant septentrional du Petit Atlas. Les gens du Tidsi

sont Chellaḥa et parlent le tamaziṛt.

Distances : du Tidsi à Taroudant comme d’Aqqa Igiren à Trit.

du Tidsi à Afikourahen comme d’Aqqa Igiren à Tatta.

=Tribu des Ilalen.=

Les Ilalen sont une nombreuse tribu tamaziṛt se divisant en 18

fractions, savoir :

_Ida ou Ska_ (450 fusils ; nous avons traversé leur territoire).

_Aït Touf el Azz_ (300 fusils ; nous avons traversé leur territoire).

_Isendalen_ (1600 fusils ; nous les avons laissés au sud).

_Aït Toufaout_ (1500 fusils ; nous les avons laissés au sud : nous

avons passé près de leurs frontières en sortant des Aït Touf

el Ạzz).

_Tazalart_ (200 fusils ; leur territoire contient de grandes mines de

cuivre. Les ouvriers, s’habillant de vêtements de cuir, descendent

l’extraire à 200 ou 300 coudées au-dessous de la surface du sol).

_Aït Ạbd Allah_ (1600 fusils ; nous les avons laissés au sud :

ils sont voisins des Aït Tazalaṛt).

_In Timmelt_ (2000 fusils ; nous les avons laissés au sud ; cette

fraction habite les bords de l’Ouad In Timmelt, affluent de l’Ouad

Oulṛass).

_Amzaourou_ (100 fusils).

_Tasdmit_ (200 fusils ; cette fraction est située, par rapport

à Afikourahen, au delà de celle d’Amzaourou et dans la même

direction).

_Aït Ouassou_ (600 fusils ; ils habitent les bords de l’Ouad

Ikhoullan, immédiatement au-dessus des Ikhoullan).

_Aït Ali_ (1200 fusils ; ils habitent sur l’Ouad Ikhoullan,

immédiatement au-dessus des Aït Ouassou).

_Ikhoullan_ (300 fusils. Nous avons traversé leur territoire).

_Mezdaggen_ (320 fusils. Sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement

au-dessous des Ikhoullan).

_Ida ou Ska_ (450 fusils. Cette seconde fraction d’Ida ou Ska est

sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessous des Mezdaggen).

_Afra_ (360 fusils. Nous avons traversé ce territoire).

_Tazgelt_ (1100 fusils. Nous avons traversé cette fraction).

_Ida ou Genadif_ (1700 fusils. Ils occupent la vallée de l’Ouad

Aït Mezal, immédiatement au-dessus des Aït Mezal).

_Irer_ (300 fusils. Fraction habitant sur l’Ouad Aït Mezal,

immédiatement au-dessus des Ida ou Genadif).

Les Ilalen ne reconnaissent point le sultan ; ils sont

indépendants. Chacune de leurs 18 fractions a son administration

séparée : point de chikhs héréditaires, si ce n’est dans une

seule fraction, les Aït Ạbd Allah : ceux-ci ont un chikh, Ḥadj

Ḥammou ; mais là même il y a plutôt un titre qu’un pouvoir,

Ḥadj Ḥammou ne fait que les volontés de la djemaạa. Chaque

fraction est gouvernée par sa djemaạa, qu’on appelle ici anfaliz :

cette assemblée se compose de délégués de toutes les familles

de la fraction ; chacune en envoie un : l’ensemble de ces chefs de

famille forme l’anfaliz, qui règle toutes les affaires du groupe.

Chaque fraction a au moins un agadir ; quelques-unes en ont deux

ou trois. L’agadir, village où chaque famille a sa chambre ou sa

maison renfermant ses grains, ses provisions de toute sorte, ses objets

précieux, est le magasin général de la fraction et son réduit en

temps de guerre. C’est aussi là que s’assemble l’anfaliz.

Pas de grande zaouïa chez les Ilalen. Mais chacune des 18 fractions

en possède une petite où elle entretient un ṭaleb : il est chargé

de faire les écrits dont on a besoin et d’enseigner à lire à ceux

qui voudraient apprendre. Il est pourvu aux frais de cette zaouïa

de la façon suivante : à l’entrée des grains dans l’agadir,

on en prélève la dîme, c’est-à-dire exactement un dixième ;

un tiers de cette dîme est donné à la zaouïa, les deux autres

sont distribués aux pauvres.

