IV

_1598, janvier.—Mémoires donnez au sieur de Sainct-Germain s’en

allant vers les esglises du Bas-Languedoc de la part de l’assemblée

généralle de Chastellerault_[835].

Led. sieur remonstrera ausd. esglizes que Messieurs de l’assemblée

généralle, croyans que les longueurs de leur négociation leurs sont

ennuyeuses et voullans rendre manifeste, autant qu’il sera possible,

la seurté de leurs intentions, estre les divers bruictz qu’ilz sçavent

estre artificieusement semez par les provinces préjudiciable au bien

des affaires généralles des esglizes de ce royaume, autant qu’ilz

peuvent en rompre, ou, pour le moings, affoiblir l’union sy nécessaire

à leur conservation, l’ont pour cet effect depputé affin de leur faire

le récit au long et véritable des choses qui se sont passées en toute

cette négociation, par lequel, pouvans congnoistre la vraye forme de

ces longueurs et en outre le vray estat auquel se trouvent maintenant

les affaires, non seullement elles ayent de quoy repprimer ces bruits,

mais puissent aussy donner leurs bons et meurs advis, ausquels elles se

doibvent asseurer que lad. assemblée se confirmera aultant qu’il sera

possible.

[Ici se place un long rapport des négociations de l’assemblée, dont le

détail se trouve dans le même ms.]

Telle est la suitte, et par cette suytte l’estat des affaires,

lesquelles lesd. esglises du Bas-Languedoc sont priées de bien

et diligemment considérer pour en donner leurs bons advis et y

recongnoistre la vraye cause des longueurs esquelles cette négociation

a esté entretenue, contre l’opposition de Messieurs de l’assemblée,

ausquelz Dieu a faict la grâce d’estre monstrez sy affectionnez au bien

public, qu’ilz ont mieux aymé dévorer une infinité d’incommoditez que

les toucher en leur particulier, et tous les ennuys que leur viennent

nécessaires de sy estranges proceddures, et non pas de précipiter leur

résolution avant le temps, voyans bien qu’il n’en pouvoit advenir que

beaucoup de mal pour tout le royaume, auquel fauldroit peu d’effort,

après tant de rudes secousses, pour le pousser en la dernière ruyne, et

pour les esglises du deshonneur pour estre blasmées d’affectionner les

ou du desadvantage en acceptant des conditions insuffisantes à remédier

à leurs remèdes.

A ces causes seront lesd. esglises au Bas-Languedoc instamment priées

au nom de Dieu, et en tant qu’elles ont chère leur conservation et de

tout le corps dont Dieu les a faictes, de se porter toutes entières à

cette tant nécessaire union, prenant garde de ne donner aucune occasion

de penser qu’elle sont tant peu distraictes d’avec les autres, comme

l’ont voulu croire ceux qui de ses apparences prennent occasion de

dillayer à donner remède aux maux publicqs; pour cest effect prendre

une entière créance en la seureté desd. sieurs depputez de l’assemblée,

lesquelz, par une sy longue patience incroyable à eux mesmes, pensent

avoir assez suffizamment tesmoigné le désir qu’ilz ont de voir toutes

choses paisibles en l’Estat, et particulièrement asseurer à ceux qui

leur font cest honneur de se fier en eux de leur conservation, que

s’ilz eussent esté aultrement disposez, comme ilz sçavent qu’on les

a voullu calompnier, il ne leur estoit jà besoing de sy longtemps

attendre, et avec tant d’incommodité pour leur particulier, veu les

mesures de l’estat qui ne donnent que trop de moyens de se mettre en

combustion pour peu qu’on y ayt de l’affection.

Leur sera aussy représenté que c’est avec un très grand regret que

lesd. sieurs depputez ont, dès le commencement, entendu les semences

de division que y a en lad. province entre les particulliers, et plus

encores de ce qu’en un sy long temps on n’ayt peu trouver le moyen

de les assouppir, et que c’est une des causes que les a poulsez à

depputer led. sieur de Saint-Germain pour se transporter sur les

lieux et voir sy, le consel de la province n’y ayant peu remédier,

l’autorité de l’assemblée généralle y pourra point davantaige, comme

il est à espérer sy lesd. esglises du Languedoc se résolvent de donner

par leur consentement force et vigueur aux advis qui leur apportera.

