Fabrice Lhomme, son créateur, retrace les débuts du site en juin 1998: "J'ai
commencé en présentant quelques bibliographies très incomplètes à l'époque et
quelques critiques. Rapidement, j'ai mis en place les forums à l'aide d'un
logiciel 'maison' qui sert également sur d'autres actuellement. (...) Ensuite,
le phénomène le plus marquant que je puisse noter, c'est la participation de
plusieurs personnes au développement du serveur alors que jusque-là j'avais tout
fait par moi-même. Le graphisme a été refait par un généreux contributeur et je
reçois régulièrement des critiques réalisées par d'autres personnes. Pour ce qui
est des nouvelles, la rubrique a eu du mal à démarrer mais une fois qu'il y en a
eu un certain nombre, j'ai commencé à en recevoir régulièrement (effet
d'entraînement). Actuellement, j'ai toutes les raisons d'être satisfait car mon
site reçoit plus de 2.000 visiteurs différents chaque mois et toutes les
rubriques ont une bonne audience. Le forum des visiteurs est très actif, ce qui
me ravit. Concernant les perspectives d'avenir, j'envisage pour très bientôt
d'ouvrir une nouvelle rubrique proposant des livres d'occasion à vendre avec
l'ambition de proposer un gros catalogue. Eventuellement, j'ouvrirai aussi une
rubrique présentant des biographies car je reçois pas mal de demandes des
visiteurs en ce sens. (...) Si l'activité de vente de livres d'occasion se
montre prometteuse, il est possible que j'en fasse une activité professionnelle
sous la forme d'une micro-entreprise."
= Le roman interactif
On assiste aussi à l’apparition de la littérature interactive, à savoir des
oeuvres de fiction auxquelles participent les internautes. La première est
"lancée par le grand écrivain américain John Updike, qui, l'an dernier, balança
sur le web le premier chapitre d'un roman que les internautes étaient censés
poursuivre", raconte Emmanuèle Peyret, journaliste, dans le quotidien Libération
du 27 février 1998. Cette première expérience de littérature interactive est
réalisée à l'initiative de la grande librairie en ligne Amazon.com.
En France, lors de la fête de l’internet des 20 et 21 mars 1998, ATOS et France
Loisirs lancent à leur tour le premier roman interactif francophone. Le thème
est le suivant: "Une femme, condamnée à mort aux Etats-Unis, bénéficie d'un
sursis de trente jours accordé par le gouverneur, avant son exécution. Que
va-t-elle faire de ce répit? A quoi pense-t-elle et quel message va-t-elle
laisser aux partisans et aux opposants de la peine de mort?" Signé par le
romancier Yann Queffélec, le premier chapitre est disponible sur le site de
France Loisirs le 20 mars 1998, premier jour de la fête de l’internet. Les
internautes disposent de deux semaines pour proposer un deuxième chapitre. Le
jury du club sélectionne le meilleur chapitre, qui devient la suite officielle
du roman, et ainsi de suite jusqu’au 27 juillet. Yann Queffélec prend à nouveau
la plume pour rédiger le huitième et dernier chapitre. France Loisirs publie le
roman en septembre 1998.
= Zazieweb
Depuis 1996, toute l’actualité littéraire est présentée avec punch et humour par
Zazieweb. Revue en ligne conçue et réalisée par Isabelle Aveline, avec un
graphisme d’Oliver Cornu, Zazieweb comprend un édito, une rubrique d’actualité,
un agenda, une revue de presse, un annuaire des sites et un self-service
multimédia. En juin 1998, Isabelle Aveline écrit: "Zazieweb est né il y a deux
ans environ: juin 1996. C'était à l'époque un projet personnel qui entrait dans
le cadre d'un master multimédia et que j'ai essayé de 'vendre' aux éditeurs.
(...) Découvrir internet m'a ouvert d'autres possibilités et surtout maintenant
je ne conçois pas de ne pas travailler 'on the web'!"
