Une Autre Terre, site de science-fiction, est mis en ligne en novembre 1996.

Fabrice Lhomme, son créateur, retrace les débuts du site en juin 1998: "J'ai

commencé en présentant quelques bibliographies très incomplètes à l'époque et

quelques critiques. Rapidement, j'ai mis en place les forums à l'aide d'un

logiciel 'maison' qui sert également sur d'autres actuellement. (...) Ensuite,

le phénomène le plus marquant que je puisse noter, c'est la participation de

plusieurs personnes au développement du serveur alors que jusque-là j'avais tout

fait par moi-même. Le graphisme a été refait par un généreux contributeur et je

reçois régulièrement des critiques réalisées par d'autres personnes. Pour ce qui

est des nouvelles, la rubrique a eu du mal à démarrer mais une fois qu'il y en a

eu un certain nombre, j'ai commencé à en recevoir régulièrement (effet

d'entraînement). Actuellement, j'ai toutes les raisons d'être satisfait car mon

site reçoit plus de 2.000 visiteurs différents chaque mois et toutes les

rubriques ont une bonne audience. Le forum des visiteurs est très actif, ce qui

me ravit. Concernant les perspectives d'avenir, j'envisage pour très bientôt

d'ouvrir une nouvelle rubrique proposant des livres d'occasion à vendre avec

l'ambition de proposer un gros catalogue. Eventuellement, j'ouvrirai aussi une

rubrique présentant des biographies car je reçois pas mal de demandes des

visiteurs en ce sens. (...) Si l'activité de vente de livres d'occasion se

montre prometteuse, il est possible que j'en fasse une activité professionnelle

sous la forme d'une micro-entreprise."

= Le roman interactif

On assiste aussi à l’apparition de la littérature interactive, à savoir des

oeuvres de fiction auxquelles participent les internautes. La première est

"lancée par le grand écrivain américain John Updike, qui, l'an dernier, balança

sur le web le premier chapitre d'un roman que les internautes étaient censés

poursuivre", raconte Emmanuèle Peyret, journaliste, dans le quotidien Libération

du 27 février 1998. Cette première expérience de littérature interactive est

réalisée à l'initiative de la grande librairie en ligne Amazon.com.

En France, lors de la fête de l’internet des 20 et 21 mars 1998, ATOS et France

Loisirs lancent à leur tour le premier roman interactif francophone. Le thème

est le suivant: "Une femme, condamnée à mort aux Etats-Unis, bénéficie d'un

sursis de trente jours accordé par le gouverneur, avant son exécution. Que

va-t-elle faire de ce répit? A quoi pense-t-elle et quel message va-t-elle

laisser aux partisans et aux opposants de la peine de mort?" Signé par le

romancier Yann Queffélec, le premier chapitre est disponible sur le site de

France Loisirs le 20 mars 1998, premier jour de la fête de l’internet. Les

internautes disposent de deux semaines pour proposer un deuxième chapitre. Le

jury du club sélectionne le meilleur chapitre, qui devient la suite officielle

du roman, et ainsi de suite jusqu’au 27 juillet. Yann Queffélec prend à nouveau

la plume pour rédiger le huitième et dernier chapitre. France Loisirs publie le

roman en septembre 1998.

= Zazieweb

Depuis 1996, toute l’actualité littéraire est présentée avec punch et humour par

Zazieweb. Revue en ligne conçue et réalisée par Isabelle Aveline, avec un

graphisme d’Oliver Cornu, Zazieweb comprend un édito, une rubrique d’actualité,

un agenda, une revue de presse, un annuaire des sites et un self-service

multimédia. En juin 1998, Isabelle Aveline écrit: "Zazieweb est né il y a deux

ans environ: juin 1996. C'était à l'époque un projet personnel qui entrait dans

le cadre d'un master multimédia et que j'ai essayé de 'vendre' aux éditeurs.

(...) Découvrir internet m'a ouvert d'autres possibilités et surtout maintenant

je ne conçois pas de ne pas travailler 'on the web'!"

