Le quotidien Ouest-France est mis en ligne en juillet 1996. D’abord appelé

France-Ouest, le site est ensuite renommé Ouest-France, du nom du journal. En

juin 1998, Bernard Boudic, son responsable éditorial, explique: "A l’origine,

l’objectif était de présenter et relater les grands événements de l'Ouest en

invitant les internautes à une promenade dans un grand nombre de pages

consacrées à nos régions (tourisme, industrie, recherche, culture). Très vite,

nous nous sommes aperçus que cela ne suffisait pas. Nous nous sommes tournés

vers la mise en ligne de dossiers d'actualité, puis d'actualités tout court.

Aujourd'hui nous avons quatre niveaux d'infos: quotidien, hebdo (tendant de plus

en plus vers un rythme plus rapide), événements et dossiers. Et nous offrons des

services (petites annonces, guide des spectacles, presse-école, boutique, etc.).

Nous travaillons sur un projet de journal électronique total: mise en ligne

automatique chaque nuit de nos quarante éditions (450 pages différentes, 1.500

photos) dans un format respectant typographie et hiérarchie de l'information et

autorisant la constitution par chacun de son journal personnalisé (critères

géographiques croisés avec des critères thématiques)."

Quels sont les retombées de l'internet pour les journalistes? "Elles sont encore

minces. Nous commençons seulement à offrir un accès internet à chacun (rédaction

d’Ouest-France: 370 journalistes répartis dans soixante rédactions, sur douze

départements... pas simple). Certains utilisent internet pour la messagerie

électronique (courrier interne ou externe, réception de textes de correspondants

à l'étranger, envoi de fichiers divers) et comme source d'informations. Mais

cette pratique demande encore à s'étendre et à se généraliser. Bien sûr, nous

réfléchissons aussi à tout ce qui touche à l'écriture multimédia et à sa

rétro-action sur l'écriture imprimée, aux changements d'habitudes de nos

lecteurs, etc. (...) Internet est à la fois une menace et une chance. Menace sur

l'imprimé, très certainement (captation de la pub et des petites annonces,

changement de réflexes des lecteurs, perte du goût de l'imprimé, concurrence

d'un média gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser sa propre info,

etc.). Mais c'est aussi l'occasion de relever tous ces défis, de rajeunir la

presse imprimée."

= La presse anglophone

Dans le monde anglophone, au début des années 1990, les premières éditions

électroniques de journaux sont disponibles par le biais de services commerciaux

tels que America Online ou CompuServe. Les organes de presse créent ensuite

leurs propres sites web. Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font web

commun sur un site dénommé Times Online, avec possibilité de créer une édition

personnalisée. Aux Etats-Unis, la version en ligne du Wall Street Journal est

payante, avec 100.000 abonnés en 1998. Celle du New York Times est disponible

sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l’actualité quotidienne en

ligne et de nombreux articles archivés, le tout avec images, sons et vidéos.

Pathfinder (rebaptisé ensuite Time) est le site web du groupe Time-Warner,

éditeur de Time Magazine, Sports illustrated, Fortune, People, Southern Living,

Money, Sunset, etc. On peut y lire la presse en ligne et rechercher des articles

par date ou par sujet. La presse informatique est également présente sur le web,

à commencer par le mensuel Wired, créé en 1992 en Californie. Premier magazine

consacré à la culture cyber, Wired, devenu une revue culte, se présente en 1998

comme le journal du futur à l’avant-garde du 21e siècle.

5.2. Les débuts de la presse électronique

= L'E-zine-list

Les premiers titres purement électroniques sont répertoriés dans l’E-zine-list,

créée en été 1993 par John Labovitz. Abrégé de fanzine ou magazine, un e-zine

est généralement l’oeuvre d’une personne ou d’un petit groupe. Il est uniquement

diffusé par courriel ou sur un site web. Le plus souvent, il ne contient pas de

publicité, ne vise pas un profit commercial et n’est pas dirigé vers une

audience de masse.

