considérable. Nous sommes une petite maison d’édition installée en province.
Internet nous a fait connaître rapidement sur une échelle que je ne soupçonnais
pas. Même les médias 'classiques' nous ont ouvert un peu leur portes grâce à
notre site. Les manuscrits affluent par le courrier électronique. Ainsi nous
avons édité deux auteurs québécois (Fernand Héroux et Liz Morency, Affaire de
coeurs, publié en septembre 1997, ndlr). Beaucoup de livres se réalisent
(corrections, illustrations, envoi des documents à l’imprimeur) par ce moyen
(par exemple la couverture d’Affaire de cœurs, réalisée par Joane Michaud,
infographiste et affichiste québécoise, ndlr). Dès le début du site nous avons
reçu des demandes de pays où nous ne sommes pas (encore) représentés:
Etats-Unis, Japon, Amérique latine, Mexique, malgré notre volonté de ne pas
devenir un site 'commercial' mais d’information et à 'connotation culturelle'.
(Nous n’avons pas de système de paiement sécurisé, nous avons juste référencé
sur une page les libraires qui vendent en ligne)."
En ce qui concerne l’avenir, "j’aurais tendance à répondre par deux questions:
Pouvez vous me dire comment va évoluer internet? Comment vont évoluer les
utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi peu 'commercial' que possible et
augmenter l’interactivité et le contact avec les visiteurs du site. Y
réussirons-nous? Nous avons déjà reçu des propositions qui vont dans un sens
opposé. Nous les avons mis 'en veille'. Mais si l’évolution va dans ce sens,
pourrons-nous résister, ou trouver une 'voie moyenne'? Honnêtement, je n’en sais
rien."
= Un autre exemple: Le Cerf
Les éditions du Cerf se présentent comme la bibliothèque francophone des
sciences humaines et religieuses. En juin 1998, Hervé Ponsot, leur webmestre,
précise: "Pour les éditions du Cerf dont je m'occupe sur le plan internet, en
effet, le site existe en lien avec les éditions, mais marginalement quand même:
le serveur se trouve en dehors du Cerf, et il est géré par une personne
extérieure au Cerf, moi-même. Bref, il s'agit plutôt d'un service rendu, dont on
ne peut dire qu'il ait bouleversé la maison Cerf. Il reste que, par la grâce de
Dieu, de plus en plus de consultants arrivent sur ce site, et que des commandes
me sont adressées de plus en plus régulièrement, sans que nous les ayons
cherchées, puisque le site a été créé en priorité pour rendre service aux
chercheurs, et secondairement pour faire de la publicité pour la maison et
renouveler son image...
Mais j'ai constaté, et beaucoup de personnes m'ont confirmé, que les sites de
service pouvaient se révéler rentables, parfois plus facilement et plus
rapidement que les sites commerciaux: l'exemple le plus connu est fourni par les
sites de recherche sur internet. La suite envisagée pour le site Cerf ne devrait
pas fondamentalement changer par rapport à ce qui se passe aujourd'hui: rendre
service aux chercheurs, faire connaître la maison en lui donnant une image
dynamique. Nous pensons certes un jour faire du site, ou d'un site voisin, un
site commercial: mais la maison ne peut se permettre, compte tenu de sa faible
surface financière, d'être leader en ce domaine; les pas seront donc comptés et
très prudents."
= Editeurs sur le web
De plus en plus d’éditeurs sont présents sur le web, par exemple Gallimard, La
Documentation française, Marabout ou les éditions Odile Jacob. Le site des
Presses universitaires de France (PUF) présente le fonds éditorial des PUF,
ainsi que la collection encyclopédique Que sais-je?, avec un historique de la
collection, la liste des nouveautés des trois derniers mois, un descriptif
détaillé des dernières parutions, une recherche par numéro et un classement
thématique.
Les répertoires d'éditeurs ne manquent pas, par exemple Edilib, Livre.net et
Publishers’ Catalogues.