Sur le site, elle explique: "Zazieweb est un site World Wide Web professionnel
et grand public indépendant, spécifiquement dédié aux libraires, éditeurs... et
grand public de culture 'livre'. Conçu comme une librairie virtuelle, un espace
de documentation, d'orientation et de ressources pour un public de culture
'papier' s'intéressant à internet, il se situe aux frontières de l'écrit et de
l'édition électronique. L'originalité du traitement des rubriques par rapport à
un média papier étant évidemment de 'mailler' l'information avec un site sur
internet. C'est donc un site 'passerelle' vers internet pour un public curieux
et désorienté, avide de connaître ce qui se passe 'de l'autre côté de l'écran'."
3. DES LIVRES A VENDRE SUR LE WEB
[3.1. Librairies traditionnelles / 3.2. Premières librairies en ligne / 3.3.
L’avenir des librairies en ligne]
De nombreuses librairies "en dur" - avec locaux, vitrine sur la rue, rayonnages
et piles de livres – créent un site web pour disposer d’une deuxième vitrine sur
le monde. D’autres librairies n’ont ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue.
Leur vitrine est leur site web, et toutes leurs transactions s’effectuent sur le
réseau. L’internaute peut consulter le catalogue à l’écran, lire le résumé ou
des extraits des livres sur le web et passer sa commande en ligne.
3.1. Librairies traditionnelles
= Chaînes de librairies
Les chaînes de librairies traditionnelles s’installent rapidement sur
l’internet. C’est le cas par exemple de la Fnac, du Furet du Nord et de Decitre.
Le site de la Fnac ouvre sur le logo "fnac" blanc et ocre bien connu. Présente
en France, en Belgique et en Espagne, la Fnac, qui se veut à la fois défricheur,
agitateur culturel et commerçant, se définit elle-même par "une politique
commerciale fondée sur l’alliance avec le consommateur, sa vocation culturelle
et sa volonté de découvrir les nouvelles technologies". La Fnac crée un magazine
littéraire en ligne et ouvre un secteur "commerce électronique" permettant de
commander livres, disques, vidéos et CD-Rom. La commande est passée par
internet, minitel ou téléphone. La livraison est possible en France comme à
l’étranger. Les modes de paiement sont la carte de crédit ou le chèque à la
commande.
Le Furet du Nord est une chaîne de librairies implantée dans le Nord de la
France et dont le siège est à Lille. Son site permet de consulter une base de
données de 250.000 livres et de les commander en ligne. Il propose aussi un
suivi permanent de l'actualité littéraire. La vente à distance représente 15 à
20% du chiffre d’affaires total de l'entreprise. Les meilleurs clients sont les
écoles, les universités, les comités d’entreprise et les ambassades.
La chaîne de librairies Decitre officie dans la région Rhône-Alpes. Ses neuf
librairies sont particulièrement dynamiques dans le domaine de l’informatique,
du multimédia et de l’internet. Elles proposent régulièrement des démonstrations
de CD-Rom et des initiations à l’internet. Créé en 1996, le site est remanié en
décembre 1997. "Notre site est pour l'instant juste un moyen de communication de
plus (par le biais du mail) avec nos clients des magasins et nos clients
bibliothèques et centres de documentation", explique en juin 1998 Muriel Goiran,
libraire. "Nous avons découvert son importance en organisant DocForum, le
premier forum de la documentation et de l'édition spécialisée, qui s'est tenu à
Lyon en novembre 1997 (avec une prochaine édition fixée en novembre 1999). Il
nous est apparu clairement qu'en tant que libraires, nous devions avoir un pied
dans le net. Internet est très important pour notre avenir. Nous allons mettre
en ligne notre base de 400.000 livres français à partir de fin juillet 1998, et
elle sera en accès gratuit pour des recherches bibliographiques. Ce ne sera pas
une n-ième édition de la base de Planète Livre, mais notre propre base de
gestion, que nous mettons sur internet."
= Librairies spécialisées
Située au coeur de Paris, dans la rue Saint-Honoré, la librairie Itinéraires est
spécialisée dans les voyages. Elle propose guides, cartes, manuels de
conversation, reportages, récits de voyage, livres de cuisine, livres d’art et
de photographie, ouvrages d'histoire, de civilisation, d'ethnographie, de
religion et de littérature étrangère, et cela pour 160 pays et 250 destinations.
"Le monde en mémoire", tel est le sous-titre de son site bilingue
français-anglais.