Les cultures se composent de beaucoup d’orge, d’un peu de blé

et de lentilles : mais la richesse des Ilalen est surtout dans leurs

amandes et leur huile d’argan. Pas de Juifs sur leur territoire. Les

marchés de la tribu sont :

Tlâta Aït Toufaout.

Arbạa Aït Ạbd Allah.

Khemîs Aït Ạli.

Tenîn Aït Touf el Ạzz.

Djemạa Ida ou Genadif.

Les rivières qui l’arrosent sont au nombre de trois : l’Ouad

Ikhoullan (affluent du Sous), l’Ouad Aït Mezal et l’Ouad In

Timmelt.

Comme nous l’avons vu de nos yeux, les diverses fractions des Ilalen

sont souvent en guerre entre elles.

Les Ilalen sont Chellaḥa et sédentaires : ils ne parlent que le

tamaziṛt ; très peu d’entre eux savent l’arabe.

=Itinéraire d’Afikourahen au Tazeroualt.=

D’Afikourahen on gagne la fraction des Aït Mezal ; on la traverse,

et on entre dans celle des Aït Ilougaïm : c’est la première

journée. De là on franchit l’Ouad Oulṛass, et on arrive dans

la tribu de Zarar Ida Oultit ; on y passe la nuit dans un village,

le plus souvent dans celui de Bou el Ḥanna : c’est le deuxième

jour. De là on part de grand matin et on parvient le lendemain, de

bonne heure, après 3 jours 1/2 de marche, à la qoubba de Sidi Ḥamed

ou Mousa, c’est-à-dire à la zaouïa de Sidi El Ḥoseïn. On est

au cœur du Tazeroualt.

AIT ILOUGAIM. — Ils forment une fraction des Chtouka : ce sont donc

des Chellaḥa sédentaires parlant le tamaziṛt. Comme tous les

Chtouka, ils sont soumis au makhzen et sous la juridiction du qaïd

Ould Ben Dleïmi. Ils comprennent une centaine de villages. Pas

d’agadir (il n’y en a nulle part en blad el makhzen :

chacun y enfouit ses grains dans des silos, qu’on appelle ici

_maṭmora_). Pas de chikh général ni de djemaạa collective :

chaque village a soit son chikh local, soit sa djemaạa. Un marché,

le Tenîn Ilougaïm, à Tamaliḥt ; il forme un centre commercial

important. Dans le village de Tamaliḥt, il y a 80 familles juives,

les seules de la tribu.

Pas de rivière chez les Aït Ilougaïm. Mais non loin de là coule

l’Ouad Oulṛass, où ils ont de nombreux ḥeïouan (on donne

ce nom aux terres qu’on possède sur le territoire de tribus

étrangères). Les Aït Ilougaïm sont riches ; ils ont beaucoup

de chevaux. A partir des Aït Mezal, et jusqu’au Tazeroualt, les

tribus qu’on rencontre en possèdent un grand nombre : il n’y

en a au contraire à peu près point dans la portion du Petit Atlas

située à l’est des Chtouka.

Quand on vient des Ilalen, on passe d’habitude la nuit dans le

groupe des Aït Ilougaïm portant le nom d’Aït ou Adrim. De chez

eux on gagne les

AIT OULRASS. — Ils habitent les bords de l’Ouad Oulṛass. Fraction

importante des Chtouka, ils sont soumis au sultan et sous l’autorité

d’Ould Ben Dleïmi. Point de chikh ni de djemaạa : ils sont

en cela dans les mêmes conditions que les Aït Ilougaïm. Ils ont

environ 100 villages.

Pas de marché, ni de Juifs.

La vallée de l’Ouad Oulṛass est très riche : quelques palmiers,

mais ne donnant que de mauvaises dattes, arbres fruitiers et céréales

en abondance. L’Ouad Oulṛass se jette dans la mer, après avoir,

au-dessous des Aït Oulṛass, traversé la tribu de Massa, qu’on

appelle aussi Mast.

