temps nécessaire au téléchargement de chaque image. Après avoir d’abord proposé
des images en pleine page très agréables à l’oeil mais excessivement longues à
apparaître à l’écran, de nombreux sites optent en 1998 pour des images de format
réduit, avec possibilité de cliquer ou non sur ces images pour obtenir un format
supérieur. Ce problème devrait être résolu à l’avenir avec l’internet à débit
rapide, très attendu des iconographes, photographes et amateurs d’images.
7.3. Autres expériences pilotes
Dans le monde anglophone, une bibliothèque particulièrement dynamique est la
Bibliothèque de l'UC Berkeley (UC: University of California), qui joint la
théorie à la pratique dans son site SunSITE (financé en partie par Sun
Microsystems), sur lequel elle monte ses collections et services numériques tout
en procurant informations et conseils dans ce domaine.
Une autre expérience intéressante est celle de l’Internet Public Library (IPL),
qui se définit comme la première bibliothèque publique de l’internet sur
l’internet, à savoir une bibliothèque sélectionnant, organisant et cataloguant
les ressources disponibles sur le réseau, et dont toute l’activité s’effectue
sur le web. Créée en mars 1995 par l’Université du Michigan (Etats-Unis) dans le
cadre de la School of Information and Library Studies (devenue ensuite: School
of Information), cette bibliothèque publique d’un genre nouveau comprend en
septembre 1998 un total de 20.166 documents catalogués et résumés. Elle recense
la quasi-totalité des oeuvres du domaine public (en langue anglaise) librement
disponibles en ligne, ainsi que les journaux et magazines.
A titre historique (déjà...), le site Library 2000 donne un condensé des
recherches menées entre octobre 1995 et octobre 1997 par le MIT Laboratory for
Computer Science (MIT signifiant: Massachusetts Institute of Technology).
Pragmatique, le projet Library 2000 étudie pendant deux ans les problèmes posés
par le stockage en ligne d’une très grande quantité de documents. Il développe
un prototype utilisant la technologie et les configurations de systèmes
économiquement viables en l’an 2000, grâce auquel plusieurs grandes
bibliothèques numériques sont mises en ligne à compter de l’automne 1997.
Chose logique, en 1998, les bibliothèques numériques anglophones sont encore
très largement majoritaires sur le réseau, puisque l’internet a d’abord débuté
en Amérique du Nord avant de s’étendre à toute la planète. Les bibliothèques non
anglophones progressent toutefois rapidement. Voici trois exemples parmi tant
d'autres. Créé dans la lignée du Projet Gutenberg, le Projekt Gutenberg-DE
comprend quelque 200 titres de littérature allemande et de littérature étrangère
en allemand. Fondé en 1992 par Lysator, un club informatique d’étudiants, en
collaboration avec la Linköping University Library (Suède), le Projet Runeberg
regroupe 200 oeuvres appartenant à la littérature nordique. Quant à Liber Liber,
bibliothèque numérique italienne, elle débute sa page d'accueil par cette maxime
éloquente: "Nullus amicus magis liber quam liber."
La numérisation en cours de l'ensemble du patrimoine littéraire et scientifique
offre d’immenses perspectives dans les différentes communautés linguistiques.
Les perspectives sont tout aussi prometteuses pour les bibliothèques d’images,
que celles-ci soient des enluminures, des gravures, des affiches, des cartes
postales, des photos, des vidéos ou des films. "Qu’il me suffise, pour le
moment, de redire la sentence classique: 'La bibliothèque est une sphère dont le
centre véritable est un hexagone quelconque, et dont la circonférence est
inaccessible.'" Cette citation de Jorge Luis Borges convient aussi à la
bibliothèque numérique.
8. UNE SOCIETE DE L'INFORMATION?
[8.1. Numérisation et convergence multimédia / 8.2. Le droit du cyberespace /
8.3. La propriété intellectuelle / 8.4. Document imprimé et/ou électronique]
Si la société de l’information nous est régulièrement annoncée depuis les années
1960, il semble que nous en vivions en fait les premières années. En quoi
consiste la convergence multimédia, et comment affecte-t-elle l’industrie du
livre? Faut-il légiférer ou non le cyberespace? Qu’en est-il de la propriété
intellectuelle à l’heure de l’internet? Le document imprimé et le document
électronique sont-ils complémentaires ou concurrents? Voici un point sur ces
quelques questions.