Sur le site, elle explique: "Zazieweb est un site World Wide Web professionnel

et grand public indépendant, spécifiquement dédié aux libraires, éditeurs... et

grand public de culture 'livre'. Conçu comme une librairie virtuelle, un espace

de documentation, d'orientation et de ressources pour un public de culture

'papier' s'intéressant à internet, il se situe aux frontières de l'écrit et de

l'édition électronique. L'originalité du traitement des rubriques par rapport à

un média papier étant évidemment de 'mailler' l'information avec un site sur

internet. C'est donc un site 'passerelle' vers internet pour un public curieux

et désorienté, avide de connaître ce qui se passe 'de l'autre côté de l'écran'."

3. DES LIVRES A VENDRE SUR LE WEB

[3.1. Librairies traditionnelles / 3.2. Premières librairies en ligne / 3.3.

L’avenir des librairies en ligne]

De nombreuses librairies "en dur" - avec locaux, vitrine sur la rue, rayonnages

et piles de livres – créent un site web pour disposer d’une deuxième vitrine sur

le monde. D’autres librairies n’ont ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue.

Leur vitrine est leur site web, et toutes leurs transactions s’effectuent sur le

réseau. L’internaute peut consulter le catalogue à l’écran, lire le résumé ou

des extraits des livres sur le web et passer sa commande en ligne.

3.1. Librairies traditionnelles

= Chaînes de librairies

Les chaînes de librairies traditionnelles s’installent rapidement sur

l’internet. C’est le cas par exemple de la Fnac, du Furet du Nord et de Decitre.

Le site de la Fnac ouvre sur le logo "fnac" blanc et ocre bien connu. Présente

en France, en Belgique et en Espagne, la Fnac, qui se veut à la fois défricheur,

agitateur culturel et commerçant, se définit elle-même par "une politique

commerciale fondée sur l’alliance avec le consommateur, sa vocation culturelle

et sa volonté de découvrir les nouvelles technologies". La Fnac crée un magazine

littéraire en ligne et ouvre un secteur "commerce électronique" permettant de

commander livres, disques, vidéos et CD-Rom. La commande est passée par

internet, minitel ou téléphone. La livraison est possible en France comme à

l’étranger. Les modes de paiement sont la carte de crédit ou le chèque à la

commande.

Le Furet du Nord est une chaîne de librairies implantée dans le Nord de la

France et dont le siège est à Lille. Son site permet de consulter une base de

données de 250.000 livres et de les commander en ligne. Il propose aussi un

suivi permanent de l'actualité littéraire. La vente à distance représente 15 à

20% du chiffre d’affaires total de l'entreprise. Les meilleurs clients sont les

écoles, les universités, les comités d’entreprise et les ambassades.

La chaîne de librairies Decitre officie dans la région Rhône-Alpes. Ses neuf

librairies sont particulièrement dynamiques dans le domaine de l’informatique,

du multimédia et de l’internet. Elles proposent régulièrement des démonstrations

de CD-Rom et des initiations à l’internet. Créé en 1996, le site est remanié en

décembre 1997. "Notre site est pour l'instant juste un moyen de communication de

plus (par le biais du mail) avec nos clients des magasins et nos clients

bibliothèques et centres de documentation", explique en juin 1998 Muriel Goiran,

libraire. "Nous avons découvert son importance en organisant DocForum, le

premier forum de la documentation et de l'édition spécialisée, qui s'est tenu à

Lyon en novembre 1997 (avec une prochaine édition fixée en novembre 1999). Il

nous est apparu clairement qu'en tant que libraires, nous devions avoir un pied

dans le net. Internet est très important pour notre avenir. Nous allons mettre

en ligne notre base de 400.000 livres français à partir de fin juillet 1998, et

elle sera en accès gratuit pour des recherches bibliographiques. Ce ne sera pas

une n-ième édition de la base de Planète Livre, mais notre propre base de

gestion, que nous mettons sur internet."

= Librairies spécialisées

Située au coeur de Paris, dans la rue Saint-Honoré, la librairie Itinéraires est

spécialisée dans les voyages. Elle propose guides, cartes, manuels de

conversation, reportages, récits de voyage, livres de cuisine, livres d’art et

de photographie, ouvrages d'histoire, de civilisation, d'ethnographie, de

religion et de littérature étrangère, et cela pour 160 pays et 250 destinations.

"Le monde en mémoire", tel est le sous-titre de son site bilingue

français-anglais.