Comment l’E-zine-list débute-t-elle? Sur le site, John Labovitz relate qu’à

l’origine son intention est de faire connaître Crash, un zine imprimé pour

lequel il souhaite créer une version électronique. A la recherche de

répertoires, il ne trouve que le groupe de discussion Alt.zines, et des archives

comme le The Well et The Etext Archives. Lui vient alors l’idée d’un répertoire

organisé. Il commence avec douze titres classés manuellement dans un traitement

de texte. Puis il écrit sa propre base de données. En quatre ans, de 1993 à

1997, les quelques dizaines de e-zines deviennent plusieurs centaines. Pendant

la même période, la signification même de e-zine s’élargit pour recouvrir tout

type de publication publiée par voie électronique, même s’"il subsiste toujours

un groupe original et indépendant désormais minoritaire qui continue de publier

suivant son cœur ou de repousser les frontières de ce que nous appelons un

e-zine". En été 1998, l’E-zine-list comprend 3.000 titres. (Elle sera poursuivie

jusqu’en novembre 2001.)

= La presse électronique francophone

La presse électronique francophone débute en novembre 1994 avec Les Chroniques

de Cybérie, suivies par LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu) en février 1996 et

Multimédium en avril 1996.

Jean-Pierre Cloutier, journaliste québécois, lance en novembre 1994 Les

Chroniques de Cybérie, une chronique hebdomadaire des actualités du réseau, en

collaboration avec Mychelle Tremblay. Cette chronique est d'abord une lettre

envoyée par courriel. En avril 1995, elle est également présente sur le web. Au

fil des ans, elle devient une référence dans la communauté francophone, y

compris dans le domaine du livre.

Comment les Chroniques ont-elles débuté? En 1994, après avoir été journaliste

pendant de nombreuses années, Jean-Pierre Cloutier est à la tête d’une petite

société de traduction. "J'ai mis de côté mes activités de traduction pour

devenir chroniqueur, relate-t-il en juin 1998. Au début, je le faisais à temps

partiel, mais c'est rapidement devenu mon activité principale. C'était pour moi

un retour au journalisme, mais de manière manifestement très différente. Au

début, les Chroniques traitaient principalement des nouveautés (nouveaux sites,

nouveaux logiciels). Mais graduellement on a davantage traité des questions de

fond du réseau, puis débordé sur certains points d'actualité nationale et

internationale dans le social, le politique et l'économique. Dans le premier

cas, celui des questions de fond, c'est relativement simple car toutes les

ressources (documents officiels, dépêches, commentaires, analyses) sont en

ligne. On peut donc y mettre son grain de sel, citer, étendre l'analyse, pousser

des recherches. Pour ce qui est de l'actualité, la sélection des sujets est

tributaire des ressources disponibles, ce qui n'est pas toujours facile à

dénicher. On se retrouve alors dans la même situation que la radio ou la télé,

c'est-à-dire que s'il n'y a pas de clip audio ou d'images, une nouvelle même

importante devient du coup moins attrayante sur le plan du médium."

A la consternation des lecteurs, les Chroniques cessent provisoirement leur

parution en octobre 1997, pour des raisons budgétaires. "Au Québec, (...) les

annonceurs des secteurs public et privé et les commanditaires ne sont pas au

rendez-vous, du moins pour l'instant, pour assurer la viabilité du modèle

économique d'une prétendue industrie québécoise du contenu sur les inforoutes",

expliquent à la même date Jean-Pierre Cloutier et Mychelle Tremblay. Six mois

plus tard, en avril 1998, les Chroniques sont de retour grâce à leur alliance

avec le Webdo de Lausanne (Suisse) qui, pendant deux semaines, en détient

l'exclusivité sur le site créé à cet effet. Elles sont ensuite archivées sur le

site québécois initial, avec moteur de recherche.