8.1. Numérisation et convergence multimédia
= Le processus de production
Depuis trente ans, la chaîne traditionnelle de l’édition est soumise à de
nombreux bouleversements. Dans les années 1970, l’imprimerie traditionnelle est
d’abord ébranlée par l’apparition des machines de photocomposition. Le coût de
l’impression continue ensuite de baisser avec les procédés d’impression assistée
par ordinateur, les photocopieurs, les photocopieurs couleur et le matériel
d’impression numérique. Dans les années 1990, l’impression est le plus souvent
assurée à bas prix par des ateliers de PAO (publication assistée par
ordinateur).
Toutes les informations doivent être numérisées pour permettre leur transfert
par voie électronique. La numérisation permet de créer, d’enregistrer, de
combiner, de stocker, de rechercher et de transmettre des textes, des sons et
des images par des moyens simples et rapides. Des procédés similaires permettent
le traitement de l’écriture, de la musique et du cinéma alors que, par le passé,
ce traitement était assuré par des procédés différents sur des supports
différents (papier pour l’écriture, bande magnétique pour la musique, celluloïd
pour le cinéma). De plus, des secteurs distincts comme l’édition (qui produit
des livres) et l’industrie musicale (qui produit des disques) travaillent de
concert pour produire des CD-Rom.
La numérisation accélère considérablement le processus matériel de production.
Dans la presse, alors qu'auparavant le personnel de production devait
dactylographier les textes du personnel de rédaction, les journalistes et les
rédacteurs envoient maintenant directement leurs textes pour mise en page. Dans
l’édition, le rédacteur, le concepteur artistique et le personnel chargé de la
mise en page travaillent souvent simultanément sur le même ouvrage. On assiste
progressivement à l’unification de tous les secteurs liés à l’information:
imprimerie, publication, conception graphique, presse, enregistrement sonore,
réalisation de films, radiodiffusion, etc. C’est ce qu’on appelle la convergence
multimédia.
= Convergence multimédia et emploi
La convergence multimédia amène-t-elle des emplois nouveaux, comme l’assurent
les employeurs, ou bien est-elle source de chômage, comme l’affirment les
syndicats? Le Colloque sur la convergence multimédia organisé en janvier 1997 à
Genève par l’Organisation internationale du travail (OIT) comprend des
contributions particulièrement intéressantes à cet égard.
Peter Leisink, professeur associé d’études sociales à l’Université d’Utrecht
(Pays-Bas), précise que les fonctions de correction d’épreuves et de rédaction
s’effectuent désormais à domicile, le plus souvent par des travailleurs ayant
pris le statut d’indépendants à la suite de licenciements, délocalisations ou
fusions d’entreprises. "Or cette forme d’emploi tient plus du travail précaire
que du travail indépendant, car ces personnes n’ont que peu d’autonomie et sont
généralement tributaires d’une seule maison d’édition."
A part quelques cas particuliers mis en avant par les organisations
d’employeurs, la convergence multimédia entraîne des suppressions massives
d’emplois, comme pratiquement tous les changements liés à l’introduction des
nouvelles technologies.
Selon Michel Muller, secrétaire général de la FILPAC (Fédération des industries
du livre, du papier et de la communication), les industries graphiques
françaises ont perdu 20.000 emplois en dix ans (1987-1996). Les effectifs sont
passés de 110.000 personnes à 90.000. Les entreprises doivent mettre sur pied
des plans sociaux très coûteux pour favoriser le reclassement des personnes
licenciées, en créant des emplois souvent artificiels, alors qu’il aurait été
très préférable de financer des études fiables sur la manière d’équilibrer
créations et suppressions d’emplois, quand il était encore temps.
Partout dans le monde, de nombreux postes à faible qualification technique sont
remplacés par des postes exigeant des qualifications techniques élevées. Les
personnes peu qualifiées sont licenciées. D’autres suivent une formation
professionnelle complémentaire, parfois auto-financée et prise sur leur temps
libre, et cette formation professionnelle ne garantit pas pour autant le
réemploi.
Lors du même colloque, Walter Durling, directeur des AT&T Global Information
Solutions (Etats-Unis), insiste sur le fait que les nouvelles technologies ne
changeront pas fondamentalement la situation des salariés au sein de leur
entreprise. L’invention du film n’a pas tué le théâtre, et celle de la
télévision n’a pas fait disparaître le cinéma. Les entreprises devraient créer
des emplois liés aux nouvelles technologies et les proposer à ceux qui sont
obligés de quitter d’autres postes devenus obsolètes. Des arguments bien
théoriques alors que le problème est plutôt celui du pourcentage. Combien de
créations de postes pour combien de licenciements?