Des Aït Oulṛass, on entre dans la tribu de

ZARAR IDA OULTIT. — Grande tribu qui habite au sud des Aït

Oulṛass, au delà du flanc gauche de la vallée de l’Ouad

Oulṛass. Elle est blad el makhzen depuis l’expédition du sultan

dans le Sous et le Sahel, et appartient à la juridiction d’Is

Oublaṛ, qaïd des Ida ou Garsmouk : pas de chikh héréditaire ;

un anfaliz règle les affaires de la tribu. Les Zarar Ida Oultit sont

une tribu chleuḥa et sédentaire, parlant le tamaziṛt. Beaucoup

de qçars ; le principal est Ouizzân, qui se prononce aussi Ouzzân

et Oujjân. Nombreux chevaux. Point de rivière : des sources et

des citernes.

Un marché, très fréquenté, le tlâta d’Ouizzân. Un mellaḥ

dans la même localité.

De cette tribu, on passe dans celle des

IDA OU BAAQIL. — Grande tribu, autrefois libre comme la précédente,

nominalement soumise au sultan depuis l’expédition de 1882. Elle

a été placée, avec plusieurs autres, sous le qaïdat de Ḥadj

Ṭahar, fils de Sidi El Ḥoseïn, le marabout du Tazeroualt. Tribu

riche et puissante. Jadis elle faisait souvent la guerre à Sidi

El Ḥoseïn, qui ne l’apaisait qu’à prix d’argent. Les Ida

ou Baạqil sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le

tamaziṛt. Beaucoup de qçars et beaucoup de chevaux.

Point de marché ni de Juifs sur leur territoire. Celui-ci n’est

arrosé par aucune rivière.

De là on passe dans le district de

TAZEROUALT. — Le Tazeroualt est un grand district traversé par

l’Ouad Tazeroualt.

L’Ouad Tazeroualt vient du territoire des Aït Imejjat : de là

il entre dans le Tazeroualt ; il y arrose d’abord Agadir Sidi El

Ḥoseïn, puis Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa (connue aussi sous le nom

de Zaouïa Sidi El Ḥoseïn et sous celui de Tallent Sidi Ḥachem),

enfin Iliṛ. Du Tazeroualt il passe chez les Aït Bou Ạmran,

où il reste jusqu’à son embouchure dans l’Océan. C’est,

disent les indigènes, à l’embouchure de cette rivière que des

chrétiens sont venus en 1882 vendre des grains et diverses denrées :

c’est, ajoutent-ils, en partie pour empêcher qu’ils ne reviennent

sur la côte et que pareil fait ne se renouvelle que le sultan est

venu aussitôt après dans le pays, qu’il en a obtenu la soumission

nominale et qu’il y a investi des qaïds. Il a même laissé chez

les Aït Bou Ạmran un camp de 1200 à 2000 soldats qui depuis lors

y sont en permanence.

Le Tazeroualt est riche et fait un grand commerce. Là se tient,

deux fois par an, l’une en mars et l’autre à la fin d’octobre,

la fameuse foire de Sidi Ḥamed ou Mousa, célèbre dans le Sahel,

dans le Sahara et dans le Sous, où l’on vient en foule de Mogador

et même de Merrâkech. Outre ces foires, les pareilles de celle

de Mrimima et de Souq el Mouloud, le Tazeroualt a un marché chaque

semaine, le ḥad d’Iliṛ. Il existe à Iliṛ un grand mellaḥ,

le seul du district.

Le Tazeroualt est depuis un temps immémorial gouverné par des

marabouts qui descendent de Sidi Ḥamed ou Mousa. Le chef de la

zaouïa et chikh du pays est en ce moment Sidi El Ḥoseïn ou

Ḥachem. Il a trois résidences principales : 1o _Iliṛ_, grand

et riche qçar, le plus important du Tazeroualt et l’un des plus

peuplés de tout le sud : là est son habitation principale, avec la

plupart de ses femmes et de ses négresses ; c’est sa demeure la plus

somptueuse et la plus agréable, celle où il vit habituellement ; il y

a une garde de 200 cavaliers nègres, ses esclaves. 2o _Ez Zaouïa_ ;

ainsi que l’indique ce nom, c’est le sanctuaire religieux de

la famille : là sont les qoubbas de Sidi Ḥachem, père de Sidi El

Ḥoseïn, de Sidi Ḥamed ou Mousa, son ancêtre, de tous ses aïeux ;

là habitent les marabouts de sa race, ses cousins, ses neveux. On

appelle aussi Ez Zaouïa de divers autres noms, Tallent Sidi Ḥachem,

Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa, Zaouïa Sidi El Ḥoseïn. 3o _Agadir