Dès 1985, date de sa création, la librairie crée une base de données avec
classement des livres par pays et par thèmes. Hélène Larroche, sa fondatrice,
explique en juin 1998: "Il y a un peu plus de trois ans, nous avons rendu la
consultation de notre base de données possible sur minitel et effectuons
aujourd'hui près de 10% de notre chiffre d'affaires avec la vente à distance.
Passer du minitel à internet nous semblait intéressant pour atteindre la
clientèle de l'étranger, les expatriés désireux de garder par les livres un
contact avec la France et à la recherche d'une librairie qui 'livre à domicile'
et bien sûr les 'surfeurs sur le net', non minitélistes.
La vente à distance est encore trop peu utilisée sur internet pour avoir modifié
notre chiffre d'affaires de façon significative. Internet a cependant eu une
incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la création d'une rubrique
sur le web, spécialement destinée aux expatriés, dans laquelle nous mettons des
livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment
ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois décidé de
limiter cette rubrique à 60 titres quand notre base en compte 13.000. Un
changement non négligeable, c'est le temps qu'il faut dégager ne serait-ce que
pour répondre au courrier que génèrent les consultations du site. (...) Outre le
bénéfice pour l'image de la librairie qu'internet peut apporter (et dont nous
ressentons déjà les effets), nous espérons pouvoir capter une nouvelle clientèle
dans notre spécialité - la connaissance des pays étrangers -, atteindre et
intéresser les expatriés... et augmenter nos ventes à l'étranger."
De nombreuses librairies spécialisées sont présentes sur le web, par exemple Le
Monde en Tique, avec un catalogue de 37.000 titres sur l’informatique, les
nouvelles technologies, le multimédia et l’internet, ou encore la librairie
Interférences, spécialisée dans les ouvrages scientifiques, qui serait la
première librairie française à avoir créé un site web, dès 1995. Les sites de
librairies spécialisées sont recensés dans Livre.net (devenu ensuite
Lalibrairie.com).
= Librairies de livres anciens
L'internet est aussi un formidable vecteur pour les libraires d'ancien, qui
peuvent ainsi considérablement agir leur champ d’action.
En novembre 1995, Pascal Chartier, gérant de la Librairie du Bât d’Argent
(Lyon), crée Livre-rare-book, un site quadrilingue en français, anglais, italien
et allemand. Un catalogue en ligne regroupe les catalogues de plusieurs
librairies de la région (situées à Lyon, Moulins, Dijon et Naples). Il est
complété par un annuaire international des librairies d’occasion. Pascal
Chartier considère le web comme "une vaste porte", à la fois pour lui et pour
ses clients. L’internet est "peut-être la pire et la meilleure des choses. La
pire parce qu’il peut générer un travail constant sans limite et la dépendance
totale. La meilleure parce qu’il peut s’élargir encore et permettre surtout un
travail intelligent!", écrit-il en juin 1998.
Basé à Amboise (Loire), France Antiques est un site bilingue français-anglais
qui se veut celui de tous les professionnels du marché de l'art ancien français
: antiquaires, libraires, éditeurs d'art, etc. Le site propose douze catalogues
de librairies d'ancien, un annuaire de libraires, une liste de librairies
complétée par un classement géographique, et un index par spécialités
(autographes, manuscrits; beaux-arts, architecture, arts décoratifs;
bibliographie, histoire du livre; etc.).
3.2. Premières librairies en ligne
Avec l’essor du web apparaissent des librairies d’un genre nouveau, qui vendent
des livres uniquement sur l’internet. Ces librairies n’ont ni murs, ni vitrine,
ni enseigne sur la rue. Leur vitrine est leur site web, et toutes leurs
transactions s’effectuent sur le réseau.
En France
Fondée en 1996 par Patrice Magnard, la librairie en ligne Alapage vend tous les
livres, disques et vidéos disponibles sur le marché français, soit 400.000
articles, avec paiement sécurisé. Sur le site bilingue français-anglais, la
recherche est possible par auteur, titre et éditeur. Le même service est
disponible sur minitel (3615 Alapage).
Alapage travaille en partenariat avec la librairie en ligne Novalis (intégrée
plus tard à Alapage), qui assure elle aussi la vente par correspondance de
produits culturels: disques, livres, vidéos et multimédia. En octobre 1997, les
deux librairies décident de créer le premier prix littéraire francophone sur
l’internet, non pas pour créer un prix littéraire de plus, mais pour constituer
une "première".
