Jose tira au sort et il fut soldat. C’est en ce métier qu’il apprit
sérieusement ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Au bout
de quatre ans, il possédait une morale complète et respectueuse; il
savait qu’il y a deux classes d’hommes: les supérieurs et les
inférieurs, et qu’on reconnaît les supérieurs à la quantité d’or dont se
brodent leurs manches. Ces notions ne lui devinrent pas inutiles quand
il fut sorti de la caserne, car, dans la vie ordinaire, il y a aussi
deux sortes d’hommes: les supérieurs et les inférieurs, ceux qui
travaillent et ceux qui regardent les autres travailler. Comme il
trouvait cette distinction toute naturelle, sans doute grâce à son
instinctive philosophie, Jose travailla.
Josette ne s’était pas mariée. Ses parents avaient tout perdu dans un
mauvais procès, et, pauvre vachère, elle allait traire les vaches dans
la rosée en songeant qu’il est bien triste pour une fille de n’avoir pas
d’amoureux.
Jose, apprenant ces nouvelles, eut de la joie. Il fit confidence à son
père de son vieil amour et de ses projets.
--Epouser Josette, dit le vieux paysan, une fille qui n’a peut-être pas
trois chemises et qui se fait des jarretières avec une poignée de
chanvre! Tu n’es pas riche non plus, c’est vrai, mais nous avons fait un
petit héritage, le blé a bien rendu cette année, et je te donnerai de
quoi t’établir quand tu m’amèneras une bru qui ne soit pas servante.
L’argent veut l’argent, mon fils; il ne faut pas le contrarier.