Dès 1985, date de sa création, la librairie crée une base de données avec

classement des livres par pays et par thèmes. Hélène Larroche, sa fondatrice,

explique en juin 1998: "Il y a un peu plus de trois ans, nous avons rendu la

consultation de notre base de données possible sur minitel et effectuons

aujourd'hui près de 10% de notre chiffre d'affaires avec la vente à distance.

Passer du minitel à internet nous semblait intéressant pour atteindre la

clientèle de l'étranger, les expatriés désireux de garder par les livres un

contact avec la France et à la recherche d'une librairie qui 'livre à domicile'

et bien sûr les 'surfeurs sur le net', non minitélistes.

La vente à distance est encore trop peu utilisée sur internet pour avoir modifié

notre chiffre d'affaires de façon significative. Internet a cependant eu une

incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la création d'une rubrique

sur le web, spécialement destinée aux expatriés, dans laquelle nous mettons des

livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment

ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois décidé de

limiter cette rubrique à 60 titres quand notre base en compte 13.000. Un

changement non négligeable, c'est le temps qu'il faut dégager ne serait-ce que

pour répondre au courrier que génèrent les consultations du site. (...) Outre le

bénéfice pour l'image de la librairie qu'internet peut apporter (et dont nous

ressentons déjà les effets), nous espérons pouvoir capter une nouvelle clientèle

dans notre spécialité - la connaissance des pays étrangers -, atteindre et

intéresser les expatriés... et augmenter nos ventes à l'étranger."

De nombreuses librairies spécialisées sont présentes sur le web, par exemple Le

Monde en Tique, avec un catalogue de 37.000 titres sur l’informatique, les

nouvelles technologies, le multimédia et l’internet, ou encore la librairie

Interférences, spécialisée dans les ouvrages scientifiques, qui serait la

première librairie française à avoir créé un site web, dès 1995. Les sites de

librairies spécialisées sont recensés dans Livre.net (devenu ensuite

Lalibrairie.com).

= Librairies de livres anciens

L'internet est aussi un formidable vecteur pour les libraires d'ancien, qui

peuvent ainsi considérablement agir leur champ d’action.

En novembre 1995, Pascal Chartier, gérant de la Librairie du Bât d’Argent

(Lyon), crée Livre-rare-book, un site quadrilingue en français, anglais, italien

et allemand. Un catalogue en ligne regroupe les catalogues de plusieurs

librairies de la région (situées à Lyon, Moulins, Dijon et Naples). Il est

complété par un annuaire international des librairies d’occasion. Pascal

Chartier considère le web comme "une vaste porte", à la fois pour lui et pour

ses clients. L’internet est "peut-être la pire et la meilleure des choses. La

pire parce qu’il peut générer un travail constant sans limite et la dépendance

totale. La meilleure parce qu’il peut s’élargir encore et permettre surtout un

travail intelligent!", écrit-il en juin 1998.

Basé à Amboise (Loire), France Antiques est un site bilingue français-anglais

qui se veut celui de tous les professionnels du marché de l'art ancien français

: antiquaires, libraires, éditeurs d'art, etc. Le site propose douze catalogues

de librairies d'ancien, un annuaire de libraires, une liste de librairies

complétée par un classement géographique, et un index par spécialités

(autographes, manuscrits; beaux-arts, architecture, arts décoratifs;

bibliographie, histoire du livre; etc.).

3.2. Premières librairies en ligne

Avec l’essor du web apparaissent des librairies d’un genre nouveau, qui vendent

des livres uniquement sur l’internet. Ces librairies n’ont ni murs, ni vitrine,

ni enseigne sur la rue. Leur vitrine est leur site web, et toutes leurs

transactions s’effectuent sur le réseau.

En France

Fondée en 1996 par Patrice Magnard, la librairie en ligne Alapage vend tous les

livres, disques et vidéos disponibles sur le marché français, soit 400.000

articles, avec paiement sécurisé. Sur le site bilingue français-anglais, la

recherche est possible par auteur, titre et éditeur. Le même service est

disponible sur minitel (3615 Alapage).

