_1596, avril-août.—Enquête faite par le consistoire de Nîmes au sujet
de Suzanne Cregude, Paul Rivière, dit La Canquille, et Gasais, accusés
du crime de «paillardise»._
«Suzanne Cregude, femme de Estienne Girardin, venue en consistoire,
accusée d’avoir conversé charnellement avec certains jeunes hommes de
la présante ville ses jours passés, heure de neuf de nuict, exortée
de dire vérité et quy la força, ladite Nina a dit qu’à son advis et
jugement, a environ quinze jours, c’estoient Jan Gasays et Pol Rivière
de la présante ville, qui vindrent en la maison de Gourdouse, lesquels
y firent collation, et après, deux hommes qui ressemblent jeunes la
vindrent chercher en sa maison et la menèrent par force à la boucherie
de la présante ville près la bouticque dudit Gasays, qui estoit environ
l’heure de neuf de nuit, où illec la volleurent presser de son honneur.
Non toutesfois quy le fissent; et, voyant ce, la renvoyèrent, et
elle s’en retourna en sad. maison..... Lad. Cregude sera exortée ne
continuer en lad. adultère[826].»
* * * * *
«Suzanne Cregude, venue..... en consistoire à cause d’avoir conversé
charnellement, heure de nuict, avec Jacques Gasais et Pol Rivière, ce
qu’elle a confessé, et avoir esté par iceux forcée et induicte à ce
fere dans la maison et bouticque dud. Gasais...., confesse aussy estre
mariée, mais son mary a demeuré absent de ceste province puis trois
ans, s’estant, ainsin qu’elle a entandu, en Prouvance.....[827]»
* * * * *
«Pol [Rivière, dit] la Canquille, venu en consistoire, ...... a
dit estre inossant de l’accusation fette par lad. Cregude et ne la
cognoistre aulcunement, bien est vray avoir esté dans la maison où elle
demeure pour fere collation avec led. Gasais, mais il ne luy parla
point.....[828]»
* * * * *
«Suzanne Cregude, venue en consistoire, après avoir promis et juré de
dire vérité, a esté là mesme accarrée à Pol Rivière que parelhement a
promis et juré de dire vérité. A esté demandé ausd. Rivière et Cregude
s’ils se cognoissent l’un l’autre. Ladicte Cregude a dict cognoistre
led. Rivière, et led. Rivière a dit ne la cognoistre, moings de
l’avoir jamais veue. Interroguée lad. Cregude....... a respondu que
led. Rouvière, accompagné dud. Gasais, la vindrent trouver en la maison
qu’elle fait sa demeure, qu’estoit environ l’heure de dix de nuict,
et la menèrent et conduirent dans la bouticque et maison d’icelluy
Gasais....., et pense bien que led. Rivière lors abusa d’elle avec led.
Gasais, non toutesfois qu’elle veullie assurer dud. Rivière parce qu’il
estoit nuict, et pense qu’il s’en alla.
Led. Rivière a acordé que véritablement il acompagna led. Gasais
conduisant lad. Cregude (qu’il recognoist), icelluy Gasais marchant
devant et luy après, et lad. Cregude au millieu, et, après qu’ilz
l’eurent conduicte dans la maison dud. Gasais, il y entra avec eulx,
et, après avoir fait collation, il en sortist et les laissa tous deux
seulz dans icelle, comme il en feust prié par led. Gasais......
Interroguée lad. Cregude..... a respondu la vérité estre telle: que ce
feust sullement led. Gasais quy la cognust et abusa d’elle, et pense
estre ensaincte de l’œuvre d’icelluy, et non dud. Rivière, qu’elle n’a
jamais accusé.
Led. Rivière, sur ce oüy, ..... a percisté comme dessus........ Bien
est vray que....., il fust prié par led. Gasais sortir et s’en aller
(ce qu’il fist), et, environ deux heures après qu’il ce fust assis et
sommellié sur un tablier de lad. place, il retourna en lad. maison où
il treuva que led. Gasais avoit congédié lad. Cregude[829].»
* * * * *
«Jacques Gasais et Suzanne Cregude, femme à Estienne Girardin, venus et
appellés en consistoire.....