Déclarera donc qu’on trouve une très dangereuse ouverture en la

désobeyssance que le cappitaine Gaultier rend au sieur de Bertichères,

à qui appartient le gouvernement d’Aiguesmortes, dont le fort de Pecais

est une deppendance comme l’assemblée l’a recongnu par les provisions

auparavant données par Sa Majesté tant au sieur de Legues qu’aud. sieur

de Bertichères et par les actes du consel et des assamblées de la

province; pourtant trouve raisonnable que led. Gaultier soit exhorté

vivement de recongnoistre son debvoir, et resouldre à ne deppendre

plus de ceux qui veullent se servir de luy pour commencer par les

esglizes à affoiblir toutes les autres; que sy les remonstrances y sont

inutilles et que led. Gaultier soit sy oppiniastre et, par douleur, on

ne puisse rien gaigner sur luy, sont exhortées lesd. esglises, a qui

le faut toucher premièrement et de plus près, adviser à tenir moyens

propres pour l’y contraindre, et sy besoing est leur seront par led.

s^r de Saint-Germain faictes les ouvertures telles que entendues en

l’assemblée, estant de toute importance de ne laisser aucune occasion

de croire qu’il soit au pouvoir du premier qui vouldra l’entreprendre

de frustrer les esglizes des choses qui leur sont sy nécessaires, ce

qui doibt tant plus estre trouvé mauvais que ce faict particulier

pourroit tourner en exemple pour faire que plusieurs fissent leur

accord à part du reste des esglises; lequel moyen de contrainte il

exposera, s’il void que l’inclination de la province y soit et qu’elle

fust portée et disposée à cela et non aultrement.

Leur sera aussy représenté l’importance du faict d’Aubenas et combien

est non seullement mal séante, mais aussy dommageable au public la

dispute sy crimineuse entre les s^{rs} de Chambault et Pilotz, veu

qu’on est ce pendant en danger de perdre du tout lad. place pour le

général des esglises, et par conséquent pour les particuliers, qui

vouldront ne se deppartir point de l’union qu’il est sans doubte que

ce différent donne à ceux qui se roidissent à la rayer du roolle des

suretez, et courage à oppiniastrer leur injuste vollonté et espérance

d’en venir à bout.

Pourtant il est trouvé nécessaire d’apporter en un tel faict et

dilligence et prudence, mesmes d’exhorter led. s^r de Chambault à

voulloir cedder ses intérêts à nos nécessitez publicques et ne donner

aucun empeschement en ce que la place soit seurement gardée pendant

la disputte principalle, et de ne donner occasion par une impatience

trop grande au sieur Pilotz de jouer à la désespérance et se précipiter

en des conselz qui seront et dommageables au général et malaisez à

repparer, ou finallement peu honnorables aud. sieur de Chambauld, qui

l’y auroit poussé pour ne voulloir rien relascher de ses prétentions.

Cependant, led. sieur de Saint-Germain est chargé de se transporter

sur les lieux s’il y est besoing, et prier le consel de Languedoc de

le faire accompaigner de tel ou telz qu’ilz trouveront à propos pour,

ayant ouy lesd. sieurs de Chambault et Pilotz, faire des ouvertures

d’accord entre eux deux par l’advis dud. Consel. L’église sera exhorté

de pourvoyr aussy aux moyens de payement de la garnison nécessaire pour

conserver la place au party des esglises.

Et pour ce que c’est un grand préjudice à la négociation commencée

qu’il soit pourveu à la garde et gouvernement des places qui sont pour

la seureté des esglises ainsi que par leur nomination, l’assemblée,

ayant entendu que le sieur Rolles, papiste, a esté pourveu du

gouvernement de Sommières, savoir de l’estat de sergent-major, à

Montpellier, et Corbière de la compaignie du feu sieur de Leques, led.

sieur de Saint-Germain remonstrera que l’avis de Messieurs les depputez

est que toutes telles provisions ne soyent point receues, comme avec

grand contentement ilz ont entendu qu’elles ont esté reffuzées, et

les priera de voulloir recongnoistre de là combien il leur importe de

faire voire à tout le monde qu’elles veullent deppendre de l’union

généralle, affin qu’elles ne se rendent mesprisables et par conséquent

donner aultant d’empeschement à ce que les choses qui se traictent icy

n’y puissent leur estre profitable, quand il plaira à Dieu que cette

négociation se termine, selon le désir des gens de bien, à sa gloire,

à la consolation et assurance de tous ceux qui désirent la servir et

liberté de conscience.

Finallement, par ce qu’il importe que l’assemblée soit entretenue

et continuée pour achever ce qui restera de nécessaire, et qu’il

est impossible que ceux qui y ont desja donné deux années demeurent

plus longtemps esloignez de leurs affaires, oultre plusieurs autres

considérations qui rendent nécessaire la substitution des depputez pour

renouveller lad. assemblée, sont priées lesd. esglizes du Bas Languedoc

de nommer un personnage suffizant et assigné, au lieu des sieurs baron

de Fons et Brunier leurs depputez et seront asseurez qu’on a desja

pourveu à l’entretenement de celluy qu’elles envoyront comme aussy de

tous les autres, sans que les provisions en soyent grevées.

