19 janvier.

Ce matin, dès l’aube, le pèlerinage s’est disloqué. Les étrangers

s’empressent de regagner, par étapes, leurs villes lointaines; les

Chleuh s’enfoncent dans la montagne; les Meknass retournent à leurs

occupations.

Un «lion» farouche a repris ses pinceaux pour tracer d’étranges bouquets

symétriques sur les boiseries d’une mosquée. Je retrouve un «sanglier»

placidement accroupi au milieu de son échoppe. L’Aïssaoui à face de

brute, barbouillée de sang, dont le souvenir hante comme un cauchemar,

est redevenu un digne bourgeois aux digestions lentes, aux gestes rares

et solennels.

Les femmes emprisonnées retombent dans l’apathie morne de leurs

journées. Lella Oum Keltoum et Marzaka, rapprochées par une commune

démence, un instant, se jettent des regards plus noirs et des paroles

plus amères...

Le trottinement des ânes, le son frêle d’un gumbri[31], les mélopées du

muezzin ébranlent, seuls, les échos des ruelles apaisées.

Les traces sanglantes, peu à peu, s’effaceront sous la poussière...

La paix et le recueillement ont retrouvé leurs droits dans la caduque

cité aux murailles croulantes.

Derrière les vieux murs en ruines: roman marocain · 第 31 / 94 题