Edilib répertorie les éditeurs, libraires et diffuseurs francophones. La gestion
de cette liste est assurée par Benoît Thiriou, de la bibliothèque médicale du
CHU (centre hospitalier universitaire) de Rouen (Normandie). L’indexation est
réalisée par Dominique Benoist, de la Bibliothèque universitaire de la Faculté
de médecine de Rouen, selon la classification RAMEAU (répertoire d’autorités
matières encyclopédique et alphabétique unifié). La recherche est possible par
ordre alphabétique ou par sujet. Le site signale aussi d’autres répertoires de
l’édition française et internationale.
Livre.net (devenu ensuite Lalibrairie.com) met à la disposition des adhérents
cinq annuaires professionnels (bibliothèques, diffuseurs, distributeurs,
éditeurs et librairies). Le 1er décembre 1998, Livre.net comprend 5.037 notices
d’éditeurs, 2.137 notices de libraires, 435 notices de diffuseurs, 390 notices
de distributeurs et 3.120 notices de bibliothèques, avec divers critères de
recherche (titre, auteur, éditeur, date de parution, ISBN, etc.). Plusieurs
rubriques sont en accès libre: conseils pour écrire et publier, revues
littéraires, concours littéraires, etc.
Proposé par Northern Lights Internet Solutions, une société située à Saskatoon,
dans le Saskatchewan (Canada), le répertoire Publishers’ Catalogues est géré par
Peter Scott. A titre anecdotique, voici la liste alphabétique des éditeurs
français répertoriés en décembre 1998: "Actes Sud, Anako, Arnette Blackwell,
Casterman, Cepadues, Culture d'Oc, CyLibris éditions, Dunod, éditions
Complicités, éditions Dalloz-Sirey, éditions du Choucas, éditions du Juris
Classeur, éditions Eyrolles, éditions et librairie Oberlin, éditions Hermès,
éditions Jakin, éditions littéraires et linguistiques de Grenoble, éditions
Marshall Cavendish, éditions Massin, éditions Michel Lafon, éditions Milan
Presse, éditions Odile Jacob, éditions Phi, EDP Sciences, Fata Morgana,
Gallimard, Gauthier-Villars, Fabrice Gueho, Masson, Presses universitaires de
France et Telesma Publishing."
= La National Academy Press
"A première vue, cela paraît illogique", écrit Beth Berselli, journaliste au
Washington Post, dans un article paru dans le Courrier international de novembre
1997. "Un éditeur de Washington, la National Academy Press (NAP), qui a publié
sur internet 700 titres de son catalogue actuel, permettant ainsi à tout un
chacun de lire gratuitement ses livres, a vu ses ventes augmenter de 17% l’année
suivante. Qui a dit que personne n’achèterait la vache si on pouvait avoir le
lait gratuitement?"
Une politique à la fois atypique et dynamique porte donc ses fruits. Editeur
universitaire américain, la National Academy Press (NAP) (devenue ensuite:
National Academies Press) publie environ 200 livres par an, essentiellement des
livres scientifiques et techniques et des ouvrages médicaux. Dès 1994, l'éditeur
choisit de mettre en accès libre sur le web le texte intégral de plusieurs
centaines de livres, afin que les lecteurs puissent les "feuilleter" à l’écran,
comme ils l’auraient fait dans une librairie, avant de les acheter ensuite s’ils
le souhaitent. La NAP est le premier éditeur à se lancer dans un tel pari, une
initiative saluée par les autres maisons d’édition, qui hésitent cependant à
tenter l’aventure, ce pour trois raisons: le coût excessif qu’entraîne la mise
en ligne de milliers de pages, les problèmes liés au droit d’auteur, et enfin
une concurrence qu’ils estiment nuisible à la vente.