De leur côté, les syndicats préconisent la création d’emplois par
l’investissement, l’innovation, la formation professionnelle aux nouvelles
technologies, la reconversion des travailleurs dont les emplois sont supprimés,
des conditions équitables pour les contrats et les conventions collectives, la
défense du droit d’auteur, une meilleure protection des travailleurs dans le
secteur artistique, et la défense des télétravailleurs en tant que travailleurs
à part entière. D’après les prévisions de la Commission européenne, l’Europe
devrait compter 10 millions de télétravailleurs en l’an 2000, soit un cinquième
du nombre de télétravailleurs dans le monde.
Malgré tous les efforts des syndicats, la situation deviendra-elle aussi
dramatique que celle décrite dans une note du rapport de ce colloque, demandant
si "les individus seront forcés de lutter pour survivre dans une jungle
électronique avec les mécanismes de survie qui ont été mis au point au cours des
précédentes décennies?"
Dans leur livre Cyberplanète: notre vie en temps virtuel (paru en 1998 aux
éditions Autrement), Philip Wade et Didier Falkand indiquent que les Etats-Unis,
le Canada et le Japon, pays qui investissent le plus dans les nouvelles
technologies, sont aussi ceux qui créent le plus d’emplois. D’après une étude
réalisée en février 1997 par le cabinet Booz, Allen & Hamilton pour les
ministres européens de l’Industrie, le retard de l’Europe lui aurait coûté un
million d’emplois en 1995 et 1996. Ce retard correspond à une croissance
technologique faible, qui s’élève à 2,4% seulement, alors qu’elle est de 9,3%
aux Etats-Unis. Selon une autre étude réalisée en janvier 1997 par la société
conseil BIPE pour le compte de la Commission européenne, 1,3 million d’emplois
pourraient être maintenus ou créés dans l’Union européenne d’ici l’an 2005. Les
300.000 suppressions d’emplois prévues chez les opérateurs traditionnels
seraient compensées par 93.000 emplois créés par leur concurrents, auxquels
s'ajouteraient 1,2 million d’emplois créés dans les secteurs suivants:
télécommunications, construction électrique et électronique, équipement et
distribution de produits de communication.
= Les professionnels du livre
La distinction traditionnelle entre maison d’édition, éditeur de presse,
librairie, bibliothèque, etc., sera-t-elle encore de mise dans quelques années?
Le développement récent de l’édition électronique amène déjà des changements
substantiels dans les relations entre les auteurs, les éditeurs et les lecteurs.
Les catégories professionnelles forgées au fil des siècles: éditeurs,
journalistes, bibliothécaires, etc., résisteront-elles à la convergence
multimédia tout en s’adaptant au cyberespace, comme c’est le cas avec les
premiers cyberthécaires, cyberéditeurs, cyberjournalistes, cyberlibraires, etc.,
ou bien toutes ces activités seront-elles progressivement restructurées pour
donner naissance à de nouveaux métiers?
L’internet offre de réels avantages en matière d'emploi, notamment la
possibilité de chercher du travail en ligne et de recruter du personnel par le
même biais. Changer d’emploi devient plus facile et le télétravail ouvre de
nouveaux horizons pour ceux qui préfèrent travailler chez eux. Isabelle Aveline,
rédactrice du site littéraire Zazieweb, déclare en juin 1998: "Grâce à internet
les choses sont plus souples, on peut très facilement passer d'une société à une
autre (la concurrence!), le télétravail pointe le bout de son nez (en France
c'est encore un peu tabou...), il n'y a plus forcément de grande séparation
entre espace pro et personnel."
Claire Le Parco, de la société Webnet (qui gère le site Poésie française),
précise à la même date: "En matière de recrutement, internet a changé
radicalement notre façon de travailler, puisque nous passons maintenant toutes
nos offres d'emploi (gratuitement) dans le newsgroup 'emploi'. Nous utilisons un
intranet pour échanger nombre d'informations internes à l'entreprise:
formulaires de gestion courante, archivage des documents émis, suivi des
déplacements, etc. La demande des entreprises est très forte, et je crois que
nous avons de beaux jours devant nous!"
Rédacteur et webmestre du Biblio On Line, un portail destiné aux bibliothèques,
Jean-Baptiste Rey relate en juin 1998: "Personnellement internet a complètement
modifié ma vie professionnelle puisque je suis devenu webmestre de site internet
et responsable du secteur nouvelles technologies d'une entreprise informatique
parisienne (Quick Soft Ingénierie, ndlr). Il semble que l'essor d'internet en
France commence (enfin) et que les demandes tant en matière d'informations, de
formations que de réalisations soient en grande augmentation."