Alapage travaille en partenariat avec la librairie en ligne Novalis (intégrée

plus tard à Alapage), qui assure elle aussi la vente par correspondance de

produits culturels: disques, livres, vidéos et multimédia. En octobre 1997, les

deux librairies décident de créer le premier prix littéraire francophone sur

l’internet, non pas pour créer un prix littéraire de plus, mais pour constituer

une "première".

Comme indiqué à la même date sur le site, "1) c’est la première fois que l'on

utilise le support internet pour organiser un vote autour d'un prix littéraire.

2) C’est la première fois qu'est constitué un jury littéraire composé d'un

potentiel aussi important et diversifié de votants, fidèle reflet de la

diffusion de la culture française. Ce vote est en effet ouvert à nos visiteurs

de tous horizons, disséminés sur les cinq continents, qui pourront émettre leur

avis sur l'ensemble des ouvrages concourant aux principaux prix littéraires de

fin d'année. 3) C'est la première fois qu'est imaginé un instrument de mesure de

la satisfaction du lecteur et du bonheur de la lecture, qui ne soit pas

seulement un outil de mesure des ventes de livres, aussi fiable soit-il."

Un vote est organisé entre le 20 octobre et le 9 novembre 1997 auprès de

l'ensemble des internautes. Afin d’éviter les votes multiples, chaque voix n’est

validée que si la fiche de vote est scrupuleusement remplie. Toute fiche double

est annulée. Ce premier prix littéraire des internautes est remporté par Marc

Trillard pour son roman Coup de lame, paru aux éditions Phébus.

A Alapage et Novalis vient se joindre une troisième librairie en ligne,

Chapitre.com, créée en 1997 par Juan Pirlot de Corbion. Son catalogue de 350.000

titres est complété par une bouquinerie, un choix d’éditeurs, des liens avec

1.000 sites littéraires et culturels, et une revue des littératures intitulée

Tête de chapitre.

= Au Royaume-Uni

Basée au Royaume-Uni, The Internet Bookshop (iBS) est la plus grande librairie

européenne, avec 1,4 million de titres.

Initiative originale (et reprise ensuite par Amazon.com), la librairie développe

un nouveau système de partenariat sur le web. Tout possesseur d’un site web peut

devenir partenaire de The Internet Bookshop en sélectionnant sur son propre site

un certain nombre de titres présents dans le catalogue de la librairie. Celle-ci

prend en charge toute la partie commerciale, à savoir les commandes, les envois

et les factures. L’internaute partenaire reçoit 10% du prix des ventes. C’est la

première fois qu’une librairie en ligne propose une part aux bénéfices par le

biais du web, entraînant à terme la nécessité d’une nouvelle réglementation dans

ce domaine.

Autre initiative originale, en octobre 1997 The Internet Bookshop débute une

politique de grosses remises, chose inconnue jusque-là. La librairie propose des

remises allant jusqu’à 45%, prenant le risque d’une guerre des prix et des

droits avec les libraires et les éditeurs traditionnels. Parallèlement, la

librairie attend la réaction de ces derniers à sa décision de vendre des livres

provenant des Etats-Unis, une vente débutée un mois auparavant, en septembre

1997. La librairie en ligne Waterstone’s (rachetée ensuite par Amazon.com) songe

elle aussi à introduire des titres américains dans son catalogue, à partir de

janvier 1998.

The Publishers Association, organisme représentant les éditeurs du Royaume-Uni,

a fort à faire pour étudier leurs doléances, jointes à celles des libraires

traditionnels, qui souhaiteraient non seulement faire interdire la vente de

titres américains par des librairies en ligne britanniques, mais aussi faire

interdire l’activité des librairies en ligne américaines au Royaume-Uni

(sous-entendu: qu’elles ne puissent pas vendre des livres à des clients

britanniques). Sur le site web, en 1997 et 1998, la rubrique iBS News (iBS:

Internet Bookshop) permet de suivre pas à pas le combat engagé par les libraires

en ligne contre les associations d’éditeurs et de libraires traditionnels, afin

d’obtenir la suppression totale des frontières pour la vente des livres.

= Aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, la librairie en ligne Amazon.com est fondée en juillet 1995 par

Jeff Bezos. Trois ans après, elle est la plus grande librairie au monde avec ses

3 millions de livres, CD, DVD, jeux informatiques, etc., à savoir un stock

quatorze fois supérieur à celui des plus grands hypermarchés. Le catalogue en

ligne permet de rechercher les livres par titre, auteur, sujet ou rubrique. Très

attractif, le contenu éditorial du site change quotidiennement et forme un

véritable magazine littéraire avec des extraits de livres, des entretiens avec

des auteurs et des conseils de lecture.

