III

Jose tira au sort et il fut soldat. C’est en ce métier qu’il apprit

sérieusement ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Au bout

de quatre ans, il possédait une morale complète et respectueuse; il

savait qu’il y a deux classes d’hommes: les supérieurs et les

inférieurs, et qu’on reconnaît les supérieurs à la quantité d’or dont se

brodent leurs manches. Ces notions ne lui devinrent pas inutiles quand

il fut sorti de la caserne, car, dans la vie ordinaire, il y a aussi

deux sortes d’hommes: les supérieurs et les inférieurs, ceux qui

travaillent et ceux qui regardent les autres travailler. Comme il

trouvait cette distinction toute naturelle, sans doute grâce à son

instinctive philosophie, Jose travailla.

Josette ne s’était pas mariée. Ses parents avaient tout perdu dans un

mauvais procès, et, pauvre vachère, elle allait traire les vaches dans

la rosée en songeant qu’il est bien triste pour une fille de n’avoir pas

d’amoureux.

Jose, apprenant ces nouvelles, eut de la joie. Il fit confidence à son

père de son vieil amour et de ses projets.

--Epouser Josette, dit le vieux paysan, une fille qui n’a peut-être pas

trois chemises et qui se fait des jarretières avec une poignée de

chanvre! Tu n’es pas riche non plus, c’est vrai, mais nous avons fait un

petit héritage, le blé a bien rendu cette année, et je te donnerai de

quoi t’établir quand tu m’amèneras une bru qui ne soit pas servante.

L’argent veut l’argent, mon fils; il ne faut pas le contrarier.

D'un pays lointain: Miracles; Visages de femmes; Anecdotes · 第 70 / 84 题