Floriberte fut mariée; mais le soir elle fut absente de la chambre
nuptiale.
Elle était sortie, ayant vite changé de robe, et elle se promenait le
long du lac, songeuse, triste d’avoir signé une promesse dont la
réalisation devenait inéluctable. Maintenant, il ne s’agissait plus de
mots, mais d’actes; les discours au bord de l’eau allaient se
matérialiser,--et il semblait à Floriberte qu’une sorte de crime se
préparait, un adultère pire que tout autre, et, elle qui s’était
habituée à tout mépriser, elle ne méprisait plus rien autant
qu’elle-même.
Elle se promenait le long du lac ensommeillé; les cygnes dormaient parmi
les roseaux.
Elle eut peur en pensant aux cygnes, à ces merveilleuses bêtes qu’elle
aimait, au grand cygne blanc, son amant innocent, tous deux, Floriberte
et l’oiseau pur, nés le même jour! Ils avaient tant joué ensemble, tous
deux enfants, et ils s’étaient dit tant de choses, au bord de ce lac,
pendant qu’il allongeait vers les mains de la jeune fille sa tête aux
yeux d’or, courbant le long de ses jambes son col flexible!
Vraiment, absurde amour, mais que nulle mythologie n’avait inspiré,
toute la tendresse de Floriberte était vouée à son cygne; son cœur
battait d’émotion à caresser son plumage et son duvet, et, quand la
jolie bête mangeait dans sa main, elle ressentait un plaisir d’indicible
fraternité.
Tout rêve sensuel s’apaisait en elle près de son cygne, et son
imagination, qui n’était pas corrompue, ne demandait à ces caresses
d’oiseau qu’un plaisir chaste.
Elle eut peur en pensant au grand cygne blanc qui dormait parmi les
roseaux; elle eut peur aussi en se représentant la chambre vide, où la
faute, à cette heure, aurait pu être accomplie. Alors, pour lui demander
pardon, elle chercha le grand cygne blanc parmi les roseaux; mais le lac
était vaste, elle cherchait mal et il faisait noir; elle ne le trouva
pas.
Tombée dans l’herbe humide, elle pleura nerveusement, en se tordant les
bras, proie d’une crise étrange,--mais, quand elle eut bien pleuré, son
orgueil lui revint avec la conscience de sa folie, et résignée à l’oubli
des amours puériles, elle se releva et rentra, expliquant sa fuite par
un caprice, un désir de suprême solitude.
Le lendemain, la sensuelle s’était définitivement éveillée en
Floriberte, et l’orgueilleuse avait limité son mépris. Pourtant, et
comme elle l’avait juré, elle n’aima jamais son mari avec la tendresse
du cœur; tout ce qui lui avait été départi de sentiment, elle l’avait
prodigué aux cygnes candides comme des anges: un homme évoquait pour
elle d’autres désirs et réalisait d’autres plaisirs.
Floriberte n’alla plus jamais au bord de l’eau: elle avait peur des
reproches et de la tristesse du grand cygne blanc.