VI

_Extrait des instructions du pasteur Daniel Chamier, député par

l’assemblée de Chatellerault au synode national de Montpellier_[837].

Mais il est advenu au grand regret desd. sieurs depputez que plusieurs

particuliers, quelques esglizes, et mesmes des provinces entières ont

faict démonstration de n’approuver pas beaucoup lesd. procceddures,

reffuzans de se joindre en icelles, les unes en se contantans

simplement de s’en tenir loing et en regarder l’issue, les autres en

les blasmant et s’y opposant trop ouvertement, en quoy les ungs et les

aultres sont de tant plus à condemner qu’il n’ont daigné communicquer

leur advis à lad. assemblée, pour la rendre cappable des raisonz qu’ilz

pensoyent avoir, ou se laisser eux mesmes instruire pour ramener par ce

moyen les choses à un mutuel contentement.

Que ceux avec lesquelz on a eu affaire, gens qui tiennent la relligion

pour hérésie, et par conséquent en désirent l’abolition et la ruyne

de ceux qui en font profession, ont sceu très bien faire leur profit

de ces semences de division, selon qu’ilz ont tousjours accoustumé

de mesurer la condition des esglizes non pas à l’équité et justice,

laquelle ilz ne peuvent ou veullent comprendre, mais l’estat des

affaires, pour monstrer et cacher leur mauvaise vollonté sellon qu’ilz

le[s] voyent ou fortes ou foibles pour empescher leurs desseins; comme

de faict, lors de l’assanblée de Mantes, que ceux de la Ligue n’avoyent

point encores parlé de traicter avec Sa Majesté, dont les affaires

sembloyent par conséquent réduictz en assez mauvais estat, on ne

fist point de difficulté de dire qu’on trouvoit les demandes justes,

seullement qu’il falloit patienter et en attendre l’establissement de

sad. Majesté qui luy donneroit moyen de nous faire tous jouyr de ce

qui nous estoit deu. Mais depuis, tant plus il a pleu à Dieu de faire

prospérer les affaires de sad. Majesté, plus on a non seullement faict

naistre d’impossibilitez, mais aussy faict demonstration de trouver de

l’injustice èsd. demandes.

Surtout quand à l’infidellité ou imprudence d’aucuns qui se disoyent

estre membres de tout ce corps, on a descouvert l’intention desd.

esglizes et par conséquent de l’assemblée généralle n’estre point de se

prévaloir des confusions de l’édict, moings encores de les augmenter

par les résolutions viollentes, ains seullement de finir par une bonne

paix, qu’on a aussy veu que cette union dont l’apprehension les avoit

esmeus n’estoit pas telle qu’on ne peust y faire brêche, on a [non]

seullement reffuzé ce qui n’estoit point accordé encores, mais aussy

remis en dispute plusieurs choses qui avoyent esté accordées, et en a

on retranché des articles qui ne sont pas de peu d’importance.

Qu’entre ceux qui se sont le plus mal portez en lad. union, lad.

assemblée ne peult, à son très grand regret, qu’elle ne se plaigne

nommément de la province du Bas Languedoc, laquelle, adjoustant plus

de foy aux adviz donnez tantost de la part de quelques particuliers

que, estans à la cour, y voulloyent faire leurs affaires aux despens

du général, tantost de ceux mesmes qui sont tous, ouvertement et par

leur profession, contraires au bien et advancement des esglizes, que

non pas aux déclarations et protestations qui luy ont à diverses fois

esté faictes de par l’assemblée en corps et par les depputez mesme que

lad. province avoit en icelle, s’est persuadée et a voullu persuader

aux aultres qu’il ne tenoit qu’à ceux qui estoyent en lad. assemblée

que la paix ne fust à pièce faicte et que leurs intentions estoyent de

rejecter le royaume ès misérables confusions de la guerre civille,

jusques à ce laisser marquer le jour assigné pour la prise des armes.

Ausquelz oppositions elle s’est laissée transporter sy avant que, comme

l’angoice en laquelle se trouvoit lad. assemblée pour veoyr une telle

province, sy considérable, et qui par le passé avoit sy heureusement

servy en cette cause, prendre un chemin sy préjudiciable non seullement

à tout le corps, mais aussy à son particulier, eust faict prendre

résolution d’y depescher le sieur de Saint-Germain, personnage des

plus qualiffiez et pour sa maison et pour sa suffizance, affin de

reschercher les remèdes aux confusions qu’estoyent dans icelles d’un

commun advis avec le consel qui y estoit estably et obligé à cela

par son debvoir, on le traicta sy indignement, au grand mesprix de

lad. assemblée généralle, qu’on ne luy voullust permettre d’assister

au consel; on ne voullust poinct aussy convocquer l’assemblée de

la province suivant la charge qu’il avoit de la requérir, et les

particuliers mesmes s’estrangèrent de luy, sans luy rendre les debvoirs

ausquelz l’honnesteté civille doibt porter un chascun, en quoy on se

plainct particullièrement des rudesses de Messieurs les Consulz et

Cappitaines de la ville de Montpellier.

Que les choses survenues en la ville d’Aiguesmortes donné[e] de long

temps pour seureté, estant importante, laquelle on a par ce moyen mise

au grand hazard, ne peuvent qu’elles ne soyent trouvées très estranges

et par lesd. sieurs depputez en l’assemblée généralle, et par tous ceux

qui peuvent voire clair aux affaires, car ce ne peult estre sans un

très grand scandal qu’on ayt veu ceux qui faisoyent profession d’une

mesme religion s’acharner les ungs contre les autres, et ne pouvoir

ordonner qu’un contentement à ceux qui ne désirent pas mieux, après

s’estre veu eux mesmes trop foibles pour achever la ruyne des esglises,

que de les voire se déchirer elles mesmes. Que, l’union généralle ne

pouvant consister qu’en l’ayde et support mutuelle que se donneroyent

les particuliers les ungs aux autres, il est aysé à voire quelle

préjudice ont faict à leur conscience et debvoir ceux qui, après avoir

signé et juré lad. union, ont entreprins telz excès sans l’advis et

consentement des esglizes dont on avoit promis de voulloir deppendre.

Les protestants à Nîmes au temps de l'Édit de Nantes · 第 52 / 86 题