Comme indiqué à la même date sur le site, "1) c’est la première fois que l'on
utilise le support internet pour organiser un vote autour d'un prix littéraire.
2) C’est la première fois qu'est constitué un jury littéraire composé d'un
potentiel aussi important et diversifié de votants, fidèle reflet de la
diffusion de la culture française. Ce vote est en effet ouvert à nos visiteurs
de tous horizons, disséminés sur les cinq continents, qui pourront émettre leur
avis sur l'ensemble des ouvrages concourant aux principaux prix littéraires de
fin d'année. 3) C'est la première fois qu'est imaginé un instrument de mesure de
la satisfaction du lecteur et du bonheur de la lecture, qui ne soit pas
seulement un outil de mesure des ventes de livres, aussi fiable soit-il."
Un vote est organisé entre le 20 octobre et le 9 novembre 1997 auprès de
l'ensemble des internautes. Afin d’éviter les votes multiples, chaque voix n’est
validée que si la fiche de vote est scrupuleusement remplie. Toute fiche double
est annulée. Ce premier prix littéraire des internautes est remporté par Marc
Trillard pour son roman Coup de lame, paru aux éditions Phébus.
A Alapage et Novalis vient se joindre une troisième librairie en ligne,
Chapitre.com, créée en 1997 par Juan Pirlot de Corbion. Son catalogue de 350.000
titres est complété par une bouquinerie, un choix d’éditeurs, des liens avec
1.000 sites littéraires et culturels, et une revue des littératures intitulée
Tête de chapitre.
= Au Royaume-Uni
Basée au Royaume-Uni, The Internet Bookshop (iBS) est la plus grande librairie
européenne, avec 1,4 million de titres.
Initiative originale (et reprise ensuite par Amazon.com), la librairie développe
un nouveau système de partenariat sur le web. Tout possesseur d’un site web peut
devenir partenaire de The Internet Bookshop en sélectionnant sur son propre site
un certain nombre de titres présents dans le catalogue de la librairie. Celle-ci
prend en charge toute la partie commerciale, à savoir les commandes, les envois
et les factures. L’internaute partenaire reçoit 10% du prix des ventes. C’est la
première fois qu’une librairie en ligne propose une part aux bénéfices par le
biais du web, entraînant à terme la nécessité d’une nouvelle réglementation dans
ce domaine.
Autre initiative originale, en octobre 1997 The Internet Bookshop débute une
politique de grosses remises, chose inconnue jusque-là. La librairie propose des
remises allant jusqu’à 45%, prenant le risque d’une guerre des prix et des
droits avec les libraires et les éditeurs traditionnels. Parallèlement, la
librairie attend la réaction de ces derniers à sa décision de vendre des livres
provenant des Etats-Unis, une vente débutée un mois auparavant, en septembre
1997. La librairie en ligne Waterstone’s (rachetée ensuite par Amazon.com) songe
elle aussi à introduire des titres américains dans son catalogue, à partir de
janvier 1998.
The Publishers Association, organisme représentant les éditeurs du Royaume-Uni,
a fort à faire pour étudier leurs doléances, jointes à celles des libraires
traditionnels, qui souhaiteraient non seulement faire interdire la vente de
titres américains par des librairies en ligne britanniques, mais aussi faire
interdire l’activité des librairies en ligne américaines au Royaume-Uni
(sous-entendu: qu’elles ne puissent pas vendre des livres à des clients
britanniques). Sur le site web, en 1997 et 1998, la rubrique iBS News (iBS:
Internet Bookshop) permet de suivre pas à pas le combat engagé par les libraires
en ligne contre les associations d’éditeurs et de libraires traditionnels, afin
d’obtenir la suppression totale des frontières pour la vente des livres.
= Aux Etats-Unis
Aux Etats-Unis, la librairie en ligne Amazon.com est fondée en juillet 1995 par
Jeff Bezos. Trois ans après, elle est la plus grande librairie au monde avec ses
3 millions de livres, CD, DVD, jeux informatiques, etc., à savoir un stock
quatorze fois supérieur à celui des plus grands hypermarchés. Le catalogue en
ligne permet de rechercher les livres par titre, auteur, sujet ou rubrique. Très
attractif, le contenu éditorial du site change quotidiennement et forme un
véritable magazine littéraire avec des extraits de livres, des entretiens avec
des auteurs et des conseils de lecture.