Sur les traces de The Internet Bookshop, Amazon.com offre une part des bénéfices

à ses associés en ligne. Depuis le printemps 1997, tous les possesseurs d’un

site web peuvent vendre des livres appartenant au catalogue de la librairie et

toucher un pourcentage de 15% sur les ventes. Ces associés effectuent une

sélection dans les titres du catalogue et rédigent leurs propres résumés.

Amazon.com reçoit les commandes par leur intermédiaire, expédie les livres et

rédige les factures. Les associés reçoivent un rapport hebdomadaire d’activité.

Au printemps 1998, le libraire en ligne compte plus de 30.000 sites affiliés.

"Introduit à la bourse de New York en mai 1997, Amazon.com a attiré 54 millions

de dollars en ne cédant que 13% de son capital, une véritable performance pour

une société dont le chiffre d’affaires était alors de 32 millions de dollars",

relatent Philip Wade et Didier Falkand dans Cyberplanète: notre vie en temps

virtuel (paru en 1998 aux éditions Autrement). Avec 1,5 million de clients dans

160 pays et une très bonne image de marque, Amazon.com est régulièrement cité

comme un symbole de réussite dans le cybercommerce. Si la librairie en ligne est

toujours déficitaire après deux ans d’existence, sa cotation boursière est

excellente. Satisfait, Jeff Bezos, son fondateur et principal actionnaire,

précise: "Nous générons des revenus de plus de 300.000 dollars par an et par

employé. Une librairie traditionnelle ne fait que 95.000 dollars par employé."

Une autre grande librairie en ligne est Buybooks.com, avec un catalogue de 1,4

million de titres américains, 500.000 titres allemands, 500.000 titres français,

200.000 titres anglais, 100.000 titres suédois, 80.000 films en vidéo et sur

DVD, et 10.000 jeux informatiques pour console ou sur CD-Rom. Principale chaîne

de librairies traditionnelles avec 480 librairies réparties dans tout le pays,

Barnes & Noble décide de se lancer dans la vente sur l'internet en créant en mai

1997 son site barnesandnoble.com. Il devient rapidement le principal concurrent

d’Amazon.com et déclenche ainsi une guerre des prix - puisque le prix du livre

est libre aux Etats-Unis - à la grande satisfaction des internautes, qui, sur

l’un ou l’autre site, se voient parfois offrir des réductions allant jusqu’à 50%

pour certains titres.

3.3. L’avenir des librairies en ligne

A la suite des pionniers que sont Amazon.com, The Internet Bookshop et quelques

autres, l’avenir de la librairie en ligne est très prometteur.

Chapters, grand libraire traditionnel canadien, et The Globe and Mail, quotidien

de Toronto, unissent leurs forces pour créer la librairie en ligne

Chaptersglobe.com, ouverte à l’automne 1998 (et remplacée ensuite par

chapters.indigo.ca). Le site comprend des critiques et recensions fournies par

le journal, ses archives sur vingt ans, une liste de best-sellers et des forums

de discussion.

Le groupe allemand Bertelsmann acquiert au printemps 1998 le grand éditeur

américain Random House. Bertelsmann compte aussi ouvrir une librairie en ligne

proposant plusieurs millions de titres dans toutes les langues, avec livraison

rapide dans le monde entier. (En effet, quelques mois plus tard est créé

BOL.com, BOL signifiant: Bertelsmann on line.)

En France, la loi sur le prix unique du livre laisse peu de latitude sur les

prix, contrairement à la souplesse qu’offre le prix libre du livre au

Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. En revanche, les libraires français sont

optimistes sur les perspectives d’un marché francophone international. Dès 1997,

un nombre significatif de commandes provient de l'étranger, par exemple 10% des

commandes pour la Fnac. Ces clients sont des "Français et membres de la diaspora

francophone, étrangers francophiles, universités ou écoles lointaines...

soucieux de se procurer les derniers titres de l'édition parisienne ou

simplement les livres qu'ils ne peuvent trouver à Kansas City ou à Kyoto",

précise Pierre Briançon, journaliste, dans le quotidien Libération du 14

novembre 1997.