Sidi El Ḥoseïn_ ; c’est une forteresse bâtie sur le roc au

sommet d’un mont escarpé. Sidi El Ḥoseïn y a entassé toutes

ses richesses, et a accumulé les défenses de tout genre pour les

protéger : l’agadir, situé à la frontière est du territoire,

est dans une position telle qu’on ne peut y monter que par un long

chemin en escalier, creusé dans le roc et faisant mille lacets ;

les murs de la forteresse sont d’une épaisseur extrême ; les

tours en sont garnies de canons ; elle est sans cesse gardée par une

forte garnison d’esclaves dévoués : c’est là que le marabout

s’était enfermé en 1882, à l’approche du sultan.

Ainsi que nous l’avons dit, l’ancêtre des puissants chefs du

Tazeroualt est Sidi Ḥamed ou Mousa : sa qoubba s’élève auprès

d’Ez Zaouïa. Ce n’était qu’un mendiant à qui Dieu, en

récompense de ses mérites, accorda ses grâces, grâces qui de son

vivant même se manifestèrent par de nombreux miracles. L’époque

à laquelle vivait ce saint est très reculée ; il laissa des

descendants à qui il légua la bénédiction divine, qui se

perpétua en eux jusqu’à ce jour. Mais s’il fut le fondateur de

leur grandeur religieuse, il ne fut point celui de leur puissance

temporelle. Celle-ci n’échut à sa maison qu’après plusieurs

générations : ce fut l’un de ses successeurs, Sidi Ạli Bou Dmia,

qui l’établit, à une époque elle-même très lointaine. Sidi Ạli

Bou Dmia, à la fois marabout et guerrier, étendit au loin le pouvoir

de la zaouïa de Tazeroualt et acquit une grande célébrité : les

ruines imposantes de son palais subsistent encore à peu de distance

de la zaouïa actuelle. Depuis sa mort, bien des générations

se sont succédé : la puissance de sa dynastie, tout en restant

considérable, a subi des phases diverses. Sidi Ḥachem, père du

marabout actuel, avait donné un grand éclat à sa maison. Brave et

guerrier, il avait marché sur les traces de Sidi Ạli Bou Dmia, et,

payant sans cesse de sa personne, n’avait pas tardé à se faire

un grand renom de valeur dans les régions environnantes. Grâce

à cette réputation, à l’admiration et à la crainte qu’il

inspirait, il était parvenu à grouper autour de lui toutes les

tribus du voisinage. Pendant sa vie, elles lui restèrent soumises,

moitié de gré, moitié de force. Cet édifice s’écroula en

partie à sa mort. Sidi El Ḥoseïn, son fils et son successeur,

âgé de 70 ans aujourd’hui, fut orphelin de bonne heure ; un

certain nombre de tribus en profitèrent pour s’émanciper : il ne

montra dans la suite aucune des qualités belliqueuses de son père ;

aussi n’est-il plus réellement maître que du Tazeroualt. Mais il

est très riche ; ses trésors sont immenses ; l’autorité que ne

lui a pas donnée son caractère, son or la lui procure quand il le

veut ; il arme à prix d’argent les tribus des environs et peut

ainsi réunir à son gré autour de lui tous les fusils du Sahel :

c’est ce qu’on lui a vu faire il y a quelques années. Aussi Sidi

El Ḥoseïn est-il aujourd’hui encore le plus grand pouvoir qui

existe de l’océan Atlantique au pays de Dra. Il peut mettre en armes

tout le Sahel, Chtouka compris, et se faire envoyer des contingents de

diverses tribus du bassin inférieur du Dra. Son influence religieuse

est considérable. Son nom est connu dans tout le Maroc, dont Sidi

Ḥamed ou Mousa est un des saints les plus vénérés. Une grande

partie des zaouïas du Sahel, du Sous et du Sahara, entre Sous et Dra,

appartient à des rameaux de la famille dont il est le chef. Par sa

célébrité, son influence religieuse, ses richesses, sa puissance,

l’étendue de son autorité, la zaouïa de Sidi Ḥamed ou Mousa peut

être comptée comme une des cinq grandes zaouïas du Maroc, allant

de pair avec celles d’Ouazzân, de Bou el Djạd, de Tamegrout,

du Metṛara (Sidi Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui).