Lancé à Paris en février 1996, LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu) se présente

comme "l’hebdomadaire internet immatériel et francophone", et se veut la

référence française pour les technologies de l'information. Sous l’égide de

François Vadrot, directeur des systèmes d’information du CNRS (Centre national

de la recherche scientifique), LMB Actu complète Le Micro Bulletin, revue

imprimée destinée aux universitaires et aux chercheurs. Diffusé gratuitement par

courriel tous les jeudis matin, LMB Actu est ensuite archivé sur le web. (Il est

remplacé par Internet Actu en septembre 1999.)

Mis en ligne en avril 1996, le cybermag québécois Multimédium se présente comme

le "quotidien des nouvelles technologies de l'information". L'actualité

québécoise, francophone et internationale est présentée sous forme d'articles

courts renvoyant aux sources (dépêches, sites web, etc.). La rubrique Infos

Technos est une sélection de revues informatiques disponibles en ligne.

5.3. Le développement de la presse en ligne

= De plus en plus de titres sur le web

Selon Henri Pigeat, président de l’Institut international des communications,

"l’édition électronique représente un axe majeur de développement pour la

presse". D'après lui, le web a trois fonctions essentielles: a) il est un outil

de promotion pour le journal parce qu’il attire de nouveaux lecteurs, souvent

plus jeunes; b) il offre plus de précisions et une vision plus exhaustive qu’un

support papier limité par la place; c) il "permet d’occuper le terrain,

notamment face à la concurrence de services en ligne nouveaux ou de la

télévision".

La vitesse de croisière va-t-elle remplacer la folle expansion observée entre

1994 et 1998? C’est l’avis d'Eric K. Meyer, journaliste indépendant qui publie

un article très documenté sur le site de l'AJR/NewsLink (AJR: American

Journalism Review). En décembre 1997, le nombre de journaux présents sur le web

est de 3.622, un chiffre correspondant à peu près à la prévision de 4.000 titres

donnée par le même site en 1994. 471 titres sont mis en ligne entre juin et

décembre 1996, 594 titres entre décembre 1996 et mai 1997 et 1.702 titres entre

juin et décembre 1997. Sur les 3.622 titres recensés en décembre 1997, on en

compte 1.563 basés hors des Etats-Unis, soit un pourcentage de 43%, alors que ce

pourcentage était seulement de 29% en décembre 1996. Cette forte augmentation

correspond à la mise en ligne de nombreux titres au Canada, au Royaume-Uni, en

Norvège, au Brésil et en Allemagne. Fait peu surprenant, les trois pays les plus

représentés sont les Etats-Unis (2.099 journaux), le Royaume-Uni (294 journaux)

et le Canada (230 journaux). Quelques mois plus tard, en septembre 1998, le

nombre de journaux présents sur le web est de 4.925, soit 1.300 de plus que fin

1997.

Fait qui mérite d’être signalé, aux Etats-Unis, de grands groupes de presse

traditionnellement concurrents tentent de travailler ensemble. Lancé en février

1997 par le News Century Network, NewsWorks est un site rédactionnel commun à

neuf groupes de presse (Advance Publications, Cox Newspapers, The Gannett

Company, The Hearst Corporation, Knight-Ridder, The New York Times Company,

Times Mirror, The Tribune Company et The Washington Post Company), soit 140

titres. Ce site commun dure 13 mois. La mésentente et le manque de cohésion

entre les partenaires ont raison de cette alliance en mars 1998. Même si le

partenariat semble difficile, il existe désormais un précédent pouvant ouvrir la

voie vers d’autres serveurs d’information nationaux et internationaux.

= L’information exclusive en ligne

Dans le quotidien Libération du 21 mars 1997, Laurent Mauriac, journaliste,

insiste sur l’importance de la date du 28 février 1997 dans l’histoire de la

presse, du journalisme et de l’internet. A 15 h 15, le Dallas Morning News, l’un

des dix grands quotidiens américains, livre en ligne une information exclusive:

la reconnaissance de sa culpabilité par Timothy McVeigh, le principal suspect de

l'attentat d'Oklahoma City (perpétré le 19 avril 1995 et ayant tué 168

personnes). Pour la première fois, une information exclusive n’est pas livrée

par une édition imprimée mais par une édition en ligne. Elle renverse les

rapports d’un journal avec son site web. Jusque-là, l’édition en ligne se

contentait d’être une copie de l’édition papier.