Fabrice Lhomme, webmestre d’Une Autre Terre, site consacré à la science-fiction,
raconte à la même date: "Une Autre Terre est un serveur personnel hébergé
gratuitement par la société dans laquelle je travaille. Je l'ai créé uniquement
par passion pour la SF et non dans un but professionnel même si son audience
peut laisser envisager des débouchés dans ce sens. Par contre internet a bel et
bien changé ma vie professionnelle. Après une expérience de responsable de
service informatique, j'ai connu le chômage et j'ai eu plusieurs expériences
dans le commercial. Le poste le plus proche de mon domaine d'activité que j'ai
pu trouver était vendeur en micro-informatique en grande surface. Je dois
préciser quand même que je suis attaché à ma région (la Bretagne, ndlr) et que
je refusais de 'm’expatrier'. Jusqu'au jour donc où j'ai trouvé le poste que
j'occupe depuis deux ans. S'il n'y avait pas eu internet, je travaillerais
peut-être encore en grande surface. Actuellement, l’essentiel de mon activité
tourne autour d'internet (réalisation de serveurs web, intranet/extranet,...)
mais ne se limite pas à cela. Je suis technicien informatique au sens large du
terme puisque je m'occupe aussi de maintenance, d'installation de matériel, de
réseaux, d'audits, de formations, de programmation... (...) J'ai trouvé dans
internet un domaine de travail très attrayant et j'espère fortement continuer
dans ce segment de marché. La société dans laquelle je travaille est une petite
société en cours de développement. Pour l'instant je suis seul à la technique
(ce qui explique mes nombreuses casquettes) mais nous devrions à moyen terme
embaucher d'autres personnes qui seront sous ma responsabilité."
Par ailleurs, plusieurs professionnels du livre décident de rejoindre des
sociétés informatiques, ou alors de se spécialiser au sein de la structure dans
laquelle ils travaillent, en devenant par exemple les webmestres de leur
librairie, de leur maison d’édition ou de leur bibliothèque. Malgré cela, les
perspectives d’emploi restent assez inquiétantes. De nombreuses tâches
deviennent obsolètes avec l’introduction des nouvelles technologies. Les
professionnels du livre pourront-ils tous se recycler grâce à des formations
professionnelles adaptées, ou bien seront-ils frappés de plein fouet par le
chômage?
8.2. Le droit du cyberespace
= La responsabilité de l’internaute
Lié à la fois au droit informatique en place et à quelques législations
balbutiantes, le droit du cyberespace est en train d’émerger - non sans mal -
d’un réseau en ébullition. On tente de redéfinir des domaines existants tels que
la propriété intellectuelle ou la censure. On tente aussi d’en définir de
nouveaux, comme la responsabilité ou non des fournisseurs d’accès internet
vis-à-vis de l’information circulant par leur intermédiaire.
Créées en été 1992 par Paul Southworth à l’Université du Michigan (Etats-Unis),
les ETEXT Archives se donnent pour but de rassembler des textes électroniques de
toutes sortes: textes politiques, textes personnels, textes sacrés, textes
profanes, etc. Elles hébergent aussi gratuitement des périodiques, oeuvres de
fiction, oeuvres politiques, poétiques, religieuses, etc., à la demande
d’auteurs ou d’organismes souhaitant les faire connaître. Les volontaires qui
composent l’équipe s’engagent à ne pas juger le contenu de ces textes, mais
refusent les oeuvres à caractère pornographique.
Mygale, site communautaire francophone, offre aux particuliers et aux
associations à but non lucratif une messagerie électronique gratuite et un
hébergement gratuit de leur site web (10 Mo (méga-octets) puis 20 Mo au bout
d’un an), avec aide en ligne et divers services à l’appui, ce qui contribue
grandement au développement du web francophone. Dans sa charte à destination de
ses membres, Mygale précise: "Vous êtes responsable des informations diffusées
sur vos pages. En cas de non respect des lois en vigueur, ces informations sont
susceptibles d'engager votre responsabilité civile et/ou pénale. Notamment, vos
pages ne doivent pas être à caractère pornographique, raciste, diffamatoire."
Mygale est ensuite remplacé par MultiMania, basé sur le même principe.
Les internautes sont censés respecter la nétiquette, à savoir un ensemble de
règles de savoir-vivre régissant entre autres le courrier électronique, les
forums de discussion et les sites web. Toutefois l’augmentation inquiétante de
sites pornographiques, pédophiles et nazis entraîne l'apparition de logiciels
pouvant être paramétrés par les parents et les éducateurs en fonction de l’âge
des enfants et du degré de contrôle souhaité (par exemple Cyber Patrol,
CyberSitter, Net Nanny, SafeSurf et SurfWatch).