En ce qui concerne le copyright, ce sont les auteurs de la NAP eux-mêmes qui,
pour des raisons publicitaires, demandent à ce que leur livre soit mis en ligne
sur le site. Pour l'éditeur, le web est un nouvel outil de marketing face aux
50.000 ouvrages publiés chaque année aux Etats-Unis. Une réduction de 20% est
accordée pour toute commande effectuée en ligne. La présence de ces livres sur
le web entraîne une augmentation des ventes par téléphone. Le mouvement va en
s’amplifiant puisque, en 1998, le site de la NAP propose le texte intégral d’un
millier de titres. La solution choisie par la NAP est également adoptée par la
MIT Press (MIT: Massachusetts Institute of Technology), qui voit rapidement ses
ventes doubler pour les livres en version intégrale sur le web.
4.2. L’édition électronique
= Deux pionniers, CyLibris et 00h00
Fondé en août 1996 à Paris par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber et Libris,
livre) est le pionnier francophone de l’édition électronique commerciale.
CyLibris est en effet la première maison d’édition à utiliser l’internet et le
numérique pour publier de nouveaux auteurs littéraires. Vendus uniquement sur le
web, les livres sont imprimés à la commande et envoyés directement au client, ce
qui permet d’éviter le stock et les intermédiaires. Pendant son premier
trimestre d’activité, l’éditeur signe des contrats avec treize auteurs. Le site
propose en téléchargement libre des extraits de livres au format texte. Il donne
aussi des informations pratiques aux auteurs en herbe: comment envoyer un
manuscrit à un éditeur, ce que doit comporter un contrat d’édition, comment
protéger son manuscrit, comment tenter sa chance dans des revues ou concours
littéraires, etc. En bref, le site de CyLibris se propose d'être le carrefour de
la petite édition.
Pionnier de l’édition en ligne commerciale, les éditions 00h00 (prononcer: zéro
heure) font leur apparition sur le réseau en mai 1998. Elles sont co-fondées par
Jean-Pierre Arbon, ancien directeur général de Flammarion, et Bruno de Sa
Moreira, ancien directeur de Flammarion Multimédia, qui explique en juillet
1998: "Aujourd'hui mon activité professionnelle est 100% basée sur internet. Le
changement ne s'est pas fait radicalement, lui, mais progressivement
(audiovisuel puis multimédia puis internet). (...) La gestation du projet a duré
un an: brainstorming, faisabilité, création de la société et montage financier,
développement technique du site et informatique éditoriale, mise au point et
production des textes et préparation du catalogue à l'ouverture. (...) Nous
faisons un pari, mais l’internet me semble un média capable d'une très large
popularisation, sans doute grâce à des terminaux plus faciles d'accès que le
seul micro-ordinateur."
La création de 00h00 marque la véritable naissance de l'édition en ligne, lit-on
sur le site. "C'est en effet la première fois au monde que la publication sur
internet de textes au format numérique est envisagée dans le contexte d'un site
commercial, et qu'une entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'édition
(auteurs et éditeurs) d'ouvrir avec elle sur le réseau une nouvelle fenêtre
d'exploitation des droits. Les textes offerts par 00h00.com sont soit des
inédits, soit des textes du domaine public, soit des textes sous copyright dont
les droits en ligne ont fait l'objet d'un accord avec leurs ayants droit. (...)
Avec l'édition en ligne émerge probablement une première vision de l'édition au
21e siècle. C'est cette idée d'origine, de nouveau départ qui s'exprime dans le
nom de marque, 00h00. (...) Internet est un lieu sans passé, où ce que l'on fait
ne s'évalue pas par rapport à une tradition. Il y faut inventer de nouvelles
manières de faire les choses. (...) Le succès de l'édition en ligne ne dépendra
pas seulement des choix éditoriaux: il dépendra aussi de la capacité à
structurer des approches neuves, fondées sur les lecteurs autant que sur les
textes, sur les lectures autant que sur l'écriture, et à rendre immédiatement
perceptible qu'une aventure nouvelle a commencé."