Moins d’un an après, le mécanisme est au point. Pierre Briançon, lui aussi

journaliste à Libération, explique le 30 janvier 1998 que le scandale provoqué

par les relations sexuelles de Bill Clinton, président des Etats-Unis, avec

Monika Lewinski, stagiaire à la Maison Blanche, est "le premier grand événement

politique dont tous les détails sont instantanément reproduits sur le web". Tous

les grands médias d'information ont une page web spéciale consacrée au scandale.

"Pour la première fois, le web apparaît ainsi comme un concurrent direct et

brutal, non seulement des journaux - handicapés par leur périodicité - mais des

radios ou télévisions."

L’affaire Clinton-Lewinsky provoque aussi quelques dérapages. Dans un entretien

publié en mars 1998 par le magazine allemand Com!, Hermann Meyn, président du

Deutscher Journalisten Verband (DJV) (Fédération des journalistes allemands),

propose d'établir un code de déontologie professionnelle à l’intention des

journalistes de la presse en ligne, afin d'éviter de tels dérapages à l'avenir.

Le flux d'informations étant beaucoup plus rapide sur l’internet que dans les

médias classiques, les rumeurs et fausses nouvelles sont légion. Un tel code

paraît donc indispensable, plutôt que des lois nationales qui s'avéreraient sans

doute inefficaces, l'internet étant un réseau à vocation mondiale.

= Presse et convergence multimédia

Dans la Tribune de Genève du 28 février - 1er mars 1998, Antoine Maurice,

journaliste, consacre un article aux mutations technologiques affectant le monde

de la presse. Suite à la généralisation de l’impression offset et de la

photocomposition, la fin des années 1980 voit "des rédactions complètement

informatisées et dépourvues de papier - le tout écran -, complètement en réseau

et en flux immatériel de production, complètement détachées et détachables des

lieux d’impression". Nombre de métiers ont disparu. Les journalistes doivent

maintenant compter avec des secrétaires de rédaction qui saisissent les textes

puis montent les pages à l’écran, et avec des ingénieurs qui réglementent les

modalités du travail. Les techniciens de l’information et ceux qui l’écrivent

sont tous deux "journalistes de plein droit, puisque des metteurs en page sur

ordinateur sont autant responsables du contenu du journal que des rédacteurs".

Les journalistes doivent aussi compter avec la concurrence de l’internet qui «

court-circuite en partie le pouvoir d’informer, privilège jusque-là d’un milieu

médiatique qui se serait bien passé de cette concurrence".

Lors du Colloque sur la convergence multimédia organisé les 27-29 janvier 1997 à

Genève par le Bureau international du travail (OIT), plusieurs interventions

sont particulièrement intéressantes.

Bernie Lunzer, secrétaire trésorier de la Newspaper Guild (Etats-Unis), est

l’intervenant le plus pessimiste sur la rentabilité de la presse en ligne.

D'après lui, les espoirs de rentabilité, fondés à l’origine sur les placards

publicitaires, se sont ensuite reportés sur les petites annonces, sans garantie

de succès jusque-là. L’instauration de l’abonnement payant semble lui aussi voué

à l’échec, parce qu’il prive le site d’une grande partie de son trafic. Bernie

Lunzer insiste également sur les batailles juridiques relatives au respect de la

propriété intellectuelle sur l’internet. Le but est notamment de contrer

l’attitude des directeurs de publication, qui amènent les journalistes

indépendants à signer des contrats particulièrement choquants, avec cession de

leurs droits d’auteur au journal en échange d’une contrepartie financière

ridicule.

