ARISTE, ORGON, JULIE, LE MARQUIS.
ORGON, à Ariste, au fond du théâtre.
Ce que vous me dites là me faut un grand plaisir.... (Montrant
Julie et le marquis.) Les voilà, ces pauvres enfants! Que
l'on passe d'heureux moments à cet âge!
ARISTE.
Je ne perds point de temps, comme vous voyez: mon
empressement vous prouve combien je suis sensible à cet
honneur.
ORGON.
Je suis d'avis que l'on dresse le contrat aujourd'hui. L'idée
d'une noce me ragaillardit; et quoique la mode des violons
soit passée, il faut en avoir et suivre la manière
bourgeoise... (S'apercevant du trouble où sont Julie et le
marquis.) Mais, il me semble que nos amants se boudent.... (Au
marquis, en s'approchant.) Qu'as-tu donc, Valère? te voilà
tout rêveur.
LE MARQUIS.
Une bagatelle, mon oncle.
ARISTE, à Julie, en s'approchant aussi.
Et vous, Julie, quel est le trouble où je vous vois?
JULIE.
Vous êtres dans l'erreur à mon égard. Je vous y ai laissé,
parce que je n'ai point cru que les conséquences en seroient
si promptes, ni si sérieuses: mais je me trouve forcée de
vous dire que vous ne m'avez point entendue.
ARISTE.
Comment?
ORGON.
Qu'est-ce que cela veut dire?
LE MARQUIS, à Julie.
Il n'est pas mal de le prendre sur ce ton! et c'est bien à
vous à vous plaindre vraiment.... (A Ariste et Orgon.) Il est
bon que vous sachiez que nous avons eu quelque altercation
ensemble. Mademoiselle, sur un mot, se révolte, et fait la
méchante.
ORGON.
Oh! n'est-ce que cela? Bon! bon! ce sont là de ces orages
qui mènent les amants au port.
ARISTE, à Julie.
Ne vous repentez point de vous être déclarée. Il ne faut
point, ma chère Julie, passer si promptement d'un sentiment à
un autre. Votre querelle est une querelle d'amitié.
LE MARQUIS.
Faites-lui un peu sa leçon, je vous prie, monsieur.
ORGON, à Julie et au marquis.
Allons, allons, mes enfants, raccommodez-vous.
JULIE.
Laissez-moi, de grâce! Vous prenez un soin inutile.
ARISTE.
Julie, je vous en conjure! faites cesser ce mystère.
JULIE.
Non, monsieur. Contre toute raison, j'ai fait voir le foible
de mon coeur: j'ai fait connoître celui pour qui je me
déclarois; mais ses interprétations fausses, la conduite
qu'il observe avec moi m'avertissent assez que je n'en ai que
trop dit.
(Elle sort.)