Tous les titres sont disponibles sous la forme d’un exemplaire numérique (au
format PDF) et d’un exemplaire papier. Les collections sont très diverses:
inédits, théâtre classique français, contes et récits fantastiques, contes et
récits philosophiques, souvenirs et mémoires, philosophie classique, réalisme et
naturalisme, cyberculture, romans d’enfance, romans d’amour, nouvelles et romans
d’aventure. Le recherche est possible par auteur, par titre et par genre. Pour
chaque livre, on a un descriptif court, un descriptif détaillé, la table des
matières et une courte présentation de l’auteur. S’ajoutent ensuite les
commentaires des lecteurs. Le paiement est effectué en ligne grâce à un système
sécurisé mis en place par la Banque populaire. Ceux que le paiement en ligne
rebute peuvent régler leur commande par fax, par courrier, par carte bancaire ou
par chèque.
Pas de stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien direct
avec le lecteur et entre les lecteurs. Sur le site, les internautes/lecteurs qui
le souhaitent peuvent créer leur espace personnel pour y rédiger leurs
commentaires, participer à des forums ou recommander des liens vers d’autres
sites. Ils peuvent encore s’abonner à la lettre d’information pour être tenus au
courant des nouveautés.
= La diffusion en ligne
Pour les livres et périodiques scientifiques et techniques, dans lesquels
l’information la plus récente est primordiale, la numérisation conduit à
repenser complètement la signification même de publication, et à s'orienter vers
une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les actualisations
régulières.
Les tirages papier restent toujours possibles à titre ponctuel. Des universités
diffusent désormais des manuels "sur mesure" composés d’un choix de chapitres et
d'articles sélectionnés dans une base de données, auxquels s'ajoutent les
commentaires des professeurs. Pour un séminaire, un très petit tirage peut être
effectué à la demande à partir de documents transmis par voie électronique à un
imprimeur.
Pour la lecture de loisir, il reste toujours pratique d’avoir un livre ou un
magazine imprimé pour lire sur son divan, dans son lit, au café, dans une salle
d’attente, dans un train ou dans un avion. Mais, à terme, l’édition électronique
se développera peut-être aussi dans ce domaine, en complément, à cause d’atouts
spécifiques comme sa rapidité d’accès et son coût.
4.3. Les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?
De l’avis général, l’internet renforce considérablement les relations entre les
auteurs et les lecteurs. Grâce au web, les auteurs peuvent faire connaître
directement leurs oeuvres, et le courrier électronique leur permet de discuter
avec leurs lecteurs. En définitive, les auteurs ont-ils encore besoin des
éditeurs?
Professeure de lettres, poète et peintre, Silvaine Arabo crée en mai 1997 le
site Poésie d’hier et d’aujourd’hui. En juin 1998, elle relate: "Internet m'a
mise en contact avec d'autres poètes, dont certains fort intéressants... Cela
rompt le cercle de la solitude et permet d'échanger des idées. On se lance des
défis aussi... Internet peut donc pousser à la créativité et relancer les
motivations des poètes puisqu'ils savent qu'ils seront lus et pourront même,
dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points
de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects
positifs à la promotion de la poésie par internet, tant pour le lecteur que pour
le créateur." Son site devient rapidement une cyber-revue.
Ceci est tout aussi vrai pour les romans. Le quotidien Libération du 27 février
1998 donne l'exemple de Barry Beckham, romancier américain qui lance une formule
originale pour diffuser son nouveau roman You Have a Friend: The Rise and Fall
and Rise of the Chase Manhattan Bank. Ce roman a pour décor la grande banque
Chase Manhattan, et ceci sur deux siècles, entre 1793 et 1995. Le sujet est
inspiré par la vie professionnelle de l’auteur, qui est rédacteur dans le
service des relations publiques de cette banque. Moyennant un abonnement de 9,95
dollars, le lecteur reçoit un épisode par courrier électronique tous les quinze
jours pendant six mois. Barry Beckham inaugure ainsi la formule du
roman-feuilleton sur le web, dans la lignée de Dostoïevski, Dumas et Dickens en
d’autres temps. Sur son site (disparu depuis), Barry Beckham dit s’être inspiré
de la démarche des feuilletonnistes du 19e siècle "pour atteindre des lecteurs à
une époque où l'édition littéraire est dominée par des conglomérats obsédés par
des titres ayant un fort potentiel commercial mais peu de substance
intellectuelle".