Une réglementation est mise en place pour lutter contre les spams, ces messages
électroniques non sollicités à caractère souvent commercial qui prolifèrent dans
les boîtes aux lettres électroniques. En avril 1998, l’Etat de Washington crée
un précédent avec une loi anti-spamming prévoyant de "condamner toute personne
morale ou physique qui envoie des messages intempestifs en masse en cachant son
identité et en trompant les destinataires par des titres de messages
fallacieux". Effective début août, cette loi est le "premier pas vers un cadre
législatif qui pourrait faire école", lit-on dans Le Micro Bulletin Actu du 2
avril 1998.
Dans le quotidien Libération du 9 janvier 1998, Esther Dyson, présidente
d’EDventure Holdings, précise que l’internet commercial devrait être réglementé
moins par un gouvernement central qui en définirait les règles que par plusieurs
organismes mis en concurrence dans l'intérêt du consommateur.
Patrick Rebollar, créateur d'un site web de recherches et d’activités
littéraires, voit l’avenir du réseau assez trouble. Il écrit en juillet 1998:
"Entre ceux qui cherchent à gagner de l'argent à tout prix, et ceux qui en font
une banque d'images pornographiques, ceux qui cherchent des amis pour pallier un
manque et ceux qui cherchent du travail. Ceux qui... et ceux qui... le réseau
devient progressivement une projection du monde lui-même, plus précise et exacte
chaque jour."
= L’activité de la CNIL
Autorité administrative indépendante, la Commission nationale de l’informatique
et des libertés (CNIL) est un organisme public français chargé de veiller à
l’application de la loi relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés,
communément appelée loi "informatique et libertés" (loi n° 78-17 du 6 janvier
1978). Son article premier rappelle que "l’informatique doit être au service de
chaque citoyen. Son développement doit s’opérer dans le cadre de la coopération
internationale. Elle ne doit porter atteinte ni à l’identité humaine, ni aux
droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles et
publiques." La CNIL veille donc entre autres à ce que la gestion des fichiers
informatiques tienne compte du respect de la vie privée du citoyen.
La CNIL est en train d’adapter son activité à l’internet, la courte existence de
celui-ci ayant déjà démontré que tout internaute est facilement repérable sur le
réseau. L’annuaire Dejanews, par exemple, donne la possibilité à un employeur de
connaître les forums de discussion auxquels participe un salarié. Utilisés à
l’origine pour des raisons commerciales, pour repérer les sites consultés par un
usager et connaître ainsi ses centres d’intérêt, les outils de filature (cookie,
applet Java, etc.) peuvent très bien servir aussi à d’autres fins mettant en
péril la liberté individuelle et la vie privée. "Sur internet, il n'y a pas
d'anonymat, prévient la CNIL sur son site. Ce qui impose à chacun d'être
vigilant." Le site donne nombre d’indications pratiques sur la manière de
neutraliser ces outils de filature.
La délibération de la CNIL du 8 juillet 1997 sur les annuaires des abonnés au
téléphone traite des projets de basculement de ces annuaires sur l’internet et
de l’absence de dispositifs de sécurité permettant d’éviter leur téléchargement.
Des informations personnelles pourraient être massivement téléchargées depuis un
pays non soumis à des règles de protection des données, afin d’être cédées,
vendues, stockées, traitées et exploitées sans garantie ni contrôle. Pour
contrer tout téléchargement de ce type, il est demandé à chaque Etat membre de
transposer d’ici la fin 1998 dans sa propre législation la directive de l’Union
européenne du 24 octobre 1995. Les transferts internationaux de données ne
doivent être autorisés que si le pays destinataire peut assurer une protection
adéquate conforme aux normes européennes.
En ce qui concerne le transfert de l’annuaire des abonnés au téléphone sur le
web, la CNIL recommande que la décision soit prise par les utilisateurs
eux-mêmes, comme c’est déjà le cas pour l’inscription sur la liste rouge ou la
liste orange. S’inscrit sur la liste rouge toute personne ne souhaitant pas
figurer sur l’annuaire. 5,6 millions d’abonnés y sont inscrits, soit le quart
des abonnés de France Télécom. L’inscription à cette liste est payante malgré
les recommandations de la CNIL qui prône sa gratuité, comme c’est le cas dans
d’autres pays européens. La liste orange, elle, regroupe l’ensemble des
personnes qui, quoique souhaitant figurer dans l’annuaire, s’opposent à
l’utilisation commerciale de leurs coordonnées. Contrairement à la liste rouge,
l’inscription à la liste orange est gratuite.
= Technoréalisme et web indépendant