Distances : d’Agadir Sidi El Ḥoseïn à Ez Zaouïa comme d’Agadir Tisint

à Ạïoun S. Ạbd Allah ou Mḥind.

d’Ez Zaouïa à Iliṛ comme d’Agadir Tisint à Trit.

=Campagne de Moulei El Hasen dans le Sous en 1882.=

Un événement considérable s’est passé récemment dans le

bas Sous et dans le Sahel : le sultan y a fait une expédition et

a reçu la soumission d’un grand nombre de tribus qui étaient

indépendantes depuis un temps immémorial. Ce fait est l’objet de

tous les entretiens dans le Sahara, dans le Sous et dans les contrées

voisines : voici le résumé de ce que j’ai entendu dire, aussi bien

à Tatta et à Mrimima que dans le Sous, le Sahel et chez les Ḥaḥa.

Au commencement de l’été de 1882, Moulei El Ḥasen traversa

l’Ouad Sous, auprès de son embouchure, à la tête d’une armée

puissante : il avait assemblé tous les contingents de son empire,

ceux des tribus de Fâs comme ceux des tribus de Merrâkech : tout ce

qu’il avait pu lever, il l’avait emmené : cette armée pouvait

être, au début de l’expédition, de 40000 hommes ; une fois

en marche, ce chiffre tomba assez vite par suite des nombreuses

désertions. Avec ces forces imposantes, le sultan s’avança

jusqu’aux limites du Tazeroualt : il s’y arrêta à une localité

du nom de Tiznit. Il convoqua alors tous les chikhs ou notables des

tribus voisines et en premier lieu les deux principaux personnages

du pays, Sidi El Ḥoseïn, chef du Tazeroualt, et El Ḥabib ould

Beïrouk, chikh du district d’Ouad Noun. Sidi El Ḥoseïn avait

des motifs graves de se défier du sultan : d’une part, il avait

toujours témoigné à Moulei El Ḥasen une hostilité extrême ;

de l’autre, il passait pour le seigneur le plus riche du Maroc : il

était fort probable que s’il se rendait à l’invitation du sultan,

celui-ci, le tenant entre ses mains, le mettrait à mort, autant

par rancune que par cupidité. Aussi, malgré les mille instances de

Moulei El Ḥasen, malgré les protestations d’amitié qu’il lui

prodigua, se garda-t-il de se rendre à sa convocation ; mais il se

fit représenter auprès de lui, pendant que de sa personne il allait

s’enfermer, à l’abri de ses canons, dans son agadir. Quant aux

autres chefs mandés, ils vinrent trouver le sultan. Celui-ci leur

tint ce langage : « Vous voyez les Chrétiens installés au sud

d’Ouad Noun ; d’autres veulent s’établir à Ifni, d’autres

ailleurs. Cela vous plaît-il ? Non, je veux le croire. Qui peut

l’empêcher ? Est-ce vous ? Vous n’en avez pas la force. Et-ce

moi ? A mes observations, ils répondent que le pays n’est point

sous mon autorité. Il n’y a qu’un moyen de s’opposer à

leurs empiétements : reconnaissez mon pouvoir : je vous promets

que non seulement il ne vous sera pas lourd, mais même il vous sera

profitable. Que les Chrétiens, quand ils viendront sur ces rivages,

ne trouvent que des sujets de Moulei El Ḥasen : il suffit ; vous

n’aurez plus rien à craindre de leur côté ; et pour ce qui est

de moi, vous ne serez pas longtemps sans éprouver les bienfaits

de mon alliance. » Il sortit de là l’arrangement suivant : tous

les chikhs présents reconnurent l’autorité du sultan ; celui-ci

les nomma qaïds dans leurs tribus ou leurs districts et les renvoya

avec des présents : il était sous-entendu que le pouvoir du sultan

ne serait que nominal, mais qu’il allait l’affirmer et en donner

une preuve visible aux yeux des Chrétiens en construisant une ville

au cœur de la région qui venait de se ranger sous ses lois.

Reconnaissance au Maroc, 1883-1884 (Texte) · 第 40 / 59 段