De l’avis de Heinz-Uwe Rübenach, du Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger

(Association des directeurs de journaux, Allemagne), les services de presse en

ligne ne devraient pas sonner le glas des journaux imprimés, au moins dans un

proche avenir. Par contre, la presse en ligne concurrence déjà la presse

traditionnelle pour les annonces immobilières, les offres d’emploi et l’achat de

billets pour des manifestations sportives ou des spectacles. Heinz-Uwe Rübenach

insiste aussi sur la nécessité pour les entreprises de presse de gérer et de

contrôler l’utilisation sur le web des articles de leurs journalistes.

Plusieurs syndicalistes font part du danger représenté par la pression constante

exercée sur les journalistes des salles de rédaction. Alors que leurs articles

devaient auparavant être livrés une fois par jour, ils sont maintenant

sollicités plusieurs fois par jour. Ces tensions à répétition sont encore

aggravées par une journée de travail à l’écran pendant huit à dix heures

d’affilée. Le rythme de travail et l’utilisation intensive de l’ordinateur

entraînent de préoccupants problèmes de sécurité au travail. Après quelques

années à ce régime, des journalistes craquent à l’âge de 35 ou 40 ans.

Président de la Federação nacional dos jornalistas (FENAJ) (Fédération nationale

des journalistes, Brésil), Carlos Alberto de Almeida dénonce l’exploitation des

journalistes dans son pays. En théorie, les nouvelles technologies devaient leur

donner la possibilité de rationaliser leur travail et d’en réduire la durée afin

d’avoir plus de temps libre à consacrer à leur culture personnelle et leurs

loisirs. En pratique, ils sont obligés d’effectuer un nombre d’heures de travail

de plus en plus élevé. La journée légale de 5 heures est en fait une journée de

10 à 12 heures. Les heures supplémentaires ne sont pas payées, comme ne sont pas

payées non plus celles effectuées le week-end.

Si elle accélère le processus de production, l’automatisation des méthodes de

travail entraîne une diminution de l’intervention humaine et donc un

accroissement du chômage. Alors que, par le passé, le personnel de production

devait retaper les textes du personnel de rédaction, la mise en page automatique

entraîne la combinaison des deux tâches de rédaction et de composition. Dans les

services publicitaires aussi, la conception graphique et les tâches commerciales

sont maintenant intégrées. Par contre, l’informatique permet à certains

professionnels de s’installer à leur compte, une solution choisie par 30% des

salariés ayant perdu leur emploi.

= L’internet au secours de la liberté d’expression

Le web permet de lire en ligne des titres difficiles ou impossibles à trouver en

kiosque. Un article du Monde daté du 23 mars 1998 donne l'exemple du quotidien

algérien El Watan, en ligne depuis octobre 1997. Redha Belkhat, son rédacteur en

chef, explique: "Pour la diaspora algérienne, trouver dans un kiosque à Londres,

New York ou Ottawa un numéro d’El Watan daté de moins d'une semaine relève de

l'exploit. Maintenant, le journal tombe ici à 6 heures du matin, et à midi il

est sur internet."

L’internet permet aussi aux journaux interdits d’être publiés malgré tout. C’est

le cas de l’hebdomadaire algérien La Nation qui, parce qu'il dénonce les

violations des droits de l'homme en Algérie, est contraint de cesser ses

activités en décembre 1996. Un an après sa disparition, un numéro spécial de La

Nation est disponible sur le site de Reporters sans frontières (RSF). "En

mettant La Nation en ligne, notre but était de dire: cela n'a plus de sens de

censurer les journaux en Algérie, parce que grâce à internet les gens peuvent

récupérer les articles, les imprimer, et les distribuer autour d'eux", indique

Malti Djallan, à l'origine de cette initiative.