Faict et arresté en l’assemblée généralle des esglizes refformées de

France tenant à Chastellerault, le XXIIII^e...... 1598, et signé par

ordonnance d’icelle par moy depputé et secrétaire en icelle. Signé

Rochelle.

V

_1598, 11 avril.—Accord en consistoire de Julius Pacius et de Vismes,

recteur et régent du collège de Nîmes_[836].

Du sabmedy, 11^e apvril 1598, jour extraordinaire, le consistoire

assemblé après avoir invoqué le nom de Dieu. M. le juge criminel, MM.

le gardeseau, et d’Agulhonnet; M. Rozel, premier consul, M. Dumolin,

cappitaines Veyras et Boschier. Led. sieur juge conduisant l’action.

S’est présanté M. de Vismes, lequel auroit dict que M. Pacieux auroit

esté à bon droict offancé de la délaction et propos tenuz par led. de

Vismes tant en consistoire que alheurs contre l’honneur et réputation

dud. sieur Pacieux, le priant le pardonner et ne fere aulcune poursuyte

en justice contre luy pour raison de ce dessus, déclairant aussy qu’il

le tient pour homme de bien et d’honneur, l’ayant tousjours cognu

de bonne vye et conversation, et de saincte et orthodoxe doctrine,

conforme à la confession des esglizes refformées de France, et que

telz propos ne debvoyent et de doibvent estre proférés ny mis en

advant contre led. sire Pacieux, le priant derechef se contenter de la

présante déclaration, que auroit faicte au consistoire le premier du

présant moys d’apvril, soit rayée, et autres escripts bifés et rompus.

Ce que a esté faict en présance des sus nommés. [Signés:] Robert de

Vismes. Calvière. De Chambrun. J. Pacius. Paien? Dagulhonet. Rozel,

consul. Maltret. Molin. Janotade (?)

* * * * *

[_En marge_:]

M. Esaye Baille, ministre de l’églize d’Anduze, et Isaac Bolet,

ministre de l’églize de Vergèse, suivant la charge à nous donnée par

le synode provincial tenu ce jour d’huy en la présante ville déclairons

ce présent acte, ensemble le suivant ausquels M. le Juge Criminel a

présidé estre d’une assamblée mixte et non consistoriale, et pourtant

n’en pouvoir estre despêché aucun extraict portant tiltre des actes

consistoriaulx. Faict à Nismes ce 7 aoust 1599 par nous soubzsignés.

Baille. Bolet.

* * * * *

Et par lad. assamblée a esté deslibéré que la déclaration faicte par

led. M. de Vismes aud. s^r Patieux, pour raison du mariage de sa

belle-sœur, seroit registrée. La teneur de laquelle s’ensuit: «Je

soubzsigné recognois, déclaire, et confesse avoir, de mon propre

mouvemant et libre volonté, demandé et faict demander, à mon nom en

mariaige damoiselle Camille, filhe de M. Laurens Venturin, bourgeois

de Genève, en quoy et en la promesse de mariaige despuys ensuyvye

entre nous je n’ay esté nullement constrainct, mais ay le tout faict

par bone et meure deslibération, ay tousiours tenu comme je tiens

encores à présant lad. damoiselle Camilhe pour très honneste et très

vertuze et sans reproche, et que j’ay dict ou escript à Genève à M. de

Bèze et aux père et mère d’icelle damoiselle ou autres parsonnes ou

autre part quy puisse estre entandu contre la susdicte, recognoissant,

déclairant, et confessant et aulcunemant tant soit peu au préjudice

de lad. damoiselle et de son honneur, je l’ay rétracté comme mal et

imprudemant escript et contre vérité et tant qu’il peult aulcunement

fere ou estre entandu contre lad. damoiselle et contre son honneur,

priant la mesme damoiselle et ses pere et mere, et autres siens parens

de le me pardonner, l’imputant plus tost à inavertance et imprudance

qu’à malice. Laquelle recognoissance, déclaration, confession, et

demande j’ay faict en présance des soubzsignés magistratz, pasteurs,

et autres parsonnes d’honneur, lesquelles soubzsigneront avec moy la

présante escripteure en tesmoignage de vérité. Faict à Nismes au 25^e

mars 1598. Robert de Vismes ay faict la susdicte déclaration. Calvière.

Des Vignolles présant d’Agulhonnet. Moynier, ministre dudict Nismes.

Rozel, I^{er} consul. [_Au bas de la page_:] «J’ay reçeu l’original du

susdict extraict, l’ay rendu à M. Paccius qui me l’avoit ballié. J.

Moynier.»

Les protestants à Nîmes au temps de l'Édit de Nantes · 第 51 / 86 题