Ce matin, dès l’aube, le pèlerinage s’est disloqué. Les étrangers
s’empressent de regagner, par étapes, leurs villes lointaines; les
Chleuh s’enfoncent dans la montagne; les Meknass retournent à leurs
occupations.
Un «lion» farouche a repris ses pinceaux pour tracer d’étranges bouquets
symétriques sur les boiseries d’une mosquée. Je retrouve un «sanglier»
placidement accroupi au milieu de son échoppe. L’Aïssaoui à face de
brute, barbouillée de sang, dont le souvenir hante comme un cauchemar,
est redevenu un digne bourgeois aux digestions lentes, aux gestes rares
et solennels.
Les femmes emprisonnées retombent dans l’apathie morne de leurs
journées. Lella Oum Keltoum et Marzaka, rapprochées par une commune
démence, un instant, se jettent des regards plus noirs et des paroles
plus amères...
Le trottinement des ânes, le son frêle d’un gumbri[31], les mélopées du
muezzin ébranlent, seuls, les échos des ruelles apaisées.
Les traces sanglantes, peu à peu, s’effaceront sous la poussière...
La paix et le recueillement ont retrouvé leurs droits dans la caduque
cité aux murailles croulantes.