Consacré lui aussi à l’Algérie, le journal électronique Nouvelles du bled est

lancé en décembre 1997 à Paris par Mohamed Zaoui, journaliste algérien en exil,

et Christian Debraisne, français, responsable de la mise en page. L’équipe

rassemble une douzaine de personnes qui se retrouvent le jeudi soir dans un café

du 11e arrondissement. La revue de presse est effectuée à partir des journaux

d’Alger. Dans Le Monde du 23 mars 1998, Mohamed Zaoui explique: "La rédaction

d'El Watan, par exemple, nous envoie des papiers qu'elle ne peut pas publier

là-bas. C'est une façon de déjouer la censure. J'avais envie d'être utile et

j'ai pensé que mon rôle en tant que journaliste était de saisir l'opportunité

d'internet pour faire entendre une autre voix entre le gouvernement algérien et

les intégristes." Christian Debraisne ajoute: "Avec internet, nous avons trouvé

un espace de libre expression et, en prime, pas de problème d'imprimerie ni de

distribution. Je récupère tous les papiers et je les mets en ligne la nuit à

partir de chez moi." Nouvelles du bled paraît jusqu’en octobre 1998.

= Un médium à part entière

Selon une enquête menée en février 1998 aux Etats-Unis par Market Facts (devenu

ensuite Synovate) pour le compte de MSNBC (Microsoft Network Broadcasting

Corporation), l’internet supplante désormais les médias classiques en tant que

diffuseur de nouvelles. Avec une moyenne d'utilisation de 3,5 heures par

semaine, l’internet supplante les magazines (2,4 heures) et il est pratiquement

à égalité avec les journaux (3,6 heures). Il tend à se rapprocher de la radio

(4,5 heures), de la télévision par câble (5 heures) et de la télévision

classique (5,7 heures). L’internet l'emporte largement sur l’imprimé pour la

consultation des nouvelles au bureau, particulièrement les nouvelles économiques

et financières.

Signe des temps, en France, l’Ecole supérieure de journalisme de Lille propose

une formation au journalisme multimédia, cette formation durant neuf mois, dont

trois mois de stage en entreprise. "En associant sur un même support l'écrit,

l'image, le son, les ressources documentaires et l'interactivité, le multimédia

modifie substantiellement les pratiques des éditeurs et des professionnels",

indique l'Ecole sur son site. Terminée en juin 1998, la première session

comprend huit diplômés. Une deuxième session débute en septembre 1998. Dans un

article du cybermag Multimédium daté du 17 avril 1998, Bruno Guglieminetti,

réalisateur aux projets spéciaux numériques de Radio Canada, explique: "Le

journalisme en ligne fait appel à une toute autre philosophie, à un tout autre

système de production que le journalisme 'traditionnel'. Avec la création de

cette filière, Lille se plante vraiment à l’avant-garde du journalisme européen,

ce qui n’empêchera pas les journalistes traditionnels d’y recevoir leur

formation et d’y trouver leur compte."

Par ailleurs, le Syndicat national des journalistes (SNJ) œuvre pour que soit

respectée la protection du droit d’auteur sur l’internet. En mars 1998, le SNJ

entame sa troisième poursuite contre un organe de presse écrite pour l’obliger à

rétribuer les journalistes dont les articles sont repris sur le web. Après avoir

poursuivi les Dernières nouvelles d’Alsace puis le Groupe Havas, le SNJ

s’attaque au Figaro pour "contrefaçon et exploitation ligitieuse" des articles

de la rédaction mis en ligne sur son site web. Selon le cybermag Multimédium,

qui consacre un article à ce sujet, "la poursuite s'appuie sur l'article 9 de la

convention collective qui stipule que 'si un journaliste est appelé par son

employeur à collaborer à un autre titre que celui ou ceux auxquels il est

attaché, ou à exécuter son contrat de travail selon un mode d'expression

différent, cette modification doit faire l'objet d'un accord dans les conditions

prévues à l'article 20, c'est à dire qu'un échange de lettres sera nécessaire

chaque fois qu'interviendra une modification du contrat de travail'. L'employeur

ayant décidé de mettre en ligne les articles sans l'accord des journalistes, et

ceux-ci estimant que la publication en ligne n'est pas la même que l'imprimée à

laquelle ils sont liés, le syndicat estime que la convention collective n'est

pas respectée."

= L’avenir de la presse en ligne

Le Livre 010101, Tome 1 (1993-1998) · 第 5 / 12 段