Pour les auteurs de documentaires également, l’apport de l’internet est réel,
comme en témoigne l’expérience d’Esther Dyson. Présidente d'EDventure Holdings,
société spécialisée dans l’étude des technologies de l’information, elle fait
partie du comité directeur de l’ Electronic Frontier Foundation (EFF). Depuis
1982, elle publie Release 1.0, lettre d’information mensuelle très prisée des
spécialistes et souvent appelée la lettre intellectuelle du monde informatique.
En 1997, elle publie aussi un livre: Release 2.0: A Design for Living in the
Digital Age. Parallèlement à la publication simultanée de son livre par
plusieurs éditeurs dans le monde (notamment Viking à Londres), Esther Dyson
ouvre le site Release 2.0 (disparu depuis) pour dialoguer avec ses lecteurs et
tirer parti de tous ces échanges dans une nouvelle édition de son livre. Dans ce
cas précis, le site web se trouve être une étape intermédiaire entre deux
publications imprimées.
Si un livre a de plus en plus fréquemment un correspondant numérique sur le web,
le cas contraire ne l’est pas, comme l’explique Christian Aubry, rédacteur en
chef du cybermag Multimédium, lorsqu’il présente L'état du cybercommerce
1998-1996, copublié par Fortune 1000 et Communications Vianet, qui paraît le 25
février 1998 lors du Forum québécois sur l’internet. "Il est devenu assez banal
de numériser un livre afin de le rendre accessible sur le réseau mondial. Mais
le contraire - un site internet transposé dans un livre - est un phénomène
suffisamment inusité pour attirer notre attention. Que peut gagner le web, ce
médium virtuel, universel, interactif et instantané, à revenir ainsi en arrière
et à se figer dans un simple objet de papier?" Signé par deux journalistes,
Vallier Lapierre et Yves Leclerc, le livre est un recueil de textes tirés du
site CLÉS du commerce électronique. Il recense les tendances et stratégies
récentes en matière de commerce électronique et de cyber-économie.
Les éditeurs auront-ils encore raison d'être dans quelques années? Oui,
vraisemblablement. Jean-Paul, écrivain et musicien, écrit en juin 1998:
"L'internet va me permettre de me passer des intermédiaires: compagnies de
disques, éditeurs, distributeurs... Il va surtout me permettre de formaliser ce
que j'ai dans la tête (et ailleurs) et dont l'imprimé (la micro-édition, en
fait) ne me permettait de donner qu'une approximation. Puis les intermédiaires
prendront tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, là où l'herbe est
plus verte..."
5. LA PRESSE SE MET EN LIGNE
[5.1. La presse traditionnelle / 5.2. Les débuts de la presse électronique /
5.3. Le développement de la presse en ligne]
Même si cette étude est essentiellement consacrée au livre, ce chapitre fait un
rapide survol du sujet connexe qu'est la presse en ligne. Nombreux sont les
journaux et magazines imprimés qui ouvrent un site web avec articles, dossiers
et archives en ligne. D’autres journaux et magazines sont purement
électroniques. L’avenir de la presse en ligne est également lié à un débat de
fond sur le métier de journaliste.
5.1. La presse traditionnelle
= Les débuts
Mis en ligne en février 1995, le site web du mensuel Le Monde diplomatique est
le premier site d’un périodique imprimé français. Monté dans le cadre d’un
projet expérimental avec l’Institut national de l’audiovisuel (INA), ce site est
inauguré lors du forum des images Imagina. Il donne accès à l’ensemble des
articles depuis janvier 1994, par date, par sujet et par pays. L’intégralité du
mensuel en cours est consultable gratuitement pendant les deux semaines suivant
sa parution. Un forum de discussion permet au journal de discuter avec ses
lecteurs.