Le développement des librairies en ligne doit également être replacé dans le

contexte plus général du cybercommerce. En mars 1998, le magazine Stratégies

internet mène une étude "auprès des 60 sites marchands les plus actifs en

France, dressant ainsi l'état des lieux et donnant des pistes de réflexion aux

entreprises françaises tentées par l'aventure du cybercommerce". A cette date,

la commande en ligne n’est possible qu’auprès d’une centaine de sites seulement.

Le cybercommerce représente 40 millions de FF (6,1 millions d’euros) en 1997,

avec une estimation de 160 millions de FF (24,4 millions d’euros) pour la fin

1998. Le nombre d’acheteurs sur l’internet est de 50.000 en mars 1998, avec une

estimation de 400.000 acheteurs pour mars 1999. L’étude indique que 25% des

sites considèrent leur activité comme rentable dès 1997, alors que les autres

envisagent plutôt une rentabilité à moyen terme.

Même si la création d’une nouvelle législation s’avère difficile parce que

freinée par les libraires et les éditeurs traditionnels, l’abolition des

frontières dans le marché du livre est inévitable, puisqu’elle est liée à fois à

la structure même de l’internet et à la mondialisation de l’économie. Les

libraires en ligne ne tardent pas à suivre l’exemple de The Internet Bookshop,

première librairie britannique à vendre sur son site des livres publiés aux

Etats-Unis.

Concernant la fiscalité, un accord-cadre entre les Etats-Unis et l’Union

européenne est conclu en décembre 1997. L’internet est considéré comme une zone

de libre-échange, c’est-à-dire sans droits de douane, pour les logiciels, les

films et les livres achetés sur le réseau. Les biens matériels et autres

services sont soumis au régime existant dans les pays concernés, avec perception

de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) sans frais de douane supplémentaires. Cet

accord-cadre devrait être suivi d’une convention internationale.

Les libraires en ligne vendront-ils bientôt le texte intégral des livres en

version numérique? Dans ce cas, l’inévitable délai dû à l’envoi postal

disparaîtra, puisque les fichiers électroniques pourront parvenir au lecteur en

un temps infime via l'internet. Si nombre de nos contemporains sont nés à l’ère

du papier et préfèrent lire un roman de trois cents pages en version imprimée,

ceci ne sera peut-être plus le cas pour les générations qui auront commencé à

utiliser l’ordinateur dès l’âge de trois ans.

4. LES EDITEURS SUR LE RESEAU

[4.1. Editeurs traditionnels / 4.2. L’édition électronique / 4.3. Les auteurs

ont-ils encore besoin des éditeurs?]

Tout comme les libraires, les éditeurs sont en train d’investir l’internet.

Certains créent un site web et l’utilisent comme une vitrine pour faire

connaître leur activité. D’autres sont des éditeurs électroniques dont toute

l’activité s’effectue sur le réseau: découverte des oeuvres, publication,

promotion et diffusion. Encore balbutiante, l’édition électronique offre de

réelles perspectives. Elle permettrait entre autres de résoudre la crise

affectant l’édition universitaire et spécialisée.

4.1. Editeurs traditionnels

= Un exemple: Le Choucas

Spécialisées dans les romans policiers, les éditions du Choucas sont fondées en

1992 par Nicolas et Suzanne Pewny, libraires à Glapigny, en Haute-Savoie. En

juin 1998, Nicolas Pewny raconte: "Le site des éditions du Choucas a été créé

fin novembre 1996. Lorsque je me suis rendu compte des possibilités qu’internet

pouvait nous offrir, je me suis juré que nous aurions un site le plus vite

possible. Un petit problème: nous n’avions pas de budget pour le faire réaliser.

Alors, au prix d’un grand nombre de nuits sans sommeil, j’ai créé ce site

moi-même et l’ai fait référencer (ce n’est pas le plus mince travail). Le site a

alors évolué en même temps que mes connaissances (encore relativement modestes)

en la matière et s’est agrandi, et a commencé à être un peu connu même hors

France et Europe.

Le Livre 010101, Tome 1 (1993-1998) · 第 3 / 12 段