ARISTE, ORGON, LE MARQUIS.
ORGON, au marquis.
Pourquoi donc vous attirer ces reproches? Il faut que vous lui
ayez donné des sujets violents de se plaindre.
LE MARQUIS.
Non; cela m'étonne. La brouillerie est venue sue ce qu'elle
m'a dit qu'il n'y avoit jamais eu de liaison sincère entre
elle et moi, et qu'il ne falloit point compter sur les
discours des jeunes gens aimables.
ORGON.
Entre nous, tu as un air libertin qui ne me persuaderoit
point, si j'étois fille.
LE MARQUIS.
Que voulez-vous, mon oncle? je ne me referai point. On a des
façons aisées; on a du brillant: tout cela est naturel....
Mais quant à Julie, je la demande en mariage: n'est-ce pas
assez lui prouver que je l'aime? Il faut qu'un joli homme soit
furieusement épris pour former une pareille résolution.
ORGON.
A la vérité, je ne conçois pas qu'une fille puisse désirer
quelque chose au-delà du mariage.... (A Ariste.) Mais, que
dites-vous à tout cela, Ariste?
ARISTE.
Franchement, je ne sais. Il me vient différentes idées qui se
détruisent les unes les autres. Ce que je vois, ce que
j'entends, semble se contredire, et.... (Au marquis.) Mais, ce
ne peut être que vous qu'elle aime?
LE MARQUIS.
Eh! vraiment non. Je le sais bien.
ARISTE.
Elle craint, comme vous dites, que votre passion pour elle ne
soit pas sincère, et que vous ne soyez aussi inconstant que la
plupart des jeunes gens, qui font profession de l'être?
LE MARQUIS.
Tout juste.
ARISTE.
Et elle s'exhale en reproches, parce que vous n'avez pas été
assez prompt à la rassurer?
LE MARQUIS.
Je lui ai pourtant répété cent fois que nous étions faits l'un
pour l'autre: mais il ne faut pas que cela vous surprenne;
c'est le tourment d'un coeur bien épris de toujours douter de
son bonheur.
ORGON, à Ariste.
Il est vrai qu'elle ne le croit pas où elle le voit.