En juin 1998, Philippe Rivière, responsable du site, précise que, trois ans
après sa mise en ligne, le site a "bien grandi, autour des mêmes services de
base: archives et annonce de sommaire". Grâce à l’internet, "le travail
journalistique s'enrichit de sources faciles d'accès, aisément disponibles. Le
travail éditorial est facilité par l'échange de courriers électroniques; par
contre, une charge de travail supplémentaire due aux messages reçus commence à
peser fortement."
Fin 1995, le quotidien Libération met en ligne son site web, peu après le
lancement du Cahier Multimédia, un cahier imprimé hebdomadaire inclus dans
l'édition du jeudi. Le site propose la Une du quotidien, la rubrique Multimédia,
qui regroupe les articles du Cahier Multimédia et les archives des cahiers
précédents, le Cahier Livres complété par Chapitre Un (les premiers chapitres
des nouveautés), et bien d'autres rubriques. (La rubrique Multimédia est ensuite
rebaptisée Numériques.)
Sur le site du Monde, lancé en 1996, on trouve des dossiers en ligne, la Une en
version graphique à partir de 13 h, l’intégralité du journal avant 17 h,
l’actualité en liaison avec l’AFP (Agence France-Presse), et des rubriques sur
la bourse, les livres, le multimédia et les sports. En 1998, le journal complet
en ligne coûte 5 FF (0,76 euros) alors que l’édition papier coûte 7,50 FF (1,15
euros). S'ils concernent le multimédia, les articles du supplément imprimé
hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles gratuitement en ligne
dans la rubrique Multimédia (rebaptisée ensuite Nouvelles technologies).
L’Humanité est le premier quotidien français à proposer la version intégrale du
journal en accès libre sur le web. Classés par rubriques, les articles sont
disponibles entre 10 h et 11 h du matin, à l’exception de L’Humanité du samedi,
disponible en ligne le lundi suivant. Tous les articles sont archivés sur le
site. En juillet 1998, Jacques Coubard, responsable du site, explique: "Le site
de L’Humanité a été lancé en septembre 1996 à l'occasion de la Fête annuelle du
journal. Nous y avons ajouté depuis un forum, un site consacré à la récente
Coupe du monde de football (avec d’autres partenaires), et des données sur la
Fête et sur le meeting d'athlétisme, parrainé par L'Humanité. Nous espérons
pouvoir développer ce site à l'occasion du lancement d'une nouvelle formule du
quotidien qui devrait intervenir à la fin de l'année ou au début de l'an
prochain. Nous espérons également mettre sur le web L'Humanité Hebdo, dans les
mêmes délais. Jusqu'à présent on ne peut pas dire que l'arrivée d'internet ait
bouleversé la vie des journalistes, faute de moyens et de formation (ce qui va
ensemble). Les rubriques sont peu à peu équipées avec des postes dédiés, mais
une minorité de journalistes exploitent ce gisement de données. Certains s'en
servent pour transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute
encore une 'peur' culturelle à plonger dans l'univers du net. Normal, en face de
l'inconnu. L'avenir devrait donc permettre par une formation (peu compliquée) de
combler ce handicap. On peut rêver à un enrichissement par une sorte d'édition
électronique, mais nous sommes sévèrement bridés par le manque de moyens
financiers."
= La presse régionale
La presse régionale est elle aussi rapidement présente sur le web, par exemple
les Dernières nouvelles d’Alsace et Ouest-France.
Lancé en septembre 1995, le site des Dernières nouvelles d’Alsace propose
l’intégrale de l’édition du jour et des informations pratiques (cours de la
bourse, calcul des impôts, etc.). Il offre aussi une édition abrégée en
allemand. Michel Landaret, responsable du site, précise en juin 1998 que
celui-ci "compte actuellement 5.500 lecteurs par jour".