Sur les traces de The Internet Bookshop, Amazon.com offre une part des bénéfices
à ses associés en ligne. Depuis le printemps 1997, tous les possesseurs d’un
site web peuvent vendre des livres appartenant au catalogue de la librairie et
toucher un pourcentage de 15% sur les ventes. Ces associés effectuent une
sélection dans les titres du catalogue et rédigent leurs propres résumés.
Amazon.com reçoit les commandes par leur intermédiaire, expédie les livres et
rédige les factures. Les associés reçoivent un rapport hebdomadaire d’activité.
Au printemps 1998, le libraire en ligne compte plus de 30.000 sites affiliés.
"Introduit à la bourse de New York en mai 1997, Amazon.com a attiré 54 millions
de dollars en ne cédant que 13% de son capital, une véritable performance pour
une société dont le chiffre d’affaires était alors de 32 millions de dollars",
relatent Philip Wade et Didier Falkand dans Cyberplanète: notre vie en temps
virtuel (paru en 1998 aux éditions Autrement). Avec 1,5 million de clients dans
160 pays et une très bonne image de marque, Amazon.com est régulièrement cité
comme un symbole de réussite dans le cybercommerce. Si la librairie en ligne est
toujours déficitaire après deux ans d’existence, sa cotation boursière est
excellente. Satisfait, Jeff Bezos, son fondateur et principal actionnaire,
précise: "Nous générons des revenus de plus de 300.000 dollars par an et par
employé. Une librairie traditionnelle ne fait que 95.000 dollars par employé."
Une autre grande librairie en ligne est Buybooks.com, avec un catalogue de 1,4
million de titres américains, 500.000 titres allemands, 500.000 titres français,
200.000 titres anglais, 100.000 titres suédois, 80.000 films en vidéo et sur
DVD, et 10.000 jeux informatiques pour console ou sur CD-Rom. Principale chaîne
de librairies traditionnelles avec 480 librairies réparties dans tout le pays,
Barnes & Noble décide de se lancer dans la vente sur l'internet en créant en mai
1997 son site barnesandnoble.com. Il devient rapidement le principal concurrent
d’Amazon.com et déclenche ainsi une guerre des prix - puisque le prix du livre
est libre aux Etats-Unis - à la grande satisfaction des internautes, qui, sur
l’un ou l’autre site, se voient parfois offrir des réductions allant jusqu’à 50%
pour certains titres.
3.3. L’avenir des librairies en ligne
A la suite des pionniers que sont Amazon.com, The Internet Bookshop et quelques
autres, l’avenir de la librairie en ligne est très prometteur.
Chapters, grand libraire traditionnel canadien, et The Globe and Mail, quotidien
de Toronto, unissent leurs forces pour créer la librairie en ligne
Chaptersglobe.com, ouverte à l’automne 1998 (et remplacée ensuite par
chapters.indigo.ca). Le site comprend des critiques et recensions fournies par
le journal, ses archives sur vingt ans, une liste de best-sellers et des forums
de discussion.
Le groupe allemand Bertelsmann acquiert au printemps 1998 le grand éditeur
américain Random House. Bertelsmann compte aussi ouvrir une librairie en ligne
proposant plusieurs millions de titres dans toutes les langues, avec livraison
rapide dans le monde entier. (En effet, quelques mois plus tard est créé
BOL.com, BOL signifiant: Bertelsmann on line.)
En France, la loi sur le prix unique du livre laisse peu de latitude sur les
prix, contrairement à la souplesse qu’offre le prix libre du livre au
Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. En revanche, les libraires français sont
optimistes sur les perspectives d’un marché francophone international. Dès 1997,
un nombre significatif de commandes provient de l'étranger, par exemple 10% des
commandes pour la Fnac. Ces clients sont des "Français et membres de la diaspora
francophone, étrangers francophiles, universités ou écoles lointaines...
soucieux de se procurer les derniers titres de l'édition parisienne ou
simplement les livres qu'ils ne peuvent trouver à Kansas City ou à Kyoto",
précise Pierre Briançon, journaliste, dans le quotidien Libération du 14
novembre 1997.
Le développement des librairies en ligne doit également être replacé dans le
contexte plus général du cybercommerce. En mars 1998, le magazine Stratégies
internet mène une étude "auprès des 60 sites marchands les plus actifs en
France, dressant ainsi l'état des lieux et donnant des pistes de réflexion aux
entreprises françaises tentées par l'aventure du cybercommerce". A cette date,
la commande en ligne n’est possible qu’auprès d’une centaine de sites seulement.
Le cybercommerce représente 40 millions de FF (6,1 millions d’euros) en 1997,
avec une estimation de 160 millions de FF (24,4 millions d’euros) pour la fin
1998. Le nombre d’acheteurs sur l’internet est de 50.000 en mars 1998, avec une
estimation de 400.000 acheteurs pour mars 1999. L’étude indique que 25% des
sites considèrent leur activité comme rentable dès 1997, alors que les autres
envisagent plutôt une rentabilité à moyen terme.
Même si la création d’une nouvelle législation s’avère difficile parce que
freinée par les libraires et les éditeurs traditionnels, l’abolition des
frontières dans le marché du livre est inévitable, puisqu’elle est liée à fois à
la structure même de l’internet et à la mondialisation de l’économie. Les
libraires en ligne ne tardent pas à suivre l’exemple de The Internet Bookshop,
première librairie britannique à vendre sur son site des livres publiés aux
Etats-Unis.
Concernant la fiscalité, un accord-cadre entre les Etats-Unis et l’Union
européenne est conclu en décembre 1997. L’internet est considéré comme une zone
de libre-échange, c’est-à-dire sans droits de douane, pour les logiciels, les
films et les livres achetés sur le réseau. Les biens matériels et autres
services sont soumis au régime existant dans les pays concernés, avec perception
de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) sans frais de douane supplémentaires. Cet
accord-cadre devrait être suivi d’une convention internationale.
Les libraires en ligne vendront-ils bientôt le texte intégral des livres en
version numérique? Dans ce cas, l’inévitable délai dû à l’envoi postal
disparaîtra, puisque les fichiers électroniques pourront parvenir au lecteur en
un temps infime via l'internet. Si nombre de nos contemporains sont nés à l’ère
du papier et préfèrent lire un roman de trois cents pages en version imprimée,
ceci ne sera peut-être plus le cas pour les générations qui auront commencé à
utiliser l’ordinateur dès l’âge de trois ans.
4. LES EDITEURS SUR LE RESEAU
[4.1. Editeurs traditionnels / 4.2. L’édition électronique / 4.3. Les auteurs
ont-ils encore besoin des éditeurs?]
Tout comme les libraires, les éditeurs sont en train d’investir l’internet.
Certains créent un site web et l’utilisent comme une vitrine pour faire
connaître leur activité. D’autres sont des éditeurs électroniques dont toute
l’activité s’effectue sur le réseau: découverte des oeuvres, publication,
promotion et diffusion. Encore balbutiante, l’édition électronique offre de
réelles perspectives. Elle permettrait entre autres de résoudre la crise
affectant l’édition universitaire et spécialisée.
4.1. Editeurs traditionnels
= Un exemple: Le Choucas
Spécialisées dans les romans policiers, les éditions du Choucas sont fondées en
1992 par Nicolas et Suzanne Pewny, libraires à Glapigny, en Haute-Savoie. En
juin 1998, Nicolas Pewny raconte: "Le site des éditions du Choucas a été créé
fin novembre 1996. Lorsque je me suis rendu compte des possibilités qu’internet
pouvait nous offrir, je me suis juré que nous aurions un site le plus vite
possible. Un petit problème: nous n’avions pas de budget pour le faire réaliser.
Alors, au prix d’un grand nombre de nuits sans sommeil, j’ai créé ce site
moi-même et l’ai fait référencer (ce n’est pas le plus mince travail). Le site a
alors évolué en même temps que mes connaissances (encore relativement modestes)
en la matière et s’est agrandi, et a commencé à être un peu connu même hors
France et Europe.