Interrogé, led. Gasais..... a respondu que, sur le commensement dud.
mois d’apvril dernier, se promenant avec Pol Rivière La Canquille.....
et passans près le pont de la Gau....., qu’estoit environ l’heure
de unze de nuict, ilz rencontrèrent lad. Cregude présante, qu’ilz
prindrent et admenèrent en sa maison..... où, comme furent entrés dans
icelle, ledict Rivière..... abusa premièrement de lad. Cregude et, ce
fait, après avoir fait collation tous ensamble led. Rivière sortist de
lad. boutique dans laquelle laissa tout seul il quy respond et lad.
Cregude, que parelhement.... abusa d’icelle, et, après, feust par eux
congédiée, ne sachant led. Gasais où elle passa. Bien dit que led.
Rouvière l’alla accompaigner.
Interrogué..... a respondu ne l’avoir jamais cogneue que ceste seulle
fois..... où lors lad. Cregude leur auroit librement confessé que un
nommé Sargent Yssac, dans la maison duquel elle demeuroit, en avoit
plusieurs fois abusé d’elle pandant que la femme d’icelluy estoit
mallade.
Interroguée, lad. Cregude la cause de sa variation, ayant accusé du
commensement led. Rivière avoir abusé d’elle avec led. Gasais, et
maintenant le descharge......, et pourquoy aussy n’auroit-elle confessé
led. Sargent Ysac......., a dict et respondu qu’elle, du commensement,
avoit confessé la vérité......, et, lorsque led. La Canquille lui
fust accaré, l’ayant volleu descharger pour crainte qu’elle avoit
d’icelluy......, niant avoir jamais confessé led. Sargent Ysac avoir
abusé d’elle.......[830]»
* * * * *
«Pol Rivière, dit La Canquille, et Cregude, venus en consistoire......,
ont persévéré [chacun dans ses dires]....... Led. Rivière soutient lad.
Cregude este une putain publicque[831]»
* * * * *
[Pol La Canquille et Gasais appelés tous les deux persistent dans leurs
dires. Voici le jugement:]
«Conclud..... de l’adultère fait et comis par led. Gasais d’avec lad.
Suzanne Cregude en la maison dud. Gasais, suivant la confession par
eulx fette....., et que lesd. Gasais et Rivière sont coustumiers ribler
les rues de nuict, se masquer et jouer meries et farces, qu’ilz et
lad. Cregude seront vivement sensurés, leurs noms et surnoms publiés
en chaire, dimenche prochain, et, oultre ce, suspendus de la prochaine
cène, et, venans à repantance et contrition de cœur, recognoissans leur
mesfaict, se présanteront après pour y estre receus......[832]»
* * * * *
«Jacques Gasais et Pol Rivière remonstrent à vous, Messieurs les
pasteurs et anciens de l’esglise refformée de Nymes, que la suivante
deslibération prinse contre eulx a esté donnée le corps du consistoire
non complet, comme est requis par la dissipline, d’allieurs que lad.
deslibération contre eulx donnée est trop rigoreuse, en ce que par
icelle est pourté qu’ilz seront nommés publiquement en chère, bien que
la circonstance du fait ne le mérite poinct...... Considéré que lad.
résollution les pourroit esmouvoir à quelque autre recours sy laditte
résollution n’est modérée, ce qu’ilz vous requièrent très humblement,
veu leur jeunesse, qu’ilz promettent....... doresnavant quicter et
renoncer à toute mauvaise action et intantion. Déclairent qu’ilz
offrent fere réparation à lad. esglise et dans le consistoire d’icelle
et non autrement......[833]»
[Mais, la précédente délibération étant confirmée, Rivière et Gasais en
appellent au colloque.]
* * * * *
«Gasais et Rivière ce sont présantés au présant consistoire pour estre
receus aux sainctz sacrementz à la prochaine cène, offrans fere toute
réparation...... moyenant qu’elle ne soit publicquement, ores leur
soit esté ainsin ordonné par le dernier collocque tenu en la ville de
Montpellier, par laquelle la sentence du présant consistoire a esté
confirmée. Conclud qu’ilz demeureront suspandus des saintz sacremens
jusques à ce qu’il aparoisse de leur repantance, et alors feront
réparation publicque un jour de dimenche à huict heures. A quoy ont
consenti